‹ Histoire d'Argentan et ses environs comprenant des recherches historiques episodes de la domination des Celtes, des premiers Gaulois, des Romains, des Franks & des Normands dans les GaulesChapitre 30 sur 30 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

ERE CHRÉTIENNE

Le monde est le théâtre sur lequel les hommes jouent la comédie; les hasards co m posent la pièce. La fortune distribue les rôles ; les riches remplissent les loges ;| le parterre est pour les misérables ; la folie occupe l'orchestre ; le temps lire le rideau ; les insensés nattent des mains pour applaudir, les sages sifflent la pièce quand elle esl mal représentée.

(Thomas.)

The fox Mas viceroi nam'd , the crowd To the new régent humbly bow'd.

Wolwes, bears, and roigihy tygers bend.

And strive who most shall condescend.

(Gay's, pablrs. )

SOMMAIRE. — Gouvernement provisoire. — Retour de Louis xvm. — Jléaclion dans le uaitli. — Chambre des introuvables. — IS'ey. — Les

Prussiens à Argentan. — Les balles transférées Grande-Rue. — Argentan reprend ses armoiries. — Élections. — Nouveau ministère. — Guerre d'Espagne. — Assassinat du duc de Berri. ~- Lois rétrogrades.

— Troubles. — Naissance du duc de Bordeaux. — Fêtes à Argentan.

— Mort de Napoléon. — Nouveau ministère. — Conspirations, -w- Enseignement mutuel à Argentan. — Yole pour une bibliothèque. — Projet de construction d'une halle et mairie. — Les Français en Espagne. — Élections. — Mort de Louis XYlil. — Charles x. — • Lois rétrogrades. — La garde nationale licenciée. — Élections. — Massacres rue St-Denis. — La dauphine à Argentan. — Nouveau ministère. — Les 221.

— Ordonnances du 25 juillet. — Révolution. — Charles x à Argentan. — Louis-Philippe r*. — Établissements, constructions, etc. — Ouverture des rues 'à Argentan. — Le duc de Nemours à Argentan. — Chemin de fer. — Fin de l'ouvrage.

4815. — Une commission de gouvernement se constitua sous la présidence de Foucher de .Nantes. Il favorisa la marche de l'armée prussienne sur Paris. L'ennemi pénétra dans ses murs, le 6 juillet, ayant Louis xvm à sa suite. A la nouvelle de nos désastres, les citoyens désignés comme Bonapartiste, les mameloueks de Ta garde, le maréchal Brune, le général Rame), sont assassinés. Pour résumer tous les crimes à la fois, énonçons la réaction de 1815 dans le midi. Le sang que les poignards ne pouvaient répandre était versé par les tribunaux , les commissions militaires et les cours prévôtales. La chambre de 1815, dite des introuvables, retentit de ces affreuses paroles : du sang ! des bourreaux ! des échafauds ! Les malheureux qui les prononcèrent furent applaudis. La France fut arrosée du plus généreux sang. Ney éclipsait les généraux alliés et les inconnus de l'émigration ; il devait expier sa gloire par une condamnation à mort, au mépris de tous les traités. La chambre des pairs la prononça le 6 décembre a minuit. Elle fut exécutée le 7, vers neuf heures du malin, à quarante pas de la grille du Luxembourg.

Les troupes étrangères sillonnaient la France. Le général De-

rycsel établit son quartier général à Argentan ; la ville pourvut à toutes ses dépenses.

M. Demolitoo , commandant de place à Argentan , ayant maintenu Tordre et la discipline parmi les étrangers , reçut de la ville une gratification de quatre cents francs.

Le 5 novembre 4815 , le marché aux grains fut transféré dans la Grande-Rue.

4816. — Le 7 août , la ville d' Argentan demanda l'autorisation de reprendre ses anciennes armoiries. Un aigle aux ailes éployées , avec cette légende : Jovi mea serviet aies.

J 817 , 1818', 4819. — Les élections furent faites dans un sens modéré. Une loi favorable sur la presse fut adoptée ; mais une loi sur le rappel des bannis sans jugement , des troubles dans l'école de droit , des changements à la loi des élections, imaginées par des députés rétrogrades, déterminent les ministres Louis , Dessoles et Gouvion-St-Gyr a résigner leur portefeuille.

