CHAPITRE VFNGT- TROISIE
MM
duquel il était bien sûr*. Le jour même que Ebn Abêd attaquait les portes de la ville , mourut l'émir £1 Mâmonn ben Dzy el Noun de Tolède, en djoulkadah 469 (juin 1077)*, La ville fut défendue avec beaucoup de valeur et d'intelligence par les walis et généraux d'El Màmoun, qui cachèrent la mort de l'émir, afin que les troupes ne se décourageassent pas ; mais force fut de céder à l'ardeur et à la bravoure de ceux d'Ebn Abêd, que leshabitans aidaient autant qu'il était en eux; on sortit donc de Séville dans le plus grand ordre, par deux portes, enfonçant le camp d'Ebn Abêd, qui entra triomphant dans Séville, et qui, sans s'arrêter plus que le temps absolument nécessaire, se mit à la poursuite de ses ennemis, lesquels pressèrent leur fuite devant lui. El Harêts seul demeura en qualité de nahib d'El Kader ben El Màmoun ebn Dzy el Noun, à Cordoue, se fiant à d'anciens arrangemens avec les habitans, et espérant pouvoir garder cette cité, où, diton, quelques-uns de ses partisans lui avaient fait concevoir l'espoir d'être proclamé émir; mais il ne fut pas longtemps à être détrompé. Ebn Abêd avait bloqué la ville avec ses troupes, et avait envoyé dire qu'il ne lèverait pas le siège qu'il ne fût entré dans la place : Harêts repoussa quelques assauts, et fit de sanglantes sorties sur le camp d'Ebn Abêd; mais, désespérant de pouvoir conserver la ville, dont les habitans étaient partagés en factions, il en sortit par une porte pendant que Ebn Abêd entrait par l'autre : celui-ci poursuivit Harêts en personne, et comme Harêts, pour ne point fuir en désordre, n'avait pas pris toute l'avance nécessaire, il fut atteint par Ebn Abêd, lequel ne poursuivait que lui , et qui , sentant que son cheval se fatiguait et que l'ennemi lui échappait, lui poussa un coup furieux de sa lance qui le perça du dos à la poitrine et le fit
1 Voyez ci-après le chapitre vingt-quatrième, consacré plu* particulièrement aux affaires des chrétiens. 11 s'agit ici d'Alfonse VI, le vainqueur de Tolède.
2 D'autres disent
tomber mort de cheval. L'émir, irrité, fit clouer le corps d'Haréts à un pieu avec un chien en signe d'ignominie , sur le grand pont de Cordoue. L'infortuné général laissa un fils nommé Ahmed, qu'El Rader honora beaucoup et auquel il donna l'alcaïdie de Calatrava, où il se distingua par de signalés services , et donna des preuves réitérées de valeur ainsi que nous le verrons par la suite.
Le wazir de Murbiter Abou Issa Lébounben Léboun, qui avait été très loyal serviteur d'El Mamoun,père d'EIKader, abandonna le service de l'émir de Tolède , par suite des intrigues de Ebn Omar, qui sut le brouiller avec lui et lui faire quitter sa patrie et ses états ; il vint à Séville avec ses deux frères Abou Mohammed Abdallah et Abou Zadji ; Ebn Abéd les accueillit fort bien et leur offrit des cadiazgos et des gouvernemens : ceci eut lieu en l'année 469 (1077). léboun mourut à Séville cette année-là même; son frère cadet Waheb ben Léboun demeura au service de l'émir de Tolède.
Ebn Omar engagea aussi le w ali de Xelba , Abd el Melek el Modhafer , fils de cet Abdelaziz qui avait été déposé par El MAmoun en Tannée 457 (1064) , et n'avait pas long-temps survécu à cet événement , à recouvrer ses états de Valence. Celui-ci confirma dans leurs lieutenances les walis de son parti, entre autres à Conca Saïd ben El Feradj, mit desalcaïds de sa confiance à Liria, à Xelba et à Gandia, et déclara pour son successeur son fils Abou Beker (470-1078).
Lorsque Ebn Abôd eut recouvré ses états d'Andalousie, par l'habileté de son général Ebn Omar, il rappela celui-ci, le fit son wazir , et le chargea de la conquête de Murcie. Ebn Omar rassembla des troupes d'élite, avec lesquelles il s'empara d'Alicante et de Carthagènc, de Lorca et d'Auriola : il fut très secondé dans cette expédition par Abdallah ben Raschik, alcaïd de la forteresse de Bàlag. Ce vaillant général, ayant appris que Ebn Omar passait près de son château, alla à environ deux milles lui offrir sa maison et le peu de corn-