‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 192 sur 210 · DOCUMENTS ÉCRITS · texte numérisé non relu

DOCUMENTS ÉCRITS

David Hume. — Histoire d'Angleterre.

Ce penseur, si célèbre pourtant, était l’homme le moins fait pour toucher à l’histoire du seizième siècle. Il avait traversé le scepticisme et il avait pénétré jusqu’au nihilisme. 11 méprisait les sectaires; h ses yeux, chaque sectaire était une dupe. Or, c’est précisément le contraire qui est vrai. Tout sectaire a un sentiment éternel, et c’est par là qu’il est respectable. L’historien ne doit pas être sectaire, mais il doit être aussi religieux que Hume l'était peu ; il doit être religieux pour reconnaître le Divin partout où il est et pour le suivre de secte en secte dans ses belles progressions vers l’avenir. Les sectes sont profondes; si elles gagnent de l’espace et de la lumière, elles finiront par se comprendre et s’embrasser. Le devoir de l’historien est de les rapprocher en les éclairant; mais, pour cela, il faut qu'il ait la philosophie de leur instinct.

Recueil des lettres et propos de la reine Elisabeth.

Aussi indifférente que Henri IV en religion, la reine Élisabeth ne ' voyait dans la réforme de son père Henri VIII qu’un accroissement de la royauté. Les papistes et les puritains l'entendaient autrement.

Rapin de Thomas. — Lingard.

Ils se corrigent l’un par l’autre, tant ils sont animés le premier de l’esprit protestant, le second de l’esprit catholique! Un jour que j’exprimais toute mon estime pour Rapin de Thoyras devant M. Villemain, je fus surpris et chafmé de provoquer par mes paroles chez le noble critique une explosion de bienveillance égale à la mienne pour l’érudition et pour le souffle libéral du neveu de Pélisson.

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Burnet.

Les mémoires de l’évêque de Salisbury sont d’un intérêt immense à tous les points de vue.

Stiupe’s Cranmer.

Rymer.

Personne n’a connu plus à fond les archives de la Tour de Londres. 11 est indispensable à consulter. Les Actes de Bymer n’ont pas moins de vingt vol. in-fol. (Fcrdera, convenliones, lilterœ et cujuscumque generis acta publica inter reges Angliœet alios imperatores, reges... ab anno 1101).

Les Actes de Itymer n’étaient consultés que par les savants et les historiens. Un des mérites de Rapin de Thoyras est d'avoir rendu ces Actes accessibles en les abrégeant.

Journaux des Communes.

Journaux des Lords.

Burghley's Stat Papers, par IIaynes.

Macaulay. — Burlcigh and his limes, Essaye.

J’ai toujours écrit dans Marie Stuart Burleigh. La vieille orthographe du nom était Burghley. Le marquis d’Exeter, le représentant des Cecil, tient pour Burghley, à la manière de beaucoup d’aristocrates qui croient se reculer dans le passé en donnant à leurs noms un air barbare.

M. Macaulay et l’usage sont contre le marquis d’Exeter. Ils écrivent Burleigh. Je continue de faire comme eux. il me semble qu'il y aurait un peu de rigorisme à vouloir être plus anglais que Macaulay et plus obstiné que l’usage. Deux choses m’ont tenu en suspens.

MM. Mignet et Paradol, des écrivains si éloignés de toute pédanterie, ont conservé Burghley, autorisés en quelque sorte par William Cecil lui-même, qui sur un warrant de la reine substitua de sa propre main Burghley à Burleigh.

Eh bien ! il m’a paru, en définitive, que cela ne suffit pas. C’est l'usage qui est souverain. Un Berton de Balmes essaya aussi de maintenir contre l’usage son nom de Grillon. Il fut vaincu. L’usage a dit

DOCUMENTS

• Crillon. Henri IV a confirmé l’usage, s’il ne l’a pas fondé. 11 a dit : « Pends-toi, brave Crillon, nous avons combattu à Arques et tu n’y étais pas. » Nous ne conseillerions à personne de dire maintenant : « Pends-toi, brave Grillon... » Si tous les nobles s’avisaient de reprendre l'orthographe ancienne de leurs noms, le blason serait bouleversé et l’histoire désorientée dans les siècles.

Avant de me dire ces choses dont l'orthographe du nom de Burteigk a été pour moi l’occasion, j’étais tombé moi -même dans une faute analogue à celle que j’évite ici.

Eu passant dans la ville de Hanovre, sur ma route du Danemark, je pus constater que le grand Leibnitz signait Leibniz. 11 ne m’en fallut pas davantage pour tracer le nom du philosophe d’après sa tradition. Je renonce désormais à cette complaisance envers des hommes illustres. Je prononcerai Burleigh, Leibnitz, comme je prononce Crillon. Il n’y a pour les noms immortels qu’une orthographe et — c’est celle de la gloire. Le reste, fût-ce même une décision de souverain, un désir de famille, n’existe pas et n’est qu’une prétention vaine.

Aubrey. — Lives of eminent men.

Ce biographe a raconté, sinon avec charme, du moins avec beaucoup d’informations, Bacon et Shakspeare. il a touché superficiellement à Walter Raleigh.

Vie de la duchesse de Feria , née Jane Dormer, et, avant son mariage, l'une des dames d’honneur de la princesse Élisabeth.

Sadler. — Ses Mémoires.

C’était un agent et un instrument de William Cecil.

Robertson. — Histoire d’Ecosse.

Labanoff. — Recueil des lettres de Marie Stuart.

Sharon Turner. — Hislory of Elisabeth.

Chalmebs. — The life of Mary Q. of Scotts.

Goodall. — Examen des lettres qu'on prétend avoir été écrites par Marie à Bothwell, 1751, in-8°.

