‹ Histoire d'Argentan et ses environs comprenant des recherches historiques episodes de la domination des Celtes, des premiers Gaulois, des Romains, des Franks & des Normands dans les GaulesChapitre 28 sur 30 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

ERE CHRÉTIENNE

Outre , Dieu des enfer» , tes arides manoirs! Que de morts vont descendre à tes rivages noirs Caron , pour le passage , agrandis ta nacelle , Et toi, pâle Erinnys, repais ta faim cruelle!

SOMMAIRE. — République française.— Levée de 800,000 hommes. — Affaire du 14 mars à Argentan. — Massacres. — violation du secret des lettres à Argentan. — Belle conduite d'un détachement de la garde nationale contre les insurgés deMaîne-el-Loir. — Rédaction de la liste des suspects à Argentan. — Fin du régime de la Terreur. — Mort héroïque des Montagnards échappés à l'échafaud. — Contre-révolution. — Bandes du midi.

— Directoire. — Mort de Babœuf. — Bonaparte en Italie. — Royalistes dans l'ouest. — Leurs opérations dans l'Orne. — Expédition d'Egypte — 18 brumaire. — Nomination des consuls. — Marengo. — Conspiration. — Condamnation des conspirateurs. — Mort du duc d'Enghien. — Napoléon empereur. — Les Français à Berlin. — Batailles. — Paix de Tilsitt.

— Les Français en Portugal. — Vol de la diligence au bois de Quesnay.

— Les Français en Espagne. — Napoléon épouse Marie-Louise. — Naissance du roi de Rome. — Guerre et désastre de Russie. — Invasion étrangère. — Louis xvili sur le trône. — Les Cent- Jours.

1793, 25 janvier. — Suppression, à Argentan, des maîtrises. Le mêmejour, décision delà municipalité pour inscrire à l'angle des rues le nom de chacune d'elles, avec le numéro des maison*.

La Vendée s'insurgea. La Convention , qui ne trouvait de salut que dans l'audace, déclara la guerre à la Hollande et à l'Angleterre. Elle décréta une levée de 300,000 hommes.

La ville d'Argentan devait fournir une compagnie de cinquante hommes. Une proclamation fut afûchée et un registre fut ouvert, jusqu'au 44 mars, dans l'ancienne église des Capucins , pour recevoir les enrôlements. volontaires; mais une horrible collision s'engagea entre les jeunes gens aristocrates et les prétendus patriotes. Les derniers étaient inférieurs en nombre et allaient succomber; un des officiers municipaux va chercher du secours à Ecouché. Bientôt la chance tourne; la lutte devient sanglante. Barbot Terceville, l'un des chefs des insurgés, est égorgé; sa léte, séparée du tronc, est mise au bout d'une pique et promenée dans la ville. Le nommé Michel Huquet , de la commune de la Perrière , arrivant à Argentan, paraît effrayé d'un pareil trophée ou plutôt témoigne de la compassion pour la victime. Il n'en faut pas davantage pour exciter les assassins ; il tombe sous leurs coups. Les arrestations suivirent le carnage. On se souvient encore, à Argentan , du malheureux Lacroix , domestique dans la maison Caulaincourt.

Le 17 mars , deux commissaires sont désignés pour aller à la poste, à l'arrivée des courriers à Argentan , avec autorisation de violer le secret des lettres et d'apporter à la mairie celles qui leur paraîtront suspectes.

Marat, l'un des chefs delà Montagne, venait d'être assassiné pat Marie-Anne-Charlotte Corday, ci-devant Darmont. Des commissaires sont nommés pour vérifier chez Corday, son père, qui habitait la commune d'Argentan , s'il ne s'y trouve pas de correspondance criminelle indiquant un complot arrêté. Du r este, le coup fut inutile; Charlotte le paya de sa vie. L'armée française marchait de succès en succès. Dumourier changea de parti , se fit battre à Nerwinde et il se joignit aux ennemis. Il

est aussitôt déclaré traître à la patrie. La Convention envoya les commissaires Camus, Quinette , Lamarque, Bancal, pour examiner sa conduite. Dumourier les livra aux Autrichiens; lui-môme passa dans le camp ennemi avec deux officiers supérieurs , les seuls qu'il put entraîner avec lui.

