CHAPITRE SEPTIÈME
immédiatement derrière lui. Avant qu'il n'eût atteint la troisième, le dauphin parut. Il fléchit le genou, et adressait la parole au prince, lorsqu'il reçut au visage un coup d'une petite hache que tenait Tannegui du Chastel. Ce fut en vain qu il saisit son épée : une foule de blessures rétendirent aussitôt mort a terre. Un des hommes de sa suite sauta par dessus la barrière , et s'échappa ; un second fut tué : les autres restèrent captifs au pouvoir des assassins. Pour justifier ce meurtre infâme , on eut recours à la raison qu'avait donnée jadis le Bourguignon luimême pour excuser celui du duc d'Orléans, que, lorsqu'un criminel est trop puissant pour être puni conformément aux lois, le devoir de tout sujet loyal est de se faire le ministre de la justice publique. Quelle que fût sa culpabilité, les circonstances de cet assassinat, commis sous le masque de l'amitié, au mépris des serments les plus solennels , et en présence du dauphin , imprimèrent une tache indélébile sur le nom de ce prince. Peut-être la faute est-elle atténuée par sa jeunesse et par la violence de ses conseillers, et peut-être doii-on accorder quelque créance a ses protestations réitérées , qu'on l'avait tenu dans l'ignorance de ce projet jusqu'au moment de l'exécution l.
Cet événement tragique excita dans le royaume un sentiment général d'exécration et d'horreur. Tout autre intérêt fut oublié ; et l'ancien cri élevé pour le salut du pays se perdit dans le cri plus violent encore de vengeance contre les meurtriers. Les partisans du feu duc voyaient évidemment que leur sûreté dépondait de la ruine du dauphin et de la protection du roi d'Angleterre. La ville de Paris se hâta de conclure un armistice 1 ; Philippe, fils et héritier de Jean, sollicita son aide et son amitié ; et Isabeau l'informa que tous les arrangements qu'il ferait avec ce prince seraient ratifiés avec empressement par Charles. Henri ne fut pas long à fixer le prix auquel il consentait à être le ministre de leur vengeance, ou plutôt de sa propre ambition. Il demanda la main delà princesse Catherine, la régence du royaume pendant la vie du roi, et la couronne a sa mort [2 déc.]. Aveuglés par la colère et l'intérêt personnel, la reine et le duc y donnèrent leur assentiment. Dix semaines après le meurtre, ces importants préliminaires furent signés ; on employa cinq mois à régler les dispositions secondaires. Henri s'y obligeait à constituer à Catherine le