‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 555 sur 563 · FIN DU TOME DEUXIÈME · texte numérisé non relu

FIN DU TOME DEUXIÈME

NOTES

Note A. On a prétendu qu'afin de donner une fausse impression aux siècles futurs sur ce qui eut lieu à cette occasion, l'acte conservé dans les Close Rolls fut falsifié par l'ordre ou avec l'approbation d'Edouard. (Allen, Vindication of the Independetice of Scotland, 15, 87.) La falsification supposée consiste en ce qu'une partie de l'enregistrement a été raturée, et que sur la rature on a substitué le passage suivant : « Et illud (homagium ) ei fecitin hœc verba. Ego Alex. » Rex Scot. devenio ligius homo dni Edwardi Reg. Angl. contra omnes gentes. » Et idem Rex Angl. homagium ejusdem R. Scot. reccpit. »

Dans des cas ordinaires , tout ce qu'on pourrait inférer de cette rature et de cette substitution, ce serait que le clerc en faisant l'enregistrement primitif avait commis une erreur qu'il a raturée et rectifiée lorsqu'il Va découverte. Pourquoi n'en serait-il pas ainsi dans le cas dont il s'agit? Qu'y a-t-il dans cette correction, qui doive nous engager à la taxer de falsification et de faux délibéré? On répondit que d'après le renseignement donné au pape par les Ecossais, Alexandre, lorsqu'il fit hommage pour les terres situées dans le Tynedale et à Penrith, protesta publiquement que son hommage n'était pas pour le royaume d'Ecosse, pour lequel il ne devait aucune fidélité au roi d'Angleterre (New Rytner, 907) : d'où l'on a insinué que l'enregistrement primitif tenait note de cette protestation, qui depuis a été raturée, afin que la profession d'hommage lige pût lui être substituée.

Or ce raisonnnment suppose deux choses : premièrement que les représentations des Ecossais à Boniface étaient exactes; secondement, que l'hommage dont ils parlaient était l'hommage que l'acte annonce décrire. Mais 1° s'ils nient qu'Alexandre fit hommage pour ce rpyaume, Edouard, dans sa réponse au pape, l'affirme, lui, tout aussi positivement. « Patri nostro pro regno S cotise, et poste* » nobis, homagium fecit. > (New Rym. 933.) La négation d'un côté est neutralisée par l'affirmation de l'autre. 2° Quelle preuve y a-t-il que l'hommage dont parle le pape soit le même hommage auquel l'acte se rapporte? Alexandre fit deux fois hommage à Edouard, d'abord au couronnement de ce monarque, dans la seconde année de son règne, et ensuite dans son parlement, à Westminster, dans la sixième année de son règne. Or le Close Roll a conservé l'acte du dernier hommage selon toute probabilité la lettre du pontife se rapporte au premier ; car si l'hommage n'eût pas été fait au nouveau monarque pour les terres situées en Angleterre, ces terres et leurs revenus eussent été saisis par la couronne.

Mais nous pouvons aller plus loin, et démontrer que l'hommage de la lettre du pape n'est pas l'hommage de l'acte, et que l'acte dans sa forme corrigée est la reproduction fidèle de ce qui eut réellement lieu. Heureusement il a été conservé une lettre d'Edouard au chancelier et à Otto de Grandison, à la date du 1" mars 1278, dans laquelle il les informe, comme d'une bonne nouvelle, que le roi

NOTES

d'Ecosse avait offert de faire hommage sans aucune condition, que lui ^Edouard} avait fixé à cet effet un jour à Londres, deux semaines avant la Saint-Michel, et qu'il comptait sur eux pour y être présents et en être témoins. « Et dilectus frater » et fidelis noster Alexander, Rex Scociœ illustris, hiis temporibus per suos so- » lempne* nuncios, quos ad nos transmisit homagiura suum nobis debitum nobis » absque conditionc aliqud optulit et tetendit, etc. » (Neic Rym. i, 554.) A la date même du 12 juin, Edouard publia un ordre à tous ses baillis et officiers de se mettre à la disposition du roi d'Ecosse et de sa suite à sa réquisition, si jamais il passait par leurs bailliages respectifs , pendant cinq mois , depuis trois semaines avant la Saint-Michel jusqu'à la Purification (Ibid 554) ; et le 15 septembre un autre ordre aux mêmes, leur enjoignant d'empêcher toute élévation indue du prix des denrées dans les marchés des lieux par où le roi d'Ecosse passerait. {Ibid. 562.) A H fin Edouard fut satisfait. Alexandre arriva, se rendit au parlement, et, conformément à sa promesse, fit hommage le jour indiqué.