4820. — Guerre d'Espagne. Le curé Grégoire , ancien sénateur, est éliminé delà chambre des députés, quoique légalement élu. Le 15 février, le duc de Berri tombe sous le poignard de Louvel. Decase est renversé ; la liberté individuelle et la presse périodique sont suspendues. La loi du double vote passe à la majorité de cinq voix , celles des ministres. Les députés opposants sont insultés; des rassemblements se forment ; des charges de cavalerie les dispersent.

Naissance du duc de Bordeaux , fils posthume du duc de Berri.

Le 5 août , la ville d'Argentan vota 200 francs pour le monument a élever à la mémoire du duc de Berri , et 300 francs pour la liquidation du domaine de Chambord , offert parla Franco au prince nouveau né.

4821. — Mort de Napoléon à Sainte-Hélène.

Le côté droit de la chambre se trouvant renforcé par les nou-

velles élections, le ministère Pasquier fit place au ministère do Villèle , beaucoup plus rétrograde. Une loi restrictive de la liberté de la presse, un budget de neuf cents millions do francs , furent facilement enlevés à la majorité compacte qui partageait le gâteau. Plus Louis xvm penchait vers la tombe , plus un gouvernement occulte grandissait en puissance. La société des carbonari pénétrait d'Italie en France. L'intolérance du clergé . la part qu'il prenait dans le gouvernement et le budget, occasionnèrent un mécontentement général. Plusieurs conspirations éclatèrent et furent sévèrement réprimées. Le colonel Carron et les sergents de La Rochelle périrent victimes do la plus lâche provocation.

i822.— Une école mutuelle était ouverte à Argentan ; les frères de l'école chrétienne prétendirent l'emporter sur la méthode de Lancastre; ils eurent quelques chances do succès , mais elles

ne tardèrent pas à s'évanouir.

Un membre du conseil municipal proposa rétablissement d'une bibliothèque publique ; sa proposition étant adoptée, le conseil vota cinq cents francs au budget de 4825 , nomma une commission pour diriger l'établissement et le choix des livres.

4825.— Le projet de construire un hôtel de ville , une halle aux grains, fut soumis au conseil municipal d'Argentan. Le bâtimcntdevait contenir un local pour la bibliothèque et un autre pour la justice de paix. L'emplacement désigné était l'ancien couvent des Dominicains , cédé à la ville par le gouvernement , parce qu'elle no se trouvait pas comprise au nombre des cités désignées pour recevoir des garnisons.

La révolution d'Espagne pouvait avoir du retentissement en France et faire obstacle à la marche du gouvernement rétrograde qui enchaînait de plus en plus le peuple et la presse, inventait les crimes de tendance et déférait aux tribunaux , jugeant sans juri , les délits de la presse. Cent mille français pénétrent en Es-

pagne. Le but de celle promenade militaire était le rétablissement , en ce pays , de l'absolutisme, de l'autorité du clergé , de faire du duc d'Angouléme un héros, de solder quelques dévouements monarchiques. L'ordonnance d'Andujar ne put arrêter les réactions, et les échafauds se dressèrent en Espagne. Le parti de l'émigration prit de l'audace : l'expulsion violente de Manuel , contre laquelle l'opposition protesta , fut suivie de la dissolution de la chambre. Les nouvelles élections , entachées de fraudes et de violences , éclaircirent encore les rangs de l'opposition : les ministres en profitèrent pour faire adopter la septennalité , la conversion des renies , la loi du recrutement et la censure facultative des journaux.

4824. — Louis xviii mourut à Paris, le 16 septembre 4824, et fut inhumé à Saint-Denis.

Le conseil municipal d'Argentan adopta le projet de construction de la mairie et des halles ; il adopta de môme le projet d'ouvrir une route départementale d'Argentan à Vimoutiers.

Le comte d'Artois , frère de Louis xvm , monta sur le trône, sous le nom de Charles x. Ses dispositions favorables à l'émigration et au clergé lui avaient aliénés les esprits.

