Noferka\-ra
Chairès
Noferka-Sokari% a. 3 m. 4 i .
Népherchérès
ans
Huzefa a 8 m 4 i
Sésôchris
BuhuioM Zazai 27 a. 2 m. 1j.
Chénérès
IIIe dynastie :
Néchérophès
JSrebka 1 9 ans.
Tosorthros
Zoser- [sa]
Tyreis
[Zoser]-tota
Mésôchris
Sezes
Sôyphis
Nebharû
Tosertasis
Neferkarâ
Muni
Achès
Senoferu
Séphouris
Kerphérès
En comparant la tradition monumentale avec la liste manéthonienne le lecteur sera frappé de leur identité, mais d'un autre côté il s'apercevra du malheureux état dans lequel, entre les mains de copistes ignorants , l'ouvrage du prêtre égyptien Manéthon est parvenu jusqu'à nous.
L' examen des noms appartenant aux rois précédents fournit une remarque assez curieuse , c'est que ces noms-là , à l'exception de deux ou de trois qui n'apparaissent que vers la fin, ne ressemblent pas du tout aux noms pharaoniques des époques suivantes. Ils ont quelque chose de commun, de plébéien , pour nous servir de cette expression , qui contraste singulièrement avec la splendeur et la grandeur contenues dans les appellations des pharaons successeurs. En outre le signe o du dieu ifr7, le soleil, l'élément aussi essentiel dans la composition des noms pharaoniques , ne commence à se montrer qu'avec le vingt-deuxième roi de la liste monumentale.
Pour la plupart ces noms-là cachent un sens qui rappelle trèslucidement les idées de force et de terreur inhérentes aux hommes qui les premiers dominèrent les masses. Mena est «le stable.» celui qui résiste, Tota «celui qui bat,» Kakau «le taureau des taureaux, » Senta «le terrible, » Huni «celui qui frappe, » etc. Ce n'est que plus tard que le culte des dieux locaux entre dans la
composition des noms propres. Alors les dynastes aiment à adopter des appellations qui rappellent la divinité principale de leur maison. Les rois s'adressent à Ain on. à Sebek. à Thoth. à Anhour et à d'autres divinités qu'ils vénéraient spécialement, tandis que RU le roi de l'univers et le père des hommes et des dieux . occupe la place d'honneur à la tête des cartouches de tous les pharaons.
Le nom du 15e roi de la liste: Noferka- Sokari («bon par Sokari») est le seul qui se compose avec le nom d'un dieu. Comme nous l'avons montré plus haut. Sokari est une dénomination particulière du dieu de Memphis. Mais alors comment expliquer le fait qu'un roi de Thinis dans la haute Egypte a préféré un titre rappelant le culte de la capitale de la basse Egypte ? Ce qui est certain, c'est que les soi-disant Thinite» doivent avoir régné à Memphis. Les monuments et Manéthon. dans les souvenirs qu'il nous a laissés de ces rois . sont d'accord sur ce terrain de leur domination. La tradition monumentale commence avec les derniers rois de la série que le lecteur vient de connaître. Pour leurs successeurs nous sommes réduits aux maigres remarques historiques qui . dans la liste manéthonienne . sont apposées à plusieurs noms propres royaux. Maïs nous allons les citer pour profiter de la bonne occasion d'examiner l'authenticité des sources où le prêtre Manéthon a puisé ses connaissances de l'ancienne histoire d'Egypte.
Le successeur de Mena porte dans la liste de Manéthon . le nom d'Athothis ; il doit être un des trois rois successeurs immédiats de Mena que la table d'Abydos désigne par les noms de Tota, Afot, Ata. A en juger d'après la ressemblance des lettres qui correspondent, il paraît que nous devons reconnaître le second. Atot, dans le roi Athothis de la liste. Ce pharaon. — c'est Manéthon qui le dit . avait construit le palais royal de Memphis et s'était occupé à composer des livres qui ne contenaient rien moins que les résultats de ses études anatomiques. Il n'est pas douteux (pie l'art de la médecine ne soit d'une origine très-ancienne en Egypte, mais c'est une autre question de savoir si le souverain Athothis- Atot avait assez de loisirs pour s'occuper d'auatoinie et composer
des livres sur cette matière. Comme preuve de l'existence de la science médicale à une époque aussi reculée que celle des premières dynasties, nous ne pouvons nous dispenser de citer un témoignage monumental. C'est le grand papyrus médical découvert dans la nécropole de Memphis et conservé aujourd'hui dans la collection du Musée égyptien à Berlin. Comme nous l'avons démontré ailleurs, ce précieux document renferme une quantité de recettes pour guérir un certain nombre de maladies du genre de la lèpre. Il y a même un traité qui suppose nécessairement des connaissances auatomiques. Ce manuscrit fut composé pendant le règne de Remisés II, niais il s'y trouve un passage qui fait remonter l'origine d'une partie de l'ouvrage jusqu'au cinquième roi de la table d'Abydos. Voici ce que le texte nous en dit: «C'est le commencement du recueil de recettes pour guérir les exanthèmes uyet). Il fut découvert dans un papyrus très -ancien enfermé dans une écritoire au-dessous des pieds d'une statue ?) du dieu Anoubis dans la ville de Soyem (Letopolis à l'époque du
règne de S. M. le roi défunt ' ^jj Husapti. Après sa mort,
il fut rapporté à la Majesté du roi défunt Senta à cause de sa valeur.»