D'après cela il est clair qu'Alexandre vint faire hommage simplement, absque conditione aliquà, et non par conséquent avec les protestations et réserves détaillées dans la lettre de Boniface; mais le faire exactement de la manière relatée dans l'acte, en devenant l'homme lige d'Edouard contre toute espèce d'hommes, sans restriction ni réserve. La concordance en tous points de l'inscription sur la rature avec l'avis antérieur du roi dans sa lettre à ses deux ministres, est une réfutation suffisante de l'accusation de faux.

Je dois ajouter que cette forme d'hommage sans condition paraît en réalité avoir été un compromis entre Edouard et son beau-frère. S'il n'établissait pas que l'hommage fût fait pour la couronne d'Ecosse , il n'établissait pas qu'il fût fait pour autre chose. Ce n'était pas suffisant toutefois pour y comprendre cette couronne : aussi l'acte continue d'établir qu'Edouard le reçut, « smf ses droit et prétention à l'hommage pour le royaume d'Ecosse, quand il lui plaira de les faire valoir. » { Ibid. 563. ) Lorsqu'il était dit dans l'acte qu'il n'avait pas reçu hommage formellement pour la couronne d'Ecosse, comment aurait-il pu falsifier les lignes précédentes pour persuader aux siècles futurs qu'il l'avait reçu?

Note B. En examinant la pétition présentée au protecteur au château de Baynard, l'attention du lecteur se sera sans doute portée sur le mariage antérieur allégué entre Edouard et Eléonore Boteler. Je ferai quelques observations à ce sujet dans la présente note.

1. 11 y avait alors dix-huit ans que le roi était marié à Elisabeth Grey. La validité de ce mariage n'avait jamais été contestée; Les enfants qui en provenaient avaient été considérés comme légitimes par le parlement, la nation et les souverains étrangers. Ils étaient reconnus héritiers de leur père, et plusieurs d'entre eux s'étaient alliés aux premières maisons de l'Europe.

2. S'il avait existé quelque m triage antérieur, qui eût annulé le mariage subséquent, n'aurait-il pas été découvert et objecté par ceux qui s'opposaient à l'union du roi avec Elisabeth Grey, par les nombreux et violents ennemis de cette princesse et de sa famille, et par Clarence et Warwick lors de leur rébellion, quand aucun d'eux n'avait à craindre le ressentiment d'Edouard? S'ils en avaient entendu parler, et qu'ils ne l'aient pas allégué, cette circonstance même est line preuve qu'ils savaient que ce bruit était sans fondement.

3. L'époque où l'on finit par mettre ce mariage en avant fournit une forte présomption contre lui. Ce ne fut que lorsque les deux parties intéressées reposaient dans la tombe, près de vingt ans plus tard, que l'on supposa qu'il avait eu lieu, et cela dans l'intention avouée de mettre l'oncle à même de déshériter ses neveux.

4. Il n'y a aucune preuve qu'on ait jamais interrogé des témoins, ni. prodjit aucun document pour démontrer l'existence du mariage en question , quoique

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Richard fût si intéressé , pour sa propre sécurité , à le mettre hors de doute. La seule autorité sur laquelle il repose est l'assertion qui se trouve dans la pétitiou présentée au protecteur, au château de Baynard, autorité qui aura peu de poids pour tout lecteur impartial. Cette pétition avait été, disait -on, rédigée et envoyée de Londres par les gentilshommes du nord; mais tout le monde savait qu'elle avait été écrite dans cette cité par le docteur Stillington, évèque de Bath, et président du conseil de Richard. { Cont. Croyl. 567.) Le Evesque de B. fist le bill. (Year-book, Hilary term, 1. Hen. VU. Rym. xn, 189.) Si l'on dit qu'elle fut approuvée par le parlement de Richard, en 1484 (Rot. Pari, vi, 240), on peut répondre que l'année suivante elle fut condamnée par un autre r/arlement « pour les fausses et séditieuses imaginations et les mensonges d'icelle * (ibid. 239), et déclarée par les juges fausse , calomnieuse et honteuse. ( Year-book, ibid.) Le seul contemporain qui en fasse mention la traite avec peu de cérémonie, comme séditieuse et infâme. Cont. Croyl. 567.