4825. — Une énorme liste civile, l'ascendant toujours croissant du clergé, la loi barbare du sacrilège, le milliard d'indemnité dévolu à l'émigration . donnaient à connaître ce qu'on devait attendre du nouveau règne.

4826. — La loi sur les substitutions et le droit d'aînesse excitèrent l'indignation publique. Ces projets, repoussés à la chambre des pairs par une faible majorité, ne purent amener la chute du ministère, soutenu par trois cents voix dans la chambre des députés. Le clergé, devenu le canal des grâces, entravait les rouages delà machine gouvernementale; les absolutistes en furent gênés; la défection commença.

1827. — : Le 27 mai de cette année fut posée , par les autorités

locales, la première pierre de l'Hôtel -de- Vil le d'Argentan; une plaque de métal sur laquelle sont gravés l'époque et les noms des administrateurs , y est incrustée.

Menacé dans son existence, le ministre enfante un projet de loi pour enchaîner la presse. 11 fut repoussé à la chambre des pairs : on illumina dans Paris. Quelques jours après , dans une revue, la garde nationale manifesta des vœux pour le renvoi des ministres; elle fut licenciée le lendemain. La censure fut rétablie. Malgré la loi de septennal ité , la chambre déclara que n'ayant reçu qu'un mandat quinquennal , elle ne pouvait continuer à siéger légalement. La dissolution fut arrêtée.

Les nouvelles élections amenèrent dans la chambre une roajorité constitutionnelle. Celles de Paris devinrent l'objet d'une démonstration populaire;oni Humina. Les ministres s'en irritèrent. La police reçut l'ordre de rendre la joie séditieuse. Le sang coula dans la rueSt-Denis. Unefournéede soixante-seize pairs fut lederniercoup de ce ministère. Le secours donné aux Grecs, la victoire de Navarin, lui firent présumer qu'on lui tiendrait compte de la gloire de nos armes! Le peuple n'y songea pas.

Pendant ce temps, la duchesse d'Angouléme voyageait; elle vint à Argentan le 8 septembre 1827, et fut reçue à l'hôtel de la sous' préfecture aux frais de la ville.

1828. — Le nouveau ministère, mieux composé, présenta une loi plus satisfaisante sur la presse, fit signer une loi pour l'expulsion des jésuites, obtint 80,000,000 pour l'expédition de la Morée. Les projets de ce ministère étant en désaccord avec ceux de la ca ma ri lia et du maître, il devait succomber.

Dans cette même année on établit, à Argentan, les dames de l'éducation chrétienne. 1829. Un projet de loi municipale et départementale, tant soit peu satisfaisant, fut présenté; l'opposition le combattit. La-cour saisit l'occasion et le relira. La session finissait; avant de clore, le ministère fit des promesses

de réforme qui furent accueillies avec bonheur et confiance. Le ministère était en harmonie avec la nalion. On apprend, tout à coup, que le roi a gourmande ses ministres sur leurs conconcesgions, et les a chassés pour faire place au ministère Polignac, composé de ce favori, Bourmont, Labourdonnaie, Courvoisier, Chabrol, Guernon Ranville cl Ca pelle. Les menaces dont retentirent les journaux de ce ministère éveillèrent l'attention. Ils avaient donné le signal du combat; la résistance s'organisa.

Des associations pour le refus de l'impôt se formèrent en Bretagne et dans plusieurs départements.

1850. — Pour détourner l'attention publique, le ministère conçut le projet de l'expédition d'Alger. Labourdonnaie n'ayant pas obtenu la présidence du conseil, se retira et fut remplacé par Monlbel. Le discours du roi, à l'ouverture de la session , se terminait par une menace. L'adresse, votée en réponse, dénonçait, en termes respectueux, la douleur et les inquiétudes de la nation et disait qu'il n'y avait pas, entre le ministère et la chambre, concours de vues politiques. La dissolution fut prononcée, l'ouverture de la nouvelle session fixée au 5 août.

À Paris et dans les départements, le retour des deux cent vingt et un députés signataires de l'adresse fut l'occasion d'ovations et de banquets populaires. A Argentan, des tables furent dressées dans l'ancieu Cours, et la garde nationale et les autorités locales y trouvèrent leurs couverts.