Le 10 mai 1793 , Boulay-Lacroix , qui commandait le détachement de gardes nationaux d'Argentan , envoyé à Angers contre les insurgés de Maine-et-Loir, présente à la municipalité le cerliGcat du général Menou, témoignant de la belle conduite de ce détachement. Il résulte du rapport de Boulay que, le 11 avril, à l'affaire de Chemillé , deux de ses hommes avaient été tués , Bonvou et Lavallée.

Au mois de mai 1793, la Convention envoya à Argentan quatre commissaires: MM. Lesage , d'Eure-et-Loir; Mariette, de la Seine-Inférieure; Du val , de Rouen, et Plé Beaupré, de l'Orne, pour y suivre les traces d'une conspiration que l'on croyait ourdie par le duc d'Orléans, et rechercher la part qu'il aurait pu prendre aux troubles qui divisent les départements de la Vendée.

Plusieurs villes cherchèrent à secouer le joug; elles furent mitraillées et décimées. Toulon avait ouvert ses portes aux Anglais : ils en furent bientôt chassés.

Le 20 juin 1793, le conseil général de l'Orne arrête que des lettres seraient énvoyées aux administrations de district pour les engager à se réunir au chef-lieu pour conférer sur les moyens de préserver le département de l'invasion des rebelles de la Vendée et de la disette, que l'on attribue a la loi du 4 mai 1793, qui fixe le maximum du prix des grains et empêche l'approvisionnement des marchés.

Les députés d'Argentan étaient MM. Lainé , pour l'administration du district ; Belzais Courmenil, maire pour la commune Delange, pour le tribunal du district; Goupil Prefclne fils, pour la société populaire.

L'assemblée décida 1° que copie des procès- verbaux des séances seraient adressée au ministre de l'intérieur, qui sera prié de faire cesser la disette des subsistances dans l'Orne :

2° Qu'il sera demandé au ministre vingt mille quintaux de blé pour meltre le département de l'Orne à môme dattcndro le bienfait du rapport de la loi du 4 mai.

La loi des suspects fut promulguée et mise à exécution, à Argentan, le 30 août 1793. La liste des personnes suspectées d'aristocratie et d'incivisme fut rédigée, et elles furent arrêtées par catégories. Les tribunaux révolutionnaires prirent la place des tribunaux criminels; des milliers d'individus de tout sexe et de tout âge tombèrent sous la bâche des bourreaux. Marie* Antoinette, Bailli, le duc d'Orléans furent au rang des victimes. La Montagne dominait ; elle voulut écarter de l'assembléo les hommes droits et modérés. Les Girondins furent condamnés par ce sanglant tribunal. Plusieurs étaient parvenus à se sauver; mais, le 31 octobre 4793, vingt et un d'entre eux, à onze heures du malin, étaient sur l'échafaud, et, trente minutes après, vingt et un des juges du roi de France avaient comparu devant leur juge éternel. Le parti de la Montagne se divisa» et la guillotine anéantit enfin ses pourvoyeurs. Avec Robespierre finit le régime de la terreur. Six d'entre eux avaient survécu; ils furent traduits devant une commission militaire, qui les condamna a mort (c'étaient Goujeon, Bourbotte, Romme, Duroy, Duquesnoy et Soubrany). Ces fanatiques se poignardèrent et moururent en héros.

Pendant que les factions s'agitaient à Paris et dans les départements, Carnot avait organisé la victoire: Jourdan , Hoche, Perignon et Moncey l'avaient attelée à leur char. Les Anglais, déjoués dans leurs projets par la paix ou la victoire , suscitèrent une réaction contre- révolutionnaire plus sanglante que la terreur. Dans le midi , ùts bandes d'assassins royalistes , connus

sous le nom de Compagnie de Jésus et Compagnie du Soleil, commirent des atrocités inouïes. Des émigrés, sous les ordres de M. de Sombreuil, débarquent à Quiberon: ils font impitoyablement massacrés. L'insurrection s'organise contre la Convention ; le général Menou marche contre les insurgés. Ce général parlementa avec eux; il fut destitué et remplacé par Barras, qui obtint Bonaparte pour second. Ce dernier fit mitrailler les sections insurgées.