5. Quoique aucun ancien historien n'ait écrit en faveur de ce mariage allégué, il a été vivement soutenu par deux écrivains modernes, Walpole, dans ses Doutes historiques, et Laing, dans une dissertation à la fin de Y Histoire d'Angleterre de Henry. Je citerai brièvement les quatre arguments qu'ils présentent.

6. More nous informe, qu'après qu'Edouard «se fût assuré d'Elisabeth entre eux deux, » il communiqua la chose à son conseil ; que sa mère, pour empêcher le mariage, objecta qu'il était engagé à dame Elisabeth Lucy, et son mari devant Dieu; » que Lucy fut mandée et interrogée sous serment; et que « bien qu'elle fût encouragée par la mère du roi et par beaucoup d'autres à affirmer qu'elle était engagée au roi, cependant lorsqu'on lui fit jurer solennellement de dire h vérité, elle avoua qu'ils n'avaient jamais été engagés l'un à l'autre; quoique sa grâce lui eût parlé en termes si tendres qu'elle avait toujours espéré qu'il l'épouserait. » More, 59, 60. 11 est difficile de concilier cette histoire, telle que More la raconte , avec le récit du mariage d'Edouard et d'Elisabeth Grey, tel qu'il est donné par tous les autres écrivains. Selon eux il fut clandestin, selon lui il fut célébré publiquement. Mais qu'y a-t-il là en faveur du mariage antérieur avec Eléonore Boteler? Laing suppose que More a volontairement substitué Elisabeth Lucy à Eléonore Boteler, que l'objection de la mère du roi ét ût juste, et que la dame fut forcée par Edouard de porter un faux témoignage relativement à leur union. Mais s'il faut admettre de telles suppositions, simplement parce qu'elles conviennent au but de l'écrivain, c'en est fait de toute foi dans l'histoire.

7. On nous oppose ensuite le témoignage de Comines, qui nous informe qu'anciennement Stillington avait été en faveur auprès d'Edouard, qu'il avait encouru son déplaisir, avait été emprisonné, et avait payé une forte somme pour recouvrer la liberté. Ce prélat, s'il faut l'en croire, déclara à Richard qu'Edouard avait autrefois contracté un man «ge avec une certaine dame en sa présence, que cet engagement n'avait d'autre but que de la tromper, et qu'il en avait caché l'existence pendant vingt ans. Il ajoute que, pour le récompenser, Richard promit de donner la princesse Elisabeth , considérée maintenant comme bâtarde , à un fils illégitime de l'évèque ; mais le jeune homme fut jeté sur la côte de Normandie, mené au Châtelet à Paris , où, par méprise, on le fit mourir d<- faim. Oom. lvi, c. ix. Ceux qui ont lu les écrivains étrangers de cette époque savent le peu de foi qu'il faut leur prêter, lorsqu'ils parlent des affaires de l'Angleterre ; mais en admettant tout ce récit, cela n'ajoutera pas beaucoup aux preuves du mariage. Nous savions déjà que Stillington avait composé la pétition; nous savons à présent qu'il en suggéra aussi le contenu. Quant à la vérité ou à la fausseté de ce contenu, Comines, à cet égard, ne hasurde aucune conjecture. Laing suppose qu'Edouard fit emprisonner l'évèque pour lui arracher le contrat, ou pour le punir d'avoir révélé le secret. Mais aucune de ces hypothèses n'est soutenable. L'histoire nous assure que Stillington garda le secret jusqu'à la mort

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d'Edouard; et l'idée qu'on voulut lui arracher le contrat vient d'une méprise sui le sens des mots, « avoit fait la promesse entre les mains dudit évesque, » ce qui fait allusion à la manière dont ces promesses verbales étaient reçues , et non à aucun contrat écrit déposé dans les mains de l'évèque, comme Laing le traduit. Le vrai motif de la disgrâce de Stillington (nous n'avons pas connaissance de son emprisonnement) se trouve dans Rymer, xn , 66. Peu après la condamnation de Clarence, il fut accusé d'avoir violé son serment d'allégeance, probablement en s associant à Clarence. Il se présenta devant un grand conseil de lords et de prélats, prouva son innocence à leur satisfaction, fut déclaré sujet loyal et chargé dans la suite de plusieurs fonctions de confiance et d'importance.