Le mai, deux des ministres, Chabrol et Courvoisier, furent remplacés par Chantelausc et Monlbel. A celte époque, les dér/artements de l'Orne , du Calvados et de la Manche , furent désolés par des incendies, allumés par la malveillance. Un voile impénétrable en a, jusqu'à ce moment, caché les auteurs. La ville d'Argentan n'eut pas de malheurs à déplorer; mais il y eut quelques pertes dans les environs.

Malgré les menaces du ministère, les nouvelles élections donnèrent à l'opposition deux c nt soixante six voix, et au ministère cent quarante-cinq. On arrêta la dissolution de la nouvelle chambre qui n'était pas encore organisée. Le 25 juillet furent rendues les ordonnances qui causèrent le renversement de la monarchie.

La première suspend la presse périodique;

La deuxième dissout la chambre des députés, ou plutôt casse les élections ;

La troisième change la loi électorale, ou plutôt place l'élection dans la main des grands propriétaires et de l'autorité.

Tout ce système s'appuyait sur l'art. 14 de la Charte constitutionnelle.

La publication de ces ordonnances fut une déclaration de guerre entre le souverain et son peuple. La stupeur était' générale daus Paris. Une indignation profonde succéda à ce premier sentiment; des rassemblements se formèreut, des gendarmes parurent. A leur vue , l'effervescence populaire s'accrut, la lutte devint acharnée. Le combat dura deux jours. Les rues étaient jonchées de cadavres. Le peuple, auquel s'étaient ralliés plusieurs régiments de la ligne, demeura maître du champ de bataille. Une commission, composée de Laffilte, Casimir Périer, Lobeau, Audry de Puyravau, Mauguin et de Schonen, fut installée en permanence à l'IIôtel-de- Ville. Charles xlui envoya trois commissaires chargés de traiter de l'abolition des ordonnances et de la composition d'un ministère populaire. Mauguin s'écria : // est trop tard! La terrible sentence fut répétée; les envoyés se retirèrent.

30 Juillet. Sur la proposition de M. Laffilte, il fut décidé qu'on offrirait la lieulenance-générale au duc d'Orléans. Abandonné de ceux qui l'encensaient la veille, Charles x quitta St- Cloud pour Rambouillet. Sa présence, trop rapprochée de la capitale, pouvant y entretenir l'agitation, on lui députa trois

commissaires : MM. Odilon-Barrot, de Schonen et le maréchal Maison, pour le décider à partir; et, pour l'y mieux déterminer, le lieutenant-général envoya six mille gardes nationaux, suivis d'une multitude de volontaires pour le contraindre. Pour la troisième fois , celte famille partit pour l'exil, et prit sa roule par la Normandie ; elle arriva dans Argentan, le 4 août, et reçut l'accueil froid et respectueux dû à son malheur. Charles x occupa la maison Viel-Raveton, sur le petit Cours St-Martin. Il séjourna dans Argentan, et partit pour s'embarquer à Cherbourg, d'où il se dirigea vers l'Angleterre. The pleasure of descending with ease and résignation.

Le 5 août, le lieutenant-général procéda â l'ouverture des chambres. Sur la proposition de M. Bérard, le trône fut déclaré vacant en fait et en droit, et il fut décidé que la couronne serait décernée au duc d'Orléans. A peine ce résultat fut-il proclamé que la chambre entière, moins quelques députés du côté droit, se porta en corps au Palais-Royal, pour lui offrir la couronne. Le 9 août, le prince déclara officiellement accepter l'offre qui lui était faite , et prêta serment sous le nom de Louis-Philippe i", avec le titre de roi des Français.

Le nouveau souverain s'occupa de consolider l'ordre , de compléter» perfectionner et faire respecter les lois, et de maintenir la bonne intelligence avec les puissances étrangères. Il continue son règne avec prudence, sagesse et bonheur. Louis- Philippe est un homme de mœurs austères ; jamais la calomnie la plus audacieuse n'a osé toucher, même indirectement, sa vie privée. Doux et bon envers ceux qui le servent, il n en exige pas moins une exactitude rigoureuse dans l'accomplissement de leurs devoirs, et une propreté minutieuse. Jamais il n'appose sa signature sur aucune pièce sans, au préalable, en avoir pris connaissance. Il a beaucoup vu, sait beaucoup, aime à conter et conte bien. Le roi des Français est né le 0 octobre 4 771. Charles x

et le duc d'AngouIéme sont mortsau château deFrodshorff, sur la terre de l'exil. Il ne reste plus, de cette branche, que la duchesse d'Angoulême, qui a pris le titre de comtesse de Marne , la duchesse de Berri, le duc de Bordeaux, qui prend à l'étranger le nom de Henri v, roi de France in partibus, et sa sœur qui vient d'épouser le duc de Lucques et Piombino.