26 octobre 1795. — Le gouvernement fut confié au Directoire, composé de cinq membres. Sa conduite fut sage et ferme ; l'ordre se rétablit. Bonaparte fut nommé général en chef de l'armée d'Italie ; Jourdan commandait l'armée de Sambre-el- Meuse; Moreau était à la téte de l'armée du Rhin, à la place de Pichegru , dont la trahison avait occasionné quelques embarras. Hoche reçut lu commandement des côtes de l'Océan et la mission de pacifier la Vendée, ce qu'il fit promptement. 1796. Babœuf , chef du parti démocratique, tenta de ressaisir le pouvoir. Ils échouèrent et périrent en hommes convaincus de la justice de leur cause. Bonaparte avait soumis l'Italie. La coalition étrangère se dissolvait par la force des choses et les victoires de nos troupes, lorsque les élections de 1797, en introduisant des royalistes dans la législation, vinrent ranimer leur espoir. Ils voulaient renverser le Directoire ; le Directoire triompha; sa puissance s'en accrut et parvint au plus haut degré. Le traité de Campo-Forraio et le congrès de Rastadt complétèrent la paix avec l'Autriche et l'Empire; l'Angleterre seule continuait la guerre.

Quelques royalistes s'agitaient encore dans l'ouest. Le vicomte de Williamson , le baron de Commarque , le chevalier Billard opéraient dans l'Orne et le Calvados. On raconte que s'étant réunis à l'Anglaincherie , ils se dirigèrent vers l'habitation de M. Legoux , acquéreur de la propriété nationale de Pont-Valin;

qu'ils le rencontrèrent et le forcèrent à marcher avec eux; qu'ils enlevèrent de même M. Lebeneux , acquéreur delà propriété de Saint-Aubin , et les gardèrent comme Otages , les menaçant de mort s'ils étaient poursuivis. Ils forent prendre du repos à la ferme de la Basse-Cour du jardin , après avoir mis leurs Otages en sûreté. Lu bruit de cet enlèvement fut bientôt répandu ; la générale fut battue ; des troupes de Caen , les gardes mobiles d'Argentan et Falaise se mirent à la poursuite des royalistes ; ceux-ci rançonnèrent leurs otages et les mirent en liberté. Ils se retirèrent vers le télégraphe de Giel. Trois individus, poussés en reconnaissance, tombèrent dans leurs mains; c'étaient Leneveu , Cordier et Houdelièrc ; ils furent fusillés. Les royalistes , battant toujours en retraite , passèrent l'Orne au gué de la Folie, se dirigeant sur les bois de Mesnil-Jean , d'où ils virent consumer le cbJteati du Jardin , auquel la garde mobile de Falaise avait mis le feu. Ces bandes quittèrent l'Orne et se retirèrent dans la Mayenne.

Bonaparte, dont le Directoire devinait l'ambition , proposa l'expédition d'Egypte, qui lui fut confiée, pour s'en débarrasser. La seconde coalition se formait contre la république française; la guerre reprit avec des succès variés. Instruit des événements d'Europe , Bonaparte revint en France, fît chasser , par ses grenadiers, le conseil des Cinq-Cents, réuni dans l'Orangerie deSaint- Cloud. Le bruit des tambours couvre la voix des législateurs en voyage , et le i9 brumaire an vm (10 novembre 171)9) est témoin de l'usurpation du nouveau César.