8. L'histoire de sir Thomas More finit brusquement au milieu d'une conversation entre le duc de Buckingham et l'évèque d'Ely. Hall continue cette conversation, sans nous informer d'où il l'a tirée, et fait dire au duc : « Richard présenta (aux lords formant son conseil privé} des actes, d'authentiques docteurs, procureurs, notaires de la loi, et des dépositions de divers témoins, attestant que les enfants d'Edouard étaient bâtards : dépositions que je crus alors aussi vraies que je les sais maintenant fausses et simulées, et attestées par des témoins déloyalement subornés à l'aide de récompenses. » Hall, fol. 33. De là Laing conclut que la preuve du mariage antérieur fut produite au conseil. Mais on peut répondre que ces dispositions ne furent jamais reçues judiciairement; qu'elles sont déclarées fausses et achetées à prix d'argent par l'autorité même que l'on cite ici ; et enfin, que le discours tout entier n'est qu'une fiction. Car on fait dire au duc que Richard refusa de lui rendre le domaine de Hereford, dont il avait été dépouillé par Edouard, quoique la vérité soit que Richard le lui rendit réellement (Dugd. Bar. i, 168, 169. n, 2-18) ; et s'il en faut croire More lui-même, ne rejeta impoliment aucune de ses pétitions. More, 70.

0. Lorsque Henri VII épousa Elisabeth, fille d'Edouard, l'acte qui déclarait bâtards les enfants de ce prince fut révoqué. La coutume était en pareille occasion de citer l'acte entier ou d'en particulariser l'objet, deux formalités qui cette fois, de. l'avis des juges, furent omises, et à leur place on inséra les premiers mots comme suffisants pour désigner quel était l'acte particulier qu'on révoquait. Eu même temps on fit la motion d'appeler Stillington devant le parlement, mais le roi s'y opposa. Laing infère de là que Henri était convaincu que la légitimité de sa femme ne supporterait par l'examen. Mais il y a une réponse victorieuse à lui faire. Les juges déclarèrent que leur objet était d'empêcher une aussi fausse et aussi honteuse calomnie de figurer sur les rôles (Year-book, Hilary tenn, 1, Henri VII) ] et le roi répliqua que comme il avait déjà pardonné à Stillington, il ne pouvait le poursuivre pour cette même faute. More, 73.

10. Somme toute, il me parait évident qu'Elisabeth était la femme réelle d'Edouard, et que le mariage antérieur était une fiction inventée pour justifier l'usurpation de Richard.

Note C Je me propose dans cette note d'examiner les arguments dont on s'est servi pour laver la mémoire de Richard de l'imputation d'avoir assassine ses neveux.

1 . Il serait difficile de nommer un écrivain plus digne de foi que l'historien de Croyland, qui composa sa narration dans le mois d'avril qui suivit la mort de Richard. Il rapporte qu'une vaste confédération s'était formée pour délivrer les deux jeunes princes de la Tour, et que le soulèvement allait avoir lieu, lorsqu'on publia qu'ils avaient péri tous deux. (Cont. Croyl. 568.) On a dit que ce n'était qu'un simple bruit répandu par les conspirateurs eux-mêmes, et que l'écrivain ne donne pas son opinion quant à la vérité de ce bruit. Mais, 1* il ne pouvait pas avoir été répandu par les conspirateurs, attendu qu'il les forçait de différer leur insurrection projetée et de chercher quelque autre chef

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(ibid.): et 2' l'écrivain poursuit sa narration comme s'il croyait les princes morts, et se sert d'expressions dont il ne se serait pas servi s'il eût conserve aucun doute de leur assassinat. Il dit qu'on ignore de quel genre particulier de mort violente ils ont péri (quo génère violenti interitûs ignoratur, ibid.) ; que leur cause a été vengée à la bataille de Bosworth (quorum causa hoc bello potissimè vindicata est, p. 575) ; et que Richard, non content de s'emparer des trésors d'Edouard, fit mourir ses enfants (amplo divitiarum Edwardi curaulo non contentus, oppressit proies, ibid.). Je crois que l'emploi d'expressions pareilles ne peut laisser aucun doute sur l'opinion de cet écrivain.