Les mêmes auteurs qui ont eu le bonheur de faire des extraits de l'ouvrage historique de Manéthon. nous apprennent que sous le règne ftOuénéphès (I. 4) l'Égypte fut ravagée par une grande famine, et que c'est lui qui fit ériger les pyramides près de Kochomè. ou. d'après une autre rédaction, près du village de Ko. Cette dernière version nous paraît peu admissible, vu que l'endroit nommé Ko , en face de la ville de Cynopolis d'après l'indication du géographe Ptolémée) ne laisse reconnaître aucune trace de pyramides. Mais quant au nom de Kochomé . la chose est bien différente. Ainsi que nous l'avons démontré dans nos recherches géographiques, le nom en question doit être comparé à l'appellation
monumentale ^ — i Jx^^^ ^ Ka-kem, qui s'appliquait spécialement à cette partie de la nécropole de Memphis qui entoure le
Sérapéum, au nord de la pyramide aux degrés de Saqqarah. Je crois même que cette pyramide qui, à l'époque de l'ancien empire, servait à contenir les momies des taureaux sacrés Apis , doit sa construction à ce roi. La mention d'une grande famine qui éclata en Égypte pendant son règne, n'a rien qui puisse surprendre. Les textes égyptiens se rapportent assez souvent à des temps de famine, ou plutôt aux précautions prises pour empêcher ce malheureux fléau.
Sous le règne du roi Sémempsès 1 . 8) on observa nombre de miracles, et une peste violente ravagea le pays.
Lorsque Boéthos (II, 1) monta sur le trône d'Egypte, la terre s'ouvrit à Bubastus et engloutit beaucoup de monde. Cette date
nous apprend que la ville appelée en égyptien L~| ^ ^ ° Pe-basi
ou demeure de la déesse Bast encore aujourd'hui le nom du monticule de Tel-Bast près de la ville moderne de Zagazig, a bien conservé les traces de l'ancienne dénomination) existait déjà à
I epoque dont nous venons de rapporter les événements. Il y a plus d'intérêt dans les traditions que le même annaliste nous cite du temps de Kaiéchôs (en égyptien Kakau «le taureau des taureaux!») le successeur du roi précédent. Sous son règne, dit-il, on établit le culte des taureaux sacrés Apis [Hap ou Hapi en égyptien) de Memphis et Mnévis [Mm en écriture égyptienne d'Héliopolis ainsi que celui du bouc sacré dans la ville de Mendès.
II n'y a pas le moindre doute sur la véracité de cette tradition relative au culte des animaux sacrés , qui est prouvée par des renseignements nombreux des monuments de l'ancien empire : l'existence de saint Apis, dont la mort fut célébrée par de somptueuses funérailles, est certifiée par une scène religieuse sculptée dans une des plus anciennes chapelles funéraires de la nécropole de Memphis. On y voit la momie du taureau sacré couchée sur une espèce de catafalque. Les inscriptions mentionnent assez souvent des prêtres attachés au service du taureau dont le nom Apis entrait parfois dans la composition de noms propres.