Le règne de Louis-Philippe n'étai t pas encore du domaine de l'histoire, nous laisserons à d'autres le soin de l'écrire. 11 nous suffira de dire que, depuis son avènement, sauf les suites de la conquête de l'Algérie , la France est dans une paix profonde : Deus nobis hœc otia fecit. Ce nouvel ordre de choses, cependant, fit opérer des mutations dans toutes les administrations, l'armée et la magistrature : in shoals the servile créatures run (o bow before iheriting sun. Il n'était personne qui ne se crût appelé à administrer l'état — qui ne voulût être officier. — N'était-on bon à rien , on se croyait propre à être juge, surtout lorsqu'on avait un parent, un ami député qui votait avec le ministère. C'était une imitation de la réaction jde 1815, dont la déclaration d'inamovibilité vint consacrer les erreurs et causa de si grands maux. On gagna néanmoins la suppression des juges auditeurs. Aujourd'hui le pilote habile quf dirige le vaisseau de l'état préfère les gens de bien aux méchants, récompense le vrai mérite et les talents, ne fait d'injustice à personne, a moins qu'il ne soit mal informé. Nous terminerons par les événements d'Argentan depuis 1830 jusqu'à nos jours.

1830. — Il ne se passa rien de remarquable , sauf les fêtes et un banquet dans le nouveau Champ-de-Foire. Un discours, dont l'auteur n'est pas nommé, fut prononcé par un des membres du conseil municipal , désigné à cet effet, en présence de la population assemblée. Chaque année, les fêtes commémoratives des journées de juillet sont célébrées à Argentan par des actes de bienfaisance, des jeux et des feux d'artifices.

4835. — On établit a Argentan une école gratuite pour les garçons; elle est dirigée par un instituteur du deuxième degré.

1834. — On établit, au collège d'Argentan, une école primaire supérieure à laquelle une école élémentaire a été adjointe.

1835. — Un membre du conseil renouvelle la proposition faite en 1822, de créer une bibliothèque publique dans le local qui lui est destiné. Sa proposition est adoptée. La commission des finances est invitée à proposer, tant sur l'exercice courant que sur celui do 1836, les crédits qu'elle croira pouvoir ouvrir pour cet objet. Comme son aînée, cette délibération n'a pas eu d'exécution.

1836. — Une ordonnance royale, du 30 juin 1835, autorisait la création d'une caisse d'épargne à Argentan; les opérations ont été ouvertes le 19 janvier suivant.

4837, 1838, 1839, 4840. — Il a été fondé, à Argentan, une salle d'asile pour les enfants des classes indigentes, un cours spécial pour les adultes apprentis, ouvriers et autres. Il est ouvert du mois de novembre au mois de mai, de huit à dix heures du soir.

Un arrêté, du 18 novembre 4838, établit à Argentan un bureau de bienfaisance, et interdit la mendicité. Tous les ans on établit des ateliers de charité pour donner de l'occupation aux ouvriers pendant l'hiver : les fouds en sont alloués au budget de la ville.

Des sœurs de la miséricorde, pour le soulagement des malade* à domicile, ont été appelées à Argentan. Il est pourvu aux dépenses de l'établissement par des souscriptions, des quêtes et par le budget de la ville.

4844, 4842, 4843, 4844, 4845. — Des masures encombraient la rue St-Germain ; elles ont été achetées par la ville, démolies et remplacées par de belles constructions. La nouvelle rue de rilôlel-de- Ville a été percée; mais elle ne sera définitivement

dressée que dans vingt-cinq ans: deux constructions doivent subsister pendant ce laps de temps; c'est un petit pavillon dépendant la maison Malfildlre, et la tour Magloirc. Dés 1840, il avait été décidé qu'un abattoir serait construit sur la route de Falaise; il a été terminé en 1845, mais n'est pas encore utilisé.