2. Cette conviction paraît avoir été partagée par toutes les personnes qui étaient le plus intéressées à, constater la vérité. 1. Le duc de Buckingham et les gentilshommes des comtés du sud, après la publication de la mort des princes, virent qu'il n'y avait pas de sûreté pour eux s'ils ne suscitaient pas au roi un nouveau compétiteur, et en conséquence ils offrirent le trône au comte de Richmond, à condition qu'il épouserait la princesse Elisabeth, la plus proche héritière de la famille d'York. (Cont. Croyl. 568.) Peut-on croire qu'ils eussent api de la sorte sur la foi d'un simple bruit dont en ce moment ils devaient naturellement suspecter la vérité? Ne durent-ils pas approfondir la chose, et se convaincre de la mort du jeune Edouard et de son frère, avant d'offrir la couronne à une branche illégitime d'une famille rivale? —2. Richard, afin de déjouer ce plan, fit tous les plus grands efforts pour décider Elisabeth, veuve d'Edouard, à quitter le sanctuaire avec ses filles; mais il n'y réussit que lorsqu'il eut juré devant les pairs et les prélats, le maire et les aldermen, que la Vie de ces jeunes filles ne courrait aucun danger. Pourquoi Elisabeth exigea-t-elle un pareil serment? Evidemment elle croyait que le roi avait déjà fait périr ses fils, et elle craignait pour ses filles une destinée semblable. Buck. p. "28. — 3. Richard, même avant la mort de sa femme, se proposait d'épouser la princesse Elisabeth, et la raison était qu'il ne voyait pas d'autre moyen de s'assurer du trône et de détruire les espérances de son rival. (Non aliter videbat regnum sibi confirmari, neque spem competitoris sui auferri posse, Cont. CroyJ. 572.) Ceci ne pouvait être vrai que dans le cas où les deux princes étaient morts, et où Elisabeth était héritière de la couronne.

3. Rouse, qui mourut en 1401, affirme ouvertement que les deux princes furent tués, mais si secrètement, que peu de personnes surent de quelle manière. Edwardum cum amplexibus et osculis recepit, et infrà circiter duo menses vel parum ultrà cum fratre suo interfecit — ita quod ex post paucissimis notum fuit quâ morte martyrizati suut. Ross, 214, 215.

4. André, historiographe contemporain de Henri VII, dit que Richard ordonna de tuer les princes à coups d'épée. Ferro feriri jussit. Ms. Domit. A. xvin.

5. Sir Thomas More, qui écrivit peu de temps après, en 1513, non-seulement affirme qu'ils furent assassinés, mais il donne les particularités du meurtre d après les aveux des assassins eux-mêmes. Le lecteur a vu ce récit dans les pages qui précèdent.

6. En juillet 1674, par suite de l'ordre de dégager la tour blanche de tous les bâtiments contigus, comme les ouvriers « creusaient au bas de l'escalier qui conduisait de l'appartement du roi à la chapelle de ladite tour, à environ dix pieds en terre , ils trouvèrent les os de deux jeunes garçons dans ( à ce qu'il parut ) un coffre de bois, et après examen on trouva que leurs proportions se rapportaient à l'âge des deux frères, à savoir environ treize et onze ans. » On fit une enquête dont le résultat fut que c'étaient les os des princes assassinés; et, en conséquence, après qu'on en eut séparé les débris étrangers, on les enterra honorablement dans la chapelle de Henri VII à Westminster. (Sandford, 427, 4?9.) On a considéré ceci comme une forte confirmation du fait de l'assassinat, puisqu'on ne connaît pas deux autres enfants qui aient péri à la Tour, et que

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More nous informe qu un prêtre transporta leurs corps du lieu ou ils avaient été déposés par les assassins dans un autre endroit, et que, comme il mourut bientôt après, son secret périt avec lui. (More, 68.) On peut inférer des paroles de More qu'on avait fait des efforts inutiles pour découvrir cet endroit.