Witaker. — Défense de Marie , reine d'Ecosse, 1790, in-8*.

Hallam. — Histoire constitutionnelle d' Angleterre.

Lung. — Dissertation on the participation of Mary Q. of Scotts in the murder of Damley.

William Tytler. — Recherches historiques et critiques sur les témoignages portés contre Marie, reine d'Ecosse....

M. Fraser Tytler. — History of Scotland, London, in-8", 1845.

Il ne faut pas confondre M. Fraser Tytler avec M. William Tytler qui a défendu l’innocence de Marie Stuart avec Chalmers, Goodall, Witaker, le docteur Lingard, le prince Labanoff et tant d’autres. M. Fraser Tytler n’absout pas comme ces écrivains Marie Stuart; il ne la condamne pas non plus comme l’ont fait Robertson, Hume, Hallam, Sharon Turner, Laing, Raumer, Mignet et moi-même. Non, M. Fraser Tytler se contente de douter.

M. Alexandrb Teulet. — Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Mothe-Fénelon, ambassadeur en Angleterre de 1568 à 1575; 7 vol. in-8".

Nous connaissions ce recueil, et il nous avait beaucoup servi dans notre Histoire de Marie Stuart.

Mais voici un autre recueil plus intéressant encore parce qu'il est plus général, et nous en avons profité pour notre Histoire d'Elisabeth. Ce recueil contient des documents inédits ou peu connus, relatifs à la France, à l’Espagne et à l’Écosse, de l’avènement de Jacques V au trône d’Écosse à l’avénement de Jacques VI au trône d’Angleterre. C’est presque tout un siècle (1513 à 1603), et l’histoire de l’Europe en est éclairée.

M. Teulet vous introduit au milieu des matériaux les plus curieux rassemblés par ses soins et à la sueur de son front; il vous dit quels sont ces matériaux et de quelles mines il les a tirés. Vous les examinez avec attention et persévérance, puis vous en choisissez un certain nombre que vous joignez à d'autres. Vous les construisez plus tard en édifices, selon les lois de votre géométrie littéraire.

Une chose que j’estime chez M. Teulet, c’est que son érudition n’est point timide; elle est hardie, au contraire. A force de bien savoir, il ose conclure.

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Il ne se récuse pas sur la question si controversée de la complicité de la reine d’Écosse dans le meurtre de Darnley.

Après avoir établi par les documents les plus authentiques l’amour violent de la reine pour Bothwell, M. Teulet ajoute : «... Il est pénible d’admettre qu’une reine, une femme jeune encore, belle, spirituelle, charmante, ait pu se rendre la complice d'un crime aussi odieux : mais il faut avant tout juger les personnages d’une époque d’après les idées de l’époque où ils ont vécu. Or, on ne se faisait pas grand scrupule, au seizième siècle, d’employer l'assassinat pour satisfaire une passion, pour se débarrasser d'un obstacle, accomplir une vengeance. Que d’exemples on en pourrait citer ! L’idée d’user d’un tel moyen ne répugnait pas plus à Marie Stuart qu’aux autres personnages de son temps... En 1571, à l'occasion de l’assassinat de Murray par Hamilton de Bothwell-Haugh, elle écrivait à l’archevêque de Glasgow, son ambassadeur en France : « Ce que Bothwell-Haugh a fait a été « sans mon commandement; de quov, je lui scay aussi bon gré et « meilleur que si j’eusse été du conseil. J’attends les mémoires qui « me doivent estre envoyez et la recepte de mon douaire pour faire « mon estât où je n’oublieray la pension dudict Bothwell-Haugh. » En 1582, lorsqu’elle apprend la tentative infructueuse faite par l’assassin Saurégui sur la personne du prince d'Orange, voici comment elle termine sa lettre du 6 avril, adressée h don Bernardino de Mendoça : « Je n’ajouteray rien plus, sinon prier à Dieu qu’il vous ait en « sa saincte garde et qu’il lui plaise parachever sa juste vengeance « contre le prince d’Orange et tous ses pareils, ennemis de toute « religion et tranquillité publique. » — Une reine qui trouve si naturel d’employer l’assassinat contre des ennemis politiques; une sœur qui fait si volontiers une pension à l'assassin de son frère, peut bien, ce me semble, être regardée comme capable d’avoir trempé dans un crime qui la délivrait d’un mari contre lequel elle avait d’ailleurs tant de justes motifs d’aversion et de haine. »

Voilà une conclusion, la même que j’ai tirée dans mon Hittoire de Marie Stuart. Je me permettrai seulement de faire observer, à la décharge du seizième siècle et à l’honneur de la morale éternelle, que, si Marie Stuart, Catherine de Médicis, les Borgia, Philippe 11 ordonnaient ou toléraient facilement les meurtres, — Coligny, le prince d’Orange, Henri IV furent tour à tour victimes et ne tentèrent jamais d’être bourreaux. J'avais déjà fait cette réserve, et je la renouvelle ici, tout en reconnaissant que le prix de la vie humaine s’est accru à mesure qu’ont diminué la superstition et le fanatisme.

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Cela dit, je recommande le recueil nouveau de M. Teulet et j’en donne le titre :

Relations politiques de la France et de l'Espagne avec l’Ecosse, au seizième siècle; papiers d'Etat, pièces et documents inédits ou peu connus tirés des bibliothèques et des archives de France.

Lettre de Knox à Calvin.

Communiquée parM. Feuillet de Conciles et publiée par M. Alexandre Teulet. Écrite en latin. Funeste retour de Marie Stuart. Austérité de Knox, son esprit altier. Compliments adressés à Calvin par Jacques Stuart. Knox loue les intentions du noble lord, mais il le trouve faible dans la foi.

Cette lettre est comme l’éclair sinistre des orages prochains.

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