Le 27 mai 1841 , il avait été arrêté que l'on construirait une halle supplémentaire et une salle de spectacle dessus, du côté est de la place de l'Hôtel-de-Ville, Cette construction est en activité; on espère que le tout sera terminé en 184G.

La loi sur l'organisation municipale, datée du 21 mars 1831, a produit parfois des élections bizarres. En l'année 1840, de nouveaux élus furent installes. Le défaut d'harmonie entre les indivdus produisit la mésintelligence entre les conseillers; alors naquit la seconde guerre de la Jacquerie. Les résultats en furent moins funestes que ceux de la première, car ils se bornèrent à l'échange de quelques écrits qui furent bientôt oubliés.

C'est depuis l'installation de ce nouveau conseil que date la publication des comptes-rendus et des tableaux synoptiques des délibérations du conseil municipal. La première publication a eu lieu en 1842, la deuxième en 1845. Cette méthode précieuse met le public à môme de connaître les affaires de la ville, de juger ses Mandataires et de puiser, dans l'expérience du passé, les prévisions de l'avenir. Espérons qu'elle continuera d'être mise en pratique.

Le 15 juillet 1842, un événement affreux mit la France en deuil : Ferdinand- Philippe-Louis- Charles -Henri d'Orlé' ns, né à Palerme, le 5 septembre 1810, fils aîné du roi des Français, devait partir pour St-Omer, où son altesse royale allait inspecter plusieurs régiments désignés pour le corps d'armée d'opération sur la Marne,

A onze heures, le prince monta en voiture, dans l'intention d'aller a Neuillj faire ses adieux au roi, à la reine et à la famille

royale ; la voiture, en forme de calèche, était attelée de deux chevaux à la Daumont.

Arrivé à la hauteur de la porte Maillot, les chevaux effrayés ou animés outre mesure, prirent le galop; déjà le postillon ne les maîtrisait plus qu'avec peine; le prince lui cria: Tu n'es plus maître de tes chevaux? Non, Monseigneur; mais je les dirige encore. Le prince pensa qu'il ne parviendrait pas à les calmer; il mit le pied sur le marche-pied de la voiture qui était très près de terre; ses deux pieds touchèrent le sol, mais la force d'impulsion le fit trébucher; la tête porta sur le pavé, la chute fut horrrible. S. A. R. resta sans connaissance à la place où elle était tombée.

On accourut au secours du prince, et on le transporta dans la maison d'un épicier située à quelques pas delà. Son état ne laissait aucun espoir ; le crâne présentait des lésions et un si complet écrasement qu'ils devaient occasionner la mort instantanée. Cependant il vécut jusqu'à quatre heures et demie, moment où il rendit l'âme entre les bras du roi son père, sous les larmes de sa mère, au milieu des sanglots et des cris de douleur de toute sa famille.

C'est à Dreux, dans la chapelle que la priucesse douairière, duchesse d'Orléans, a fait élever, pour la destiner à la sépulture des princes et princesses des maisons de Toulouse et ùu Maine, que repose le prince royal. Anvers, Mascara, Portes de Fer et le Col du Teniah rediront son nom à la postérité.

En 4843, le 3 août, monseigneur le duc de Nemours, second fils du roi des Français, voyageant avec son épouse dans le but apparent de se faire connaître des populations et d'étudier leur esprit, passa par Argentan où il séjourna. Les autorités locales furent au devant lui. L'hôtel de Normandie avait été désigné pour recevoir le prince. Le lendemain il fut visiter le haras du Pin, d'où il partit pour se rendre au camp de Plelan en Bretagne.