7. Une forte présomption en faveur de la narration de More, c'est que toutes les personnes mentionnées par lui comme complices du meurtre devinrent l'objet des bontés du roi. Grecne, le messager, eut l'office de receveur des seigneuries de l'île de Wight et du château de Porchester; et les nombreux dons d'argent et de terres et les emplois lucratifs accordés à Tyrrel et à Brackenbury peuvent se voir dans les notes de Strype à l'histoire de Buck dans Kennet, I, 551, 55*2. Et les agents plus obscurs, les meurtriers réels, Dighton et Forrest, ne furent point non plus négligés par la reconnaissance de leur patron. Le premier fut fait bailli à vie du manoir d'Aiton dans le Staffordshire (ibid.) ; et comme Forrest n'eut que peu de mois à jouir de l'office qui lui avait été donné au château de Barnard, une pension annuelle de cinq marcs fut donnée à sa veuve et à son fils (Turner, m, 491.) Cette coïncidence doit paraître fort extraordinaire, si on suppose le récit de More fabuleux.

8. En opposition à cette preuve, on a fait observer que, même du temps de Henri VIII, on était dans le doute si les princes avaient été ou non assassinés. Je vais donc transcrire les paroles de More, et l'on verra que ce doute n'était

pas très-répandu et ne reposait sur aucun fondement solide : < Dont la mort

a néanmoins été mise en question au point que quelques personnes restent encore dans le doute si, à cette époque, ils avaient péri ou non. Non pas seulement parce que Perkin Warbeck, par la méchanceté de beaucoup de gens et par la sottise d'un plus grand nombre, abusant si longtemps le monde, fut, aussi bien auprès des princes qu'auprès des pauvres, réputé et pris pour le plus jeune des deux, mais aussi parce que tout se faisait, dans les derniers temps, d'une manière si cachée, affichant une chose et en sous-entendant une autre, qu'il n'y avait rien de si clair et de si visiblement prouvé que ces habitudes de cachotteries et de dissimulation ne rendissent suspect, comme des bijoux bien imités font qu'on se défie des véritables... Mais je vous redirai la fin douloureuse de ces enfants , non de toutes les manières que je l'ai entendu raconter, mais de la manière dont je l ai sue de certains hommes et par de certains moyens qui ne permettent guère de croire qu'elle ne soit pas vraie. » 11 donne alors sa version, et termine en disant : < C'est ainsi que, à ce que je tiens de gens bien instruits et qui n'avaient guère de raisons de mentir, furent tués secrètement ces deux nobles princes. » P. 67, 68.

!>. On soutient toutefois que le récit de More ne saurait être vrai. « Un concours de circonstances singulières et providentielles pour la mémoire de Richard, » dit Laing, « nous permet de constater la durée et de suivre les stations particulières du voyage dans le cours duquel la mort supposée de ses neveux fut méditée et accomplie. Il était le dimanche 31 août à Westminster, où il ratifia son alliance avec le roi de Castille, et à York le 7 septembre, veille de son second couronnement. » (Laing, 420.) L'écrivain alors nous dit que Richard était le lundi à Windsor, le mardi à Oxford, le mercredi à Gloucester, le jeudi à Warwick, le vendredi à Nottingham, le samedi à Pontefract et le dimanche à York. Or, il prétend que si la version de More est vraie, Greene, le messager envoyé pour tâcher de gagner Brakenbury, gouverneur de la Tour, dut quitter le roi, qui était en voyage, le lundi ou le mardi, et être revenu auprès de Richard à Warwick le jeudi avec la nouvelle qu'il avait échoué, et que Tyrrel dut quitter Warwick le vendredi, commettre le meurtre dans la Tour la nuit du vendredi ou celle du samedi, et rejoindre le roi avant son arrivée à York le dimanche, célérité impossible à croire ; d'où il suit que tout le récit est faux. Laing, 420-433.

