CHAPITRE NEUVIÈME
des arguments sur lesquels il fondait sa prétention. La réponse de Pie II fut polie, mais circonspecte, et tout en félicitant le roi sur son élévation à la dignité royale, le pontife s'abstenait avec soin de toute expression qui aurait pu être regardée comme une approbation de son titre i. Avec l'Ecosse, qui depuis si longtemps offrait un asile à ses ennemis, il conclut une paix de quinze ans qu'il prolongea jusqu'à cinquante-cinq. On ne sait trop quelles mesures aurait pu prendre la politique de Louis de France ; mais ce monarque était si occupé de la guerre du « bien public» » comme on l'appelait, qu'il n'avait ni le loisir ni la tentation de se mêler des affaires des états étrangers, et les deux plus puissants princes français, les ducs de Bourgogne et- de Bretagne, étaient entrés dans des alliances offensives et défensives avec le nouveau roi d'Angleterre» Des traités presque semblables furent signés entre lui et les rois de I)anemarck et de Pologne au nord et à l'est, et ceux de Castille et d'Aragon au midi, en sorte qu'il pouvait se considérer comme dans de6 termes d'amitié avec à peu près toutes les grandes puissances de l'Europe 2.
Dans ces circonstances, le roi n'hésita plus à reconnaître publiquement un mariage qu'il avait contracté en secret quelque temps auparavant. Depuis la bataille de Towton, il avait remis le maniement des affaires à la sagesse et à l'activité des Neville, et consacré tout son temps au plaisir. Ils l'avaient souvent pressé d'entrer dans quelque famille royale ou princière qui pût lui prêter appui contre son compétiteur; mais le roi n'éprouvait aucune envie de s'enchaîner dans les liens du mariage ; et les princes étrangers ne s'empressaient pas d'offrir leurs filles a un homme dont le droit à la couronne était contesté, et qui ne la possédait encore que d'une façon précaire. Il advint qu'Edouard visita Jacquette, duchesse de Bedford, et son mari Wydevile, lord Rivers, à Grafton, où il vit leur fille Elisabeth, femme accomplie et d'une beauté supérieure, qui était restée veuve de sir John
1. Rym. xi, 489. Ce pontife avait toujours favorisé Henri , quoique son légat, Francesco Copini , évèque de Terni, eût favorisé Richard > duc d'York , et soh fils Edouard. 11 avait même été jusqu'à excommunier leurs adversaires; et en conséquence le pontife l'avait déposé et envoyé dans un monastère pour faire pénitence le reste de sa vie. Raynald, vu, 68, 122, 123. 11 paraîtrait toutefois
fu'il fut délivré plus tard ; car Edouard le nomma son procureur à la cour de Lomé, lui accorda une pension de 100 1., lui donna la permission de distribuer la livrée royale à douze de ses amis , et autorisa ses deux frères et lui à porter sur le haut de leur cotte d'armes la rose blanche, devise de la maison d'York. Tous ces dons furent confirmés par le parlement. Rym. xi, 479, 480.