1844, 1845. — Dans ces deux années, on fit des études à

Argentan et dans les environs pour la création du chemin de fer de Cherbourg à Tours, avec embranchement à Alençon. Dans le courant de 4845, tous les habitants d'Argentan qui veulent la prospérité de la ville et du pays, dans laquelle se confond la prospérité particulière, n'ont pas manqué de donner leur adhésion. La facilité des communications avec Nantes et Bordeaux permettrait de jeter, sur toutes ces lignes, tous les produits pour lesquels le pays manque de débouchés suffisants: les cidres, les bois, les charbons, les granits, les fourrages, les céréales. Nous recevrions en échange, avec des frais d'importation presque nuls, les fruits et légumes secs de la Touraine, jardin de la France ; les produits en bétail, beurre et salaisons du Bessin et du Cotentin ; les arrivages de l'étranger, dans les ports de la Manche et delà Méditerranée. Ce chemin de fer desservirait les agglomérations de population très rapprochées de nos contrées. Les foires et marchés seraient mieux fournis et plus fréquentés; les forges, qui languissent faute de pouvoir être alimentées par la houille, recevraient, avec ce combustible venu de Caen à peu de frais, une vie, une activité nouvelle; pourraient entrer en concurrence avec les forges du nord, contre lesquelles il ne leur est pas possible de lutter à 12 et 16 fr. près du cent de kilo.

Les conseils municipaux de Caen, de Falaise, d'Argentan, de Séez et d'Ecouché ont, à l'unanimité , voté des allocations considérables dans l'intérêt du chemin de fer sur lequel l'enquête est faite. Cette unanimité de vœux prouve non seulement la sympathie des habitants des lieux que le chemin de fer doit traverser, mais encore que ces populations ont réduit à leur juste valeur les bruits semés par les rétardataires et les antagonistes des chemins de fer, qu'ils seraient la cause d'augmentation dans le prix des denrées, de perturbation dans le commerce ; qu'ils tueraient les diligences et le roulage. Tous ces

sujets d'inquiétude ont disparu devant les faits et l'expérience. S'il pouvait y avoir augmentation dans le prix dos denrées, les terres et les revenus augmenteraient en proportion; le salaire de l'ouvrier augmenterait également en concours avec la hausse du prix des denrées. Cela n'est pas nouveau ; l'établissement des chemins de fer n'apporterait aucun changement sérieux au cours ordinaire des choses; s'il y avait augmentation d'un côté, il y aurait baisse de l'autre dans le prix des denrées sèches employées par les classes peu aisées de la société, par suite du bas prix des transports. La perturbation dans le commerce; mais ce serait en augmentation dans le mouvement commercial et dans l'avantage qu'on en retirerait ; on suivrait le progrès actuel. S'arrêter dans ce mouvement général, ce serait se faire écraser sous les pieds de ceux qui suivent; il faut donc emboîter le pas, car on ne s'arrêterait pas pour relever les traînards. Anéantir les diligences et le roulage ! l'expérience prouve que si les voitures pour le transport des voyageurs sont aujourd'hui moins nombreuses dans la direction que suitlechemin .de fer, elles le sont deux fois plus dans les directions latérales, dans la sphère de son attraction. Enfin, si le chemin de fer pouvait froisser quelques industries, il faut reconnaître que la somme des avantages et du bien dépasserait dans une progression infinie la gomme du préjudice et du mal qu'elle pourrait occasionner. Tout fait espérer que le gouvernement exaucera les vœux des populations qui sollicitent, avec tant d'instance, leur place dans le droit commun et leur régénération. Notre plus vif regret est de ne pouvoirdonner pour conclusion à ce livre, l'arrêt suprême du pouvoir qui décidera l'ouverture de cette nouvelle voie de prospérité.

Nous ne pouvons que faire connaître les tracés décidés , le 25 mars 4846 , par délibération de la commission de l'ouest : De Bonnièrcs à Cacn ;

De Serquigny à Rouen ;

De Paris à Rennes, par Le Mans, avec embranchement sur Alençon ;

Du Mans à Caen.

Elle a rejeté lû tracé de Paris à Rennes par Dreux.

En écrivant ce recueil historique, nous avons exposé les faits avec simplicité. Le public jugera ; nous prions nos lecteurs de ne point s'arrêter à la rédaction plus ou moins aisée, mais de pénétrer nos pensées et le sens de ce livre. Si nous avons commis des erreurs matérielles, des anachronismes, ils sont involontaires, et au premier avis dont nous aurons reconnu l'exactitude, nous nous empresserons de les rectifier.

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