Or il faut reconnaître que si les limites assignées au voyage de Richard par

sûtes, au

ses avocate sont exactes, il est impossible d'entasser dans un si court espace tous les faits mentionnés par More. Mais ces limites sont-elles exactes? 11 est certain qu'il fut couronné avec la reine à York le dimanche 8 septembre (Drake's Eborac. 1XL Rouse, 217). après avoir créé son fils prince de Galles, en pleine assemblée de la noblesse, le même jour. (Rym. xn, 200.) Il dut donc arriver à York la veille, et s'il ne quitta Londres que le 1^ il dut faire cette longue tournée en sept jours. Mais est -on certain qu'il fût à Westminster le 31 août? car de l'exactitude de cette date dépend tout le raisonnement des avocats du roi. La seule preuve qu'on en ait, ce sont deux actes qui se trouvent dans Rymer, à la date du 21 août, teste rege apud Westmouasterium. (Rym. xn, 198, 199.) Mais ces actes prouvent seulement que le chancelier était à Westminster : le roi pouvait être à trois cents milles de distance. On les disait publiés teste rege, parce qu'ils étaient publiés par sa haute cour de chancellerie. C'est ainsi que nous savons qu'à la mort d'Edouard IV, le 9 avril 1483, son fils Edouard était à Ludlow et n'arriva point à Londres avant le 4. mai suivant. Et cependant le 23 avril, onze jours avant qu'il approchât de Westminster, trente-trois ordonnances furent rendues en son nom, et datées de Westminster teste rege. (Rym. xn, 79.) D'où il est évident que les ordonnances en question, sur lesquelles Carte, Walpole et Laing appuient leur principal argument, ne prouvent rien quant à la présence ou à l'absence de Richard au jour où elles sont datées.

Il est facile, au surplus, de prouver qu'il était ce jour-là dans le voisinage d'York, et que son voyage, au lieu de six jours, lui prit tout un mois. Les anciens écrivains rapportent qu'il se mit en route peu après son couronnement, le G juillet. {Cont. Croyl. 5EL Fab. 516.) Il alla de Londres à Windsor, de Windsor à Oxford. Le jour de son arrivée n'est pas spécifié ; mais il reçut de l'université une pétition en faveur de l'évêque d'Ely, datée du à août (apud Speed, p. 932^ ; donc il n'est pas improbable qu'il était là à cette époque. Sa station suivante fut Woodstock, où les gens du pays se plaignirent à lui que son frère avait injustement annexé une grande étendue de terre à la forêt de Wichwood, et sur enquête il leur accorda une charte de désafforestaiion. De là il se rendit à Gloucester, et pour honorer la cité dont il tirait son titre de duc, il y nomma un maire et des shériffs. Les deux stations suivantes furent Worcester et Warwick. Là il fut rejoint par la reine et par les ambassadeurs d'Espagne, qui venaient directement de Windsor, et il tint sa cour pendant toute une semaine ', ayant avec lui cinq évèques, le duc d' Albany, quatre comtes, cinq barons, le chef de justice du banc du roi, d'autres lords et chevaliers, et un grand nombre de nobles dames accompagnant la reine. Il alla ensuite à Coventry, puis à Leicester, et de Leicester à Nottingham, où il était le 23 août. Car nous avons une lettre écrite dans cette ville ce jour-là par son secrétaire intime , annonçant aux citoyens d'York qu'il approchait de leur ville, et leur disant que « les lords et les juges du roi étaient avec lui, siégeant et prononçant sur les plaintes des pauvres gens, avec due punition de ceux qui contrevenaient à ses lois. » (Drake, 116.) Il s'arrêta ensuite à Pontefract, où il non ma un maire, et de là il se rendit à York. (Voyez ce voyage dans Rouse, 216, 217.) D'York, le 31 août, il expédia l'ordre à Piers Courties, maître de la garde-robe, d'envoyer dans cette cité ses éperons, bannières, cottes d'armes, etc., dont on pourrait avoir besoin pour son couronnement. (Drake's Eborac. lia. Buck, 527.) Il est donc évident qu'au lieu de quitter Londres le 1^: septembre pour être couronné à York le 8 septembre, il fut tout le mois d'août à faire ce voyage, et qu'il atteignit York avant le jour où l'on a supposé qu'il était encore à Londres. — 11 est à remarquer aussi que cette

L Rouse ne pouvait ignorer celle circonstance , si importante dans l'examen dont il s'agit, puisqu'il demeurait à cette époque à Guy's ClifT, à quatre milles seulement de Warwick.

