CHAPITRE PIlEMIEIl
siège avait toujours mise a veiller sur ses intérêts, l'exhortait vivement à vivre en paix avec ses voisins, et a ne plus écouter les conseils de son ambition1. A une requête présentée en termes si généraux, il était aisé de faire une réponse évasive ; mais les nouveaux régents dépêchèrent des envoyés h Rome , qui intéressèrent puissamment Boniface en leur faveur. Ils soumirent à sa décision leur querelle avec le roi d'Angleterre, parce qu'il était le seul juge dont la juridiction s'étendît sur les deux royaumes : ils lui rappelèrent qu'en restant indifférent, il laisserait Edouard annexer à son propre trône un royaume qui de droit appartenait au siège de Rome2 ; et ils produisirent une longue série de preuves que les rois d'Angleterre n'avaient ni ne devaient avoir aucune suprématie sur les rois d'Ecosse. Ces représentations engagèrent le pontife a intervenir; et une lettre fut écrite h Edouard presque dans les termes du mémoire écossais [27 juin 12991. Boniface commençait par affirmer, et il prétendait que le roi devait le savoir, que l'Ecosse avait appartenu d'ancienne date , et appartenait toujours de plein droit au siège de Rome. 11 prouvait ensuite par les exemples suivants qu'elle n'était point un lief de la couronne d'Angleterre : 1. Lorsque Henri III, dans sa guerre avec le comte de Leicester, reçut l'assistance du roi d'Ecosse, il reconnut par ses lettres patentes que c'était comme faveur et non comme service féodal; 2. lorsque Alexandre 111 fit hommage à Edouard pour Tynedale et Penrith, il protesta qu'il ne le faisait ni ne le devait pour la couronne d'Ecosse; 3. a la mort de ce prince, ni la tutelle de sa fille Marguerite, ni la garde du royaume
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2. Cette prétention, que l'Ecosse appartenait au siège de Rome, est attribuée par nos historiens à l'ambition de Boniface. On dit qu'il forgea un faux titre pour s'en attribuer la suprématie. Mais ce titre est certainement antérieur à Boniface. Non-seulement il fut soutenu avec vigueur par les agents écossais à Rome re^num Seotiae prwcipuum et peculiare allodium ecclesise romame — in temporalibus immédiate subdituin ecclesiaj romanap. Fordun, xi, 51, 54, 56, 57;; niais les régents dans leurs instructions à leur envové déclarent qu'on l'objecta a Edouard, la première fois qu'il mit en avant sa "prétention à ta suprématie. [Lïcet romana ecclesîa tune pro parte ipsius regni ejusdem coràm ipso, sicut erat, ipse tamen rex allegationem huiusmodi non admisit. Ford, xi, o3.j Ce qu'il y a de certain, c'est que Nicolas IV, lorsque Edouard lui demanda en 12i)0 de confirmer le droit de la couronne d'Angleterre, répondit qu'il ne pouvait le faire, parce que ce serait dépouiller le siège de Rome d'une suprématie qui lui appartenait. Se non posse in regno Scotiœ sedi Apostolica* obnoxio eeclesiaï romanarc derogaré, ejusque fiduciarios regni anglo submittere. Spond. ad ann. 1290 ex regist. Vatic. ep. 102. Je ne puis découvrir l'origine de cette prétention ; mais je soupçonne Qu'elle fut mise en avant par les Ecossais durant leur longue controverse avec 1 archevêque d'York au sujet de l'indépendance de leur église, et qui »e termina par la décision que les prélats écossais n'étaient immédiatement sujets à personne autre que le pape.
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ne furent réclamés par Edouard; h. dans le traité de mariago entre le prince d'Angleterre et Marguerite , il fut déclaré que le royaume d'Ecosse resterait à jamais libre et indépendant ; et, en cas de leur mort, serait rendu dans cet état au plus proche héritier. D'après cela , le pontife exprimait son espoir que le roi , se désistant d'une agression injuste, mettrait en liberté les évôques , les ecclésiastiques et les laïques écossais qu'il tenait en captivité; et que, s'il pensait avoir quelque droit à tout ou partie de ce royaume, il poursuivrait sa prétention devant le saint-siége dans lès si* mois suivants. ïl terminait d'un ton d'autorité en évoquant et réservant à sa propre décision tout procès ou controverse qui pourrait être pendant entre le roi d'Angleterre et le roi ou le peuple d'Ecosse *. Ce document extraordinaire était inclus dans une lettre a Winchelsea, archevêque de Canterbury, où il lui était ordonné , sous peine de suspension , de le présenter a Edouard. Par un délai inexplicable, un an s'écoula avant qu'elle fût remise au primat , qui se rendit immédiatement à Carliste. Mais le roi avait déjà atteint Kircudbright ; et la contrée intermédiaire était au pouvoir des Ecossais. Pendant six semaines, l'archevêque resta sur la frontière, craignant d'avancer, et pourtant souffrant du manque de provisions : enfin il apprit que l'armée s'en revenait; et, traversant les sables, il trouva Edouard campé dans le voisinage de Caerlaverock. 11 remit la lettre, qui fut lue publiquement en latin et en français à tous les barons en présence du roi [26 août 1300]. Elle arrivait dans un moment des plus critiques. La paix avec la France n'était point encore conclue; et la Gascogne était toujours sous le séquestre entre les mains du pontife. Ne voulant pas offenser un homme dont l'amitié lui était si nécessaire, il prit du temps pour délibérer ; puis il répliqua que dans une question qui concernait le droit de sa couronne, il était de son devoir de consulter ses autres conseillers; que, dans peu de temps, il assemblerait son parlement, et que, d'après l'avis qu'il en recevrait, il rendrait une réponse satisfaisante au pontife. L'archevêque s'en retourna : Edouard le suivit ; et , à la requête du roi de France, un armistice fut accordé aux Ecossais 2.