Un gouvernement provisoire fit préparer et publier la constitution de l'an vm. Une nouvelle organisation remette pouvoir aux mains de trois consuls : Bonaparte est le premier, les deux autres lui obéissent. Cette organisation comporte un corps législatif, un tribunal et un sénat conservateur. Bonaparte reprend le commandement de l'armée d'Italie. Les Autrichiens

sont écrasés à Marengo. Les royalistes , trompés daos leurs espérances . veulent assassiner le premier consul. L'explosion de la machine infernale fut leur premier exploit ; les tribunaux en ûrent justice. Une troisième coalition , uce conspiration où figuraient Georges Cadoudal , Pichegru et Moreau , se formaient en môme temps. La conspiration échoua ; Moreau fut banni ; Pichegru fut étranglé dans sa prison par un gendarme qui , depuis , devint officier supérieur et mourut en Russie. Georges fut exécuté. Bonaparte fit enlever, au château Delenheim (duché de Bade ) , le duc d'Enghien , accusé d'avoir dirigé le complot , el le fit fusiller dans les fossés de Vincennes. Enfin , sur le suffrage de 5,572,529 contre 2,569 votes négatif, Bonaparte se fit décerner le litre d'empereur héréditaire le 2 floréal an xn. Fils de la liberté , Napoléon étouffa sa mère , marcha de victoires en victoires. L'Italie , Gènes sont annexées à l'empire. Les batailles d'Ulm , d'Auslerlitz , amenèrent la paix de Presbourg. La bataille d'Erfurlh anéanti la Prusse. Berlin ouvre ses portes a l'armée française.

1807.— Les sanglantes batailles d'Eyleau, livrée le 8 février ; d'Ostrolenka , de Braunsberg , la prise de Dantzik et la bataille de Friedland amènent la paix de Tilsitt. Alexandre reconnaît Joseph , Louis et Jérôme , comme rois de Naples , de Hollande et de Wcstphalie ; il reconnaît aussi la confédération du Rhin. L'Angleterre tenait toujours ; l'empereur voulut détruire sa puissance dans le Portugal. Le 30 novembre 1807, les troupes françaises , sous les ordres de Junot , occupent Lisbonne. Le prince Jean , qui n'avait fait aucune résistance , s'embarqua pour le Brésil , et la déchéance de la maison de Bragance fut décrétée en ces termes : La maison de Bragance a cessé de régner en Europe.

1807.— La lutte de l'ouest contre la révolution était terminée, M. Défrotlé était tombé le dernier, en Normandie, dans les fos-

ses de Verneuil. Les assassinats sur les grandes roules n'étaient plus que le dernier coup du royalisme expirant. Nous retrouvons dans nos environs quelques uns de ces événements partiels et isoles.

Vers 1805, la diligence Michel, partant d'Evreux.fut dévalisée à quelque distance de cette ville. Le nommé Lechevalier (Armand-Victor), dont le père possédait une propriété a St-Arnouldsous-Exmes (Orne), se trouvait au nombre des accusés ; il se déclara complice et voulut mourir avec ses amis. Cependant il fut acquitté. Deux ans après, le 7 juin 1807, sur la route de Falaise à Caen , dans le bois de Quesnay, deux kilomètres de Langannerie, une diligence chargée de 63,000 fr. de fonds publics , recette d'Alençon et d'Argentan, fut arrêtée. Les malfaiteurs jetèrent bas un des gendarmes et s'emparèrent de l'argent. La gendarmerie se mit bientôt en campagne ; un déserteur qui avait pris part à l'action les mit sur les traces des auteurs de ce crime ; ils furent arrêtés. Madame Decombray et Madame Acquêt, sa fille, furent accusées d'avoir pris part à celle action et de l'avoir favorisée; on fut jusqu'à dire que madame Acquêt, vêtue en homme , assistait à l'arrestation de la voilure. Lechevalier fut encore accusé d'être de la partie. Sur trente-deux prévenus , vingt-cinq étaient aux mains de la justice. L'instruction se faisait à Caen. Après cinq mois , la justice impériale jugea nécessaire de la faire continuer à Rouen , pour soustraire les accusés à la décision de leur jury naturel , duquel ils auraient pu espérer de l'indulgence.

Le procès de Lechevalier était conduit à part ; traduit devant une commission militaire , présidée par le général Hullin , il fut fusillé le 10 janvier 1808.