Lorsque le pharaon Binothris II, 3 gouverna le pays, on promulgua une loi selon laquelle les femmes pouvaient être admises
à la succession au trône , et qui réglait la succession dans le cas que tel pharaon régnant mourrait sans laisser d'héritiers , ou en laissant des héritiers d'un âge trop tendre pour se charger déjà de la direction des affaires. L'étude des monuments nous certifie qu'il y eut en effet plusieurs reines qui interrompirent la série des souverains. Cependant nous devons faire observer que dans la plupart des exemples fournis par les monuments , les princesses héritières choisissaient parmi les nobles familles de l'Egypte des époux qui adoptaient le nom de pharaon sans avoir un droit légitime à la couronne. La loi de succession chez les Egyptiens est d une haute importance pour expliquer d'une manière satisfaisante plusieurs événements de l'histoire d'Egypte, où certainement les femmes ont joué leur rôle. En première ligne c'est la descendance maternelle qui donne au fils les droits à l'héritage du père de sa mère , celui-ci n'ayant pas laissé des fils comme héritiers après sa mort. Le mari d'une princesse héritière de sang pharaonique n'a pas les moindres droits sous ce titre de mari , c'est le fils issu de ce mariage qui, grâce à sa descendance maternelle, est regardé comme pharaon par droit et par naissance. Si , au contraire . tel roi se mariait avec une dame d'une noble famille, soit égyptienne, soit étrangère, les enfants, à ce qu'il paraît d'après certaines indications monumentales , ne jouissaient pas entièrement des droits légitimes à la couronne. C'est le père du nouveau roi qui est
distingué par le titre de (j àtef nuter «le père du divin . »
tandis que la mère est appelée ^ suten-mat «la mère du roi.»
La succession des dynasties est fondée dans la plupart des cas sur des alliances avec des princesses héritières, le mari étant de la descendance pharaonique ou non. C'est ainsi que s'expliquent toutes les difficultés de succession dans la maison royale.
Pour mêler le poétique avec la prose l'annaliste fait la remarque que le gouvernement du roi Néphercherès (II, 7), fut distingué par un phénomène extrêmement curieux , c'est que pendant onze jours l'eau du Nil eut le goût du miel. Le rapport de Manéthon
sur le roi Sésôchris II , S) n'est pas moins fabuleux. En le confondant avec le Sésostris dont les sculptures de haute taille étaient bien connues des Grecs visitant l'Asie , il lui applique une hauteur de plus de cinq coudées et une largeur de trois. Malgré cette taille il ne fit rien qui fut jugé digne detre livré à la postérité. Sous le règne du premier roi de la troisième dynastie, NéchérophèSj les Libyens se révoltèrent contre les Égyptiens, leurs maitres. Le roi parvint à les soumettre aidé par la frayeur que l immense accroissement de la lune inspira aux ennemis. Le successeur de ce pharaon Tosorthros se distingua par ses connaissances en médecine qui lui valurent chez les Égyptiens le nom honorifique d'Esculape. De plus il inventa la manière de construire des édifices en pierre de taille et perfectionna aussi le système de l écriture égyptienne. L'ouvrage de Manéthon, à ce qu'il paraît, n'était pas très - riche en renseignements qui concernent les successeurs de ce roi jusqu'à la fin de la troisième dynastie.
Les monuments terminent cette maison royale par le pharaon
le pied sur un terrain où nous quittons les sources grecques pour suivre les monuments. Si jusque là le petit nombre de renseignements historiques n'a fourni que des traditions douteuses et sans importance, les monuments commencent à répandre leurs lumières et à dévoiler à nos yeux l'histoire de la plus ancienne époque du monde.
Nous remarquerons d'abord que les n< ms des pharaons jusqu'à Senoferu, consistaient en une seule appellation entourée d'une ligne elliptique Champollion lui avait donné le nom d'un cartouche) ; plus tard un deuxième nom renfermé également dans un cartouche augmente les noms royaux qui sont enrichis finalement de trois titres séparés. C'est ainsi (pie la série officielle des titres et des noms donnés à un pharaon dès son avènement, se compose de cinq dénominations dont chacune est précédée des groupes hiéroglyphiques que voici :
Senoferu , mot qui signifie
« l'améliorateur.» L'hi-
stoire d'Egypte commence avec lui, et nous mettons dès à présent
1 le nom de régnant , précédé du signe ^ représentant le
dieu Hor ayant la forme d un épervier dont la tête est surmontée de la couronne de la haute et de la basse Égypte. Le roi est ainsi désigné comme le souverain des deux mondes.
2 le nom de diadème . indiqué par les groupes hiéroglyphiques qui se lisent «maître des diadèmes.»
3] le nom d'Horus d'or, précédé des signes qui se tradui-
sent par «Horus d'or,» mais qui sont spécialement appliqués au roi comme vainqueur de ses ennemis.
4) le nom officiel précédé du groupe si connu : « roi de la haute et de la basse Egypte.»
