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La politique étroite et intéressée de la reine avait laissé de l'incertitude sur le su
scur à la couronne. Jacques VI d'Écosse était, par le droit du sang, l'héritier présomptif ; mais l'exclusion de la ligne écossaise par le testament de Henri VIII avait jeté quelque doute sur son droit, et l'on croyait généralement qu'il rencontrerait des obstacles dans les craintes des nobles, dont les mains étaient teintes du sang de sa malheureuse mère, dans la jalousie des ecclésiastiques, qui devaient redouter l'avénement d'un prince nourri des doctrines de Calvin , et enfin dans les intrigues des catholiques, intéressés à chercher un protecteur contre les lois pénales, en soutenant un prince catholique. L'esprit public n'avait cessé, depuis plusieurs années, d'être agité par les prédictions des conséquences dangereuses que pouvait avoir la mort d'Élisabeth, prédictions que l'événement mit bientôt parmi les rêves des hommes timiflcs ou à projets. Il ne s'éleva pas une seule voix en faveur d'un autre prétendant. Les ennemis supposés de Jacques avaient depuis longtemps fait leur paix avec leur futur souverain : le clergé crut a ses protestations, qu'il ne voulait point d'une religion qui ne tendait qu'à avilir l'autorité royale, ou même à la détruire (1), et les catholiques, flattés parles rapports de leurs agents, accueillirent avec joie l'avènement d'un prince qui, disait-on, avait promis de tolérer leur culte, en reconnaissance de l'attachement dont ils avaient si souvent donné des preuves à la maison des Sluart.
Par l'adresse de Cecil, l'avènement du roi des Kcossais fut proclamé avant que la mort de la dernière reine eût été officiellement connue (21 mars 1603). A son invitation, 35 personnages , conseillers, prélats, pairs et officiers de la couronne, souscrivirent, après le lord maire, une déclaration que Jacques était l'héritier légitime et incontestable de la couronne d'Angleterre. On ne perdit pas un instant. Ils s'assemblèrent en corps devant le palais et de là se rendirent A la croix de Cheapside. Kn ces deux places , le roi d'Écosi* fut proclamé par Cecil lui-même, et les acclamations des citoyeus,
(1 Ce fui probablement pour confirmer celte opinion que son ouvrage , intitulé /iasilicon Doron , qu'il avait achevé en 1599, fut alor* imprimé. Cet ouvrage eut tant de sucée», qu'on en fit troi» éditions dan» le cour» de l'année 1603.
les feux de joie et le son des cloches, témoignèrent leur satisfaction de l'avènement du nouveau roi- Jacques , qui était alors dans satrente-septtième année , reçut cette nouvelle avec des transports de joie. 11 était depuis longtemps fatigué d'un trône où le besoin d'argent mettait des obstacles continuels 5 ses inclinations favorites, et où les hautes idées qu'il avait de la dignité royale se trouvaient sans cesse combattues par les principes de nivellement du clergé , et par l'esprit factieux des nobles (5 avril). Il se hâta de prendre possession de son nouvel héritage : les rêves de son imagination ne lui offraient plus que richesses, puissance et plaisirs, et son attente fut confirmée, durant son voyage, par les acclamations delà multitude qui se rassemblait pour féliciter son souverain, et par les fêtes somptueuses que la haute et la petite noblesse s'empressaient de lui offrir. Il fit remarquer avec enthousiasme aux Écossais qui le suivaient qu'ils étaient enfin arrivés dans une terre de promission.
Mais, à mesure qu'il avançait, il voyait diminuer l'exaltation des Anglais. La démarche du nouveau roi n'avait point de grâce ; ses manières avaient quelque chose de repoussant. Une langue, trop grande en apparence pour la bouche qui la contenait , des yeux roulants sans cesse dans le creux d'un vaste orbite sur les objets environnants une barbe rare, à peine indicative de la virilité, n'étaient faits ni pour inspirer le respect, ni pour commander l'affection : la répugnance du roi à se présenter à la foule qui se pressait à sa rencontre, la précipitation avec laquelle il ordonna l'exécution d'un coupable, sans procès cl sans défense, et la partialité qu'il montrait en toute occasion pour ses compatriotes, provoquèrent d'abord de la part des uns des marques de mécontentement , et réveillèrent chez les autres la crainte d'un règne despotique et impopulaire (I).
Son antipathie marquée pour Elisabeth excita les plus pénibles émotions dans le cœur de quelques personnes. Il était si profondément pénétré des outrages qu'elle avait prodigués A sa mère et à lui-même, qu'il ne pouvait souffrir qu'on prononçât son nom , sans donner des si-
tl) Voyez Somers, u , I't7 Slowe, 82t.