Un an après cette première exécution, 15 décembre 1808, les vingt-trois prévenus restant étaient traduits devant la cour de justice criminelle spéciale de Rouen ; dix furent condamnés

â mort , quatre furent condamnés à vingt-deux ans de fers et de réclusion ; huit avaient pu se soustraire à l'action de la justice.

L'exécution de la dame Acquêt fut sursise, parce qu'elle s'était déclarée enceinte; les autres subirent leur jugement le môme jour.

Les deux petites filles de madame Acquêt, avec leur tante, se mirent eu route pour l'Allemagne ; et au moment où Napoléon rentrait àSchœnbrunn, après avoir visité le champ de bataille de Wagram, il aperçut dans la cour, où elles avaient été introduites par un aide-de-camp, les deux enfants et leur tante vêtus de deuil. Il pensa que c'était la veuve et les enfants d'un officier mort dans la bataille ; il s'approcha d'eux avec bonté ; les deux petites filles se jetèrent à ses pieds en lui criant : grâce ! grâce Sire, rendez -nous notre mère. L'empereur les releva, lut la pétition, se plaignit vivement de n'avoir pas été prévenu de cette affaire par le duc d'Otrante , et refusa la grâce : madame Acquêt fut donc exécutée.

Un cordonnier de Donnay, qui avait recelé les 65, OOOi fr. dans son four, ne reparut dans le pays qu'après la restauration ; seul il avait recueilli cet argent trempé de sang.

4808. — L'invasion du Portugal par les troupes françaises n'était que le prélude de celle d'Espagne et de la déchéance des Bourbons de la péninsule. Pendant la série de victoires remportées dans ce pays, et qui épuisaient le sang français, une cinquième coalition s'était formée.

1809.— Napoléon abandonne la conduite delà guerre en Portugal à ses maréchaux et va combattre les Autrichiens. La victoire de Wagram termine la campagne ; la paix est signée à Vienne le 14 juillet 1809. Ce fut alors que l'empereur crut affermir son trône en s'alliant à la fille d'un empereur d'Allemagne : son mariage avec Joséphine fut dissous.

— Ui —

4810.— Le premier avril , Napoléon épousa Marie- Louise , archiduchesse d'Autriche.

4 84 1 . — Naissance du roi de Rome, fils de Napoléon et de Marie-Louise. A cette occasion le gouvernement impérial conçut l'idée de rajeunir la cérémonie de Salency; il voulut que la ville d'Argentan eût , ainsi que Suréne , ses rosières ; il autorisa donc le conseil municipal à disposer d'une somme de 4,200 fr. en faveur de deux jeunes filles de la ville , sages et vertueuses, qui épouseraient d'anciens militaires; et, au lieu d'une fleur qui ne suffisait plus au xix e siècle pour payer dix-huit printemps de sagesse , la rosière devait ajouter â sa couronne virginale une bourse de soie verte qui renfermait le prix de sa vertu. Grand fut le nombre des prétendantes. Les électeurs étaient difficiles et sévères , car ils prétendaient que , malgré leurs recherches, ils n'avaient pu rencontrer qu'une seule personne digne de rerecevoir la rose. Cette décision surprit tout le monde ; personne ne voulut croire que parmi les prétendantes , toutes , une seule excéptée , fussent de contrebande. Watever iê , is right. La curiosité fut vivement excitée ; mais autant on mettait d'empressement à connaître l'avis du juge, autant celui-ci mettait de soin à cacher sa décision. Enfin , après un grand préambule , monsieur le maire proclama le nom de Marie-Louise Gautier! prêle à s'unir au sieur Loisel (René-Nicolas), ancien soldat des armées de la république. Peu de jours après les futurs époux reçurent la bénédiction nuptiale dans l'église St-Germain d'Argentan.

Un nouvel orage grondait dans le Nord ; Alexandre avait renoué ses relations avec l'Angleterre et s'apprêtait à rompre avec la France.

