Histoire d'Arlon
Dans le premier volume de V Histoire (TArlon^ je me suis attaché presque uniquement au récit de ce qu'on appelle ordinairement les faits historiques. L'histoire doit-elle se borner à ce récit ?
On lit dans Augustin Thierry, lettre première sur l'histoire de France :
c La vraie histoire nationale, celle qui mériterait de devenir populaire, est eocore ensevelie dans la poussière des chroniques contemporaines: personne oe songe à l'en tirer ; et l'on réimprime encore les compilations inexactes, sans vérité et sans couleur que, faute de mieux, nous décorons du titre d'histoire de France. Dans ces récits, vaguement pompeux, où un petit nombre de personnages privilégiés occupent seuls la scène historique, et où la masse entière de la nation disparaît derrière les manteaux de cour, nous ne trouvons ni une instruction grave, ni des leçons qui s'adressent à nous, ni cet intérêt de sympathie qui attache en général les hommes au sort qui leur ressemble. Nos provinces, nos villes, toot ce que chacun de nous comprend dans ses affections sous le nom de patrie, devrait nous être représenté à chaque siècle de son existence ; et, an lieu de cela, nous ne rencontrons que les annales domestiques de la famille régnante, des naissances, des mariages, des décès, des intrigues de palais, des guerres qui se ressemblent toutes, et dont le détail toujours mal circonstancié est dépourvu de mouvement et de caractère pittoresque. •
Ces lignes étaient écrites en 18S7. Depuis, la voie indiquée a été suivie et explorée. En France, des chroniques anciennes ont été tirées et dégagées de la poussière des bibliothèques, étudiées et imprimées. Des écrivains, parmi lesquels il faut citer les deux Thierry^ Augustin et Amédée^ Guizot, Michelet et autres, ont porté la lumière dans les institutions du moyen-âge.
En Belgique, le même travail a été entrepris par les publications de la Cmmissian royale d'histoire et par les volumes édités par la ComnUmon'
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royale pour la publication des anciennes ordonnances. Ces deusî recueils sont des sources abondantes pour Thistoire plus approfondie du pays.
Nos historiens du Luiembourg sont restés à peu près dans l'ancienne ornière : leurs récits embrassent la famille de nos comtes, de nos ducs et leur entourage ; h masse de la nation, les institutions plibliques sont restées presque ensevelies dans l'ombre. Je n'ai pas la prétention de les en tirer complètement ; je n'en ai ni la force, ni le talent. Je dois me borner à quelques esquisses, laissant à d'autres le soin de féconder un terrain que j'essaie de défricher.
Je ne puis parler des institutions plus particulières de la ville d'Arlon,
sans les rattacher à l'histoire provinciale et même k l'histoire générale ;
' sans cela, on n'en apercevrait pas l'origine, on ne saisir<)it pas les contrastes
qui ont existé entre le servage presque universel et le régime a peu près
libre de quelques localités privilégiées.
La génération présente jouit pleinement de ce qu'on appelle les libertés modernes : liberté de la personne, liberté de la propriété, liberté de la conscience, liberté de la pensée. Par quelles dures épreuves le peuple a-t-il passé pour obtenir ces libertés dont il profite actuellement, sans se douter de tout ce que ses ancêtres ont souffert.
Quelle leçon que cette comparaison du passé avec le présent !
Nous pouvons faire des rapprochements plus récents.
Dans V Exposé de situation administrative de la province de Luxembourg^ publié en 1834, M. le Gouverneur Thom s'exprimait ainsi :
c La province de Luxembourg n'a aucun trait de ressemblance avec les autres provinces du royaume; c'est une contrée à part qui se distingue de toutes les autres par ses mœurs, ses usages, ses institutions, son sol, son industrie, et encore plus, par ce qui lui manque que par ce qu'elle possède. On ne peut la juger par comparaison.
c L'exposé que je présente aujourd'hui au public doit donc se ressentir de cet état exceptionnel ; et, tandis que mes collègues des autres provinces n'ont guère qu'à tracer le tableau de leurs richesses, il ne me restera, à peu de chose près, qu'à faire celui de nos besoins. Jusqu'à présent, les diverses dominations qui ont passé sur le Luxembourg, l'ont laissé à peu près tel qu'elles l'avalent pris, et sous le prétexte facile que c'était une terre aride, n'ont rien fait, rien essayé pour lui. Aucun pays n'a eu plus à souffrir des querelles politiques.
c Toutefois, ce travail ne sera pas sans intérêt. Il fera voir ce que nous pouvons acquérir, à défaut de ee que nous avons déjà ; car le Luxembourg,
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