5) le nom de famille . entouré d'un cartouche qui est précédé
du groupe «le fils du soleil. »
Il est à remarquer que les textes datant de l'ancien empire aiment à ajouter au nom officiel d'un pharaon l'appellation de sa pyramide. Encore devons-nous faire observer que très-souvent le nom d'un pharaon ou d'une personne extrêmement distinguée est
accompagné des signes | jl ân% uza seneb qui veulent dire à
lettre « vie . santé . force » et qui répondent , quant à leur sens . à notre formule « qu'il vive ! qu'il prospère ! »
Le roi Senofera offre le premier l'exemple de quatre noms. Le nom de régnant . de diadème et d'Horus d'or est indifféremment neb matât «maître de la justice.» le nom officiel: Senoferu. C'est sur les rochers de Wadi-Magharah , que son nom et ses titres se font reconnaître au milieu de textes explicatifs qui accompagnent un tableau belliqueux. On y reconnaît ce pharaon dans l'attitude d'un guerrier qui abat un ennemi avec une massue. L'action indiquée est expliquée par les mots : ta sein «le frappeur des peuples.» On a voulu rappeler par ce souvenir gravé sur la pierre que ce pharaon vainquit les peuples qui habitaient alors la presqu'île du Sinaï. Ce pays montagneux a été d'une grande importance à toutes les époques de l'histoire des pharaons. C'est probablement
le roi Senoferu qui pour la première fois lavait ouvert, moins pour faire la guerre aux habitants que pour y établir des colonies militaires qui devaient protéger les ouvriers occupés dans la montagne. On y avait découvert des mines de cuivre et d'une espèce de pierre bleue appelée mafkat dans les textes) que les Egyptiens estimaient pour sa couleur et qui ressemblait aux turquoises. C'est de ces mines que les anciens Égyptiens tiraient ces minéraux dont l'usage était très-répandu en Égypte. Encore aujourd'hui on voit les traces des travaux que les mineurs exécutaient dans ces montagnes , et les voyageurs modernes n'oublient pas de visiter les grandes cavernes dans plusieurs vallées de la presqu'île du Sinaï dont les montagnes sont couvertes d'un grand nombre de textes hiéroglyphiques. Sur un des rochers qui domine l'entrée de "VTadi- Magharah. on reconnaît sans peine les ruines d'anciennes fortifications . de maisons et d'un puits profond . et nous avons ramassé nous-même à cet endroit un grand nombre de pointes de flèche en pierre . ce qui démontre jusqu'à l'évidence la présence de soldats sur cet emplacement. Ce sont surtout les rois de la quatrième et de la cinquième dynastie qui faisaient exploiter les mines dont le dernier souvenir est rappelé par un texte gravé à l'époque de la dix-huitième dynastie. La pyramide que le roi fit construire pour contenir un jour sa momie, porte le nom de S ^ yïi «la pyramide du lever » ou «de la fête» ou «de la couronne.» le mot ya renfermant ces différents sens. Nous soupçonnons que c'est la pyramide de Meidoum près de laquelle, tout dernièrement, la découverte de chapelles funéraires et la trouvaille d'un ouvrage sculpté représentant un groupe de deux personnes assises Tune auprès de l'autre . va donner de nouvelles lumières sur cette époque si reculée de l'histoire de l'homme. Les textes gravés sur les murailles de ces chapelles en partie les hiéroglyphes y sont composés d'une espèce de mosaïque) annoncent l'époque de Senoferu dont le nom se reconnaît très-distinctement parmi les inscriptions. 11 semble donc très-probable que la pyramide appartient au roi susnommé. Les fouilles qu'on va entreprendre sur le terrain de la nouvelle nécropole ne manqueront pas d'éclaircir cette question.
Les deux statues dont je viens de parler représentent un homme et une femme. Leur type nous révèle la plus haute antiquité. L'homme nommé Râ-hotep était un prince de sang royal. Parmi les fonctions dont il était chargé de son vivant, nous remarquerons surtout celles de grand-prêtre d'Héliopolis (Anu) , et de commandant de troupes. Sa femme, Nofert («la belle» ou «la bomie ») était une suten-reyt ou «petite-fille d'un roi.»
Nous terminons cette esquisse historique du règne de Senoferu par la remarque que les Égyptiens comptaient ce roi au nombre de leurs bons souverains. C'est ainsi que le fameux papyrus Prisse, dont nous aurons l'occasion de parler encore , s'explique de la manière suivante au sujet de Senoferu: «Alors la Majesté du roi Huni mourut. Alors fut établi la Majesté du roi Senoferu comme roi bienfaisant dans ce pays entier. Alors Kakem fut nommé gouverneur. »