NOTES

version s'accorde avec celle de More. Il expédia Groene lorsqu'il était en route pour Gloucester, et reçut le rapport de Greene à son arrivée à Warwick. De là il envoya Tyrrel à la Tour, et le meurtre fut commis bientôt après, probablement pendant la semaine qu'il passa à Warwick , ce qui, d'après la date de sa résidence à Nottingham, doit avoir été vers le milieu d'août, époque assignée par Rouse, qui dit que le jeune roi fut assassiné un peu plus de trois mois après avoir été reçu et caressé par son oncle, ce qui avait eu lieu le dernier jour d'avril. (Rouse, 815.)

10. Walpole (p. 70, 71) transcrit un passage du rôle du parlement de 1484, pour prouver qu'Edouard V était en vie quand ce parlement siégeait, et conséquemment ne pouvait pas avoir été mis à mort pendant le voyage de Richard. Mais s'il avait fait plus d'attention au rôle, il aurait vu qu'il copiait la pétition présentée au protecteur au château de Baynard, et que le passage en question prouvait seulement qu'Edouard était en vie à l'époque où son oncle usurpa la couronne. Voyez Bot. Pari, vi, 241.

11. M. Bailey, dans son Histoire de la Tour (p. 343), cite certains mandats pour la livraison de vêtements et le payement de provisions à l'usage du « lord bâtard, donné sous notre cachet à Westminster, le ix* jour de mars, anno secundo ; » d'où il infère que l'un des deux fils du roi, sous le nom du lord bâtard, vivait un an et demi après l'époque de leur mort supposée. Mais il n'y a pas de doute que le lord bâtard mentionné dans lès mandats était le propre fils de Richard, Jean de Gloucester, qu'il fit deux jours après gouverneur à vie de Calais, se réservant l'exercice de cette charge jusqu'à la majorité de l'enfant. Rym. Xll, 265.

12. Le dernier argument dont je ferai mention est pris dans YHistoire de Henri VII par Bacon, p. 71. 11 nous dit que peu après l'apparition de Perkin, Tyrrel et Dighton (Forrest, l'autre assassin, était mort) furent enfermés à la Tour, et que, comme le publia le roi, tous deux s'accordèrent à faire le même . récit; que néanmoins Henri ne fit aucun usage de leurs confessions ; que Tyrrel eut, bientôt après, la tète tranchée pour d'autres actes de trahison ; mais que Dighton, qui, à ce qu'il paraît, parlait le plus en faveur du roi, fut mis en liberté, et que ce fut par lui surtout que se répandit cette tradition. Or , s'il était vrai que Henri eût interrogé ces hommes à l'époque de l'apparition de Perkin, et que cependant il ne se servit pas de leur témoignage pour prouver que Perkin n'était pas le duc d'York, cette omission certainement justifierait le soupçon qu'ils ne convenaient pas du meurtre. Le fait est qu'ils ne furent interrogés que peu de temps avant l'exécution de Tyrrel, comme le dit lui-même Bacon, mais que l'exécution n'eut pas lieu, comme il le suppose, peu après l'apparition de Perkin, mais à dix années d'intervalle, en 1502, pour avoir favorisé l'évasion du comte de Suffolk. (Rot. Pari, vi, 545.) Comme de raison, Henri ne pouvait faire usage de leurs aveux dans aucune de ses déclarations contre Perkin, qui furent publiées longtemps auparavant. La chose est également prouvée par l'histoire de sir Thomas More, qui écrivit quelques années après : « Il est très- vrai et bien connu qu'à l'époque où sir James Tyrrel était à la Tour pour trahison commise contre

le roi Henri VII, Dighton et lui furent interrogés et confessèrent le meurtre de la manière écrite ci-dessus. » More, 68.

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