4812. — Napoléon s'avance au cœur de la Russie ; l'Europe succombe sous l'influence de son climat glacé. Napoléon laisse le commandement au roi de Naples et revient à Paris annoncer nos désastres et chercher les moyens de les réparer. Un autre

fléau menace la France; la disette se fait sentir; partout on prit des mesures pour la prévenir. A Argentan, on proposa un emprunt sur les classes aisées de la société : elles refusèrent.

1813. — Napoléon obtint du sénat des hommes , de l'argent et des chevaux; plusieurs villes s'imposèrent volontairement. Argentan offrit trois cavaliers montes et équipés ; un habitant, le sieur Blanche, offrit de servir de sa personne et un cavalier, tous deux montés et équipés à ses frais. Cependant le prestige était détruit : une sixième coalition s'organise , les alliés de l'empereur l'abandonnent ; son armée décimée, écrasée^ était, le 30 octobre, sur le sol de la patrie que menaçait l'étranger.

De retour à Paris, le 9 novembre, l'Empereur se présente au sénat et obtient une levée de trois cent mille hommes. Il convoque le corps législatif; ces courtisans du souverain victorieux retrouvent la parole pour résister au souverain malheureux • et faciliteut l'invasion étrangère N'ayant plus d'autre appui que ses compagnons d'armes , Bonaparte remet au sort des batailles son dernier espoir ; il fait des prodiges; mais, trahi de toutes parts , Paris vit les étrangers dans ses murs.

4814.— La branche aînée des Bourbons est appelée au trône. Le comte d'Artois ose le premier mettre le pied sur le sol français. Le conseil municipal d'Argentan et les officiers de la garde urbaine proposent de lui voter une adresse de félicitations comme lieutenant général du royaume.

Louis xvui ainsi rappelé par les sénateurs impériaux , fit son entrée dans Paris le 3 mai. Le conseil municipal d'Argentan nomma trois députés , MM. Poisson-Grand-Pré , Chennevière- Pointel et d'Orglande, pour offrir à sa majesté l'hommage de l'amour et du respect des habitants de la ville pour sa personne sacrée.

Les traditions gothiques de l'émigration , les prétentions bizarres des émigrés et du clergé, les tendances du gouvernement au

renversement de la Charte, les acquéreurs de biens nationaux menacés dans leur fortune, éloignaient la nation du souverain; le trône chancelait.

4815.— L'esprit public était dans ces dispositions , lorsque l'on apprit le débarquement de l'Empereur. Partout il fut bien accueilli du peuple et de l'armée. Son aigle , sans obstacle, vole de clocher en 'clocher , jusqu'aux tours Notre-Dame de Paris , où il Gt son entrée le 20 mars 4815 , et prit possession des Tailleries que Louis xvm avait évacuées la veille.

Napoléon, débarqué à Cannes, le 1 er mars, avait adrescé aussitôt une proclamation au peuple français, de Lyon, où il était entré le 40 avec huit mille hommes et trente pièces de canon Son armée se multipliait en avançant. Il lance un décret portant dissolution de la chambre des pairs et de celle des communes, et convocation, à Paris, des députés des collèges électoraux des départements en assemblée extraordinaire du champ de mai, pour la modification des constitutions de l'empire. M. Colas-Courval , procureur du roi à Argentan ,fut élu député de l'arrondissement pour cette assemblée. L'acte additionnel aux constitutions de l'empire , qui fut présenté à la nation , ne contenait pas une renonciation aux institutions impériales : il occasionna des soupçons. La coalition , sur le point de se dissoudre, se réunit plus que jamais, et un million d'hommes dut, à la fin de juillet, envahir la France. Il faut combattre ! Napoléon est à la téte d'une armée qu'il vient de créer; elle se compose de cent vingt mille hommes, divisés en trois colonnes. Le 4 5 juin il entre en Belgique; le 46 , avec soixante seize mille hommes, il bat, à Ligny, quatrevingt-dix mille Prussiens sous les ordres de Blùcher. Ney charge impétueusement , aux Quatre-Bras, les Anglais commandés par Wellington , et les fait reculer : trente mille ennemis jonchent le champ de bataille dans ces deux engagements. Le 48 , la bataille de Waterloo, où devait expirer la fortune de la France, fut livrée

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