‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 47 sur 282 · CHAPITRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME

et hauteur qu'il eût à se contenter de commander dans le coin où on le souffrait, tant que ses faibles voisins le permettraient; que, pour lui, il ne reconnaissait en Espagne ni au dehors aucun autre souverain que celui du ciel. Avec Ismayl Dzy el Noun était étroitement uni le saheb de Santa-Maria d'Aben Razyn qui possédait une petite seigneurie enclavée dans les états mêmes de Gordoue, laquelle est dénommée par les historiens arabes El Sahilah ou El Sahlah, et par les Espagnols Alzala, Alzahila, Azala. Abou Mcrwan Abd el Mclek ben Houdhayl ben Khalf ebn Razyn avait reçu ce territoire de son porc Ez el Daoulah Abou Mohammed Houdhayl ben Khalf ben Bazyn, qui, comme nous l'avons vu, avait étéliadjeb, et s'était puissamment enrichi, suivant Ebn El Àbar el Kodhaij, par ses exactions et ses rapines. Abd cl Melck ben Houdhayl possédait en outre, dans l'Espagne orientale, un état dont nous avons déjà parlé, compris entre Saragossc, Tolède et Valence, et qui avait pour chef-lieu Sainte-Marie d'Orient, appelée plus fréquemment du nom de ses possesseurs Sainte-Marie des Bény Razyn (Albarracin). Outre Ismayl Dzy elNoun de Tolède, Abd el Melek ben Houdhayl ben Khalf avait encore pour protecteur en ce temps ElMondhirben Yahyade Saragossc, au gouvernement duquel confinaient les limites septentrionales de ses états du Scharkyah; et, à l'abri de ces deux puissans souverains, il ne craignit pas de mépriser, à leur exemple, les lettres de Djehwar de Cordoue, ou du moins de les laisser d'abord sans réponse.

Telle était la situation respective des émirs, rois ou sahebs qui s'étaient partagé l'ancien empire des Ommyades, dans l'année qui suivit l'avènement de Djehwar. A les voir si prodigieusement divisés d'intérêt, si remplis d'ambition et de vues personnelles , si éloignés d'accepter une suprématie quelconque, on sent qu'ils ne sauraient tarder à entrer en lutte les uns contre les autres, et que de cette situation vont naître des guerres et des alliances infinies, des incidens mul-

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tiples et nouveaux, un état social enfin où les passions, l'énergie et la grandeur des caractères, la valeur des individus et des masses, et tout cet ensemble de contrastes et de mœurs à la fois barbares et généreuses qui a constitué l'esprit chevaleresque et féodal, vont jouer le principal rôle et se déployer librement.

Mais récapitulons ici, au risque de nous répéter, les dynasties et les royaumes musulmans établis en Espagne à l'époque où nous voilà arrivé, et dont nous venons de raconter la formation; embrassons-les d'un coup-d'œil dans leur ensemble jusqu'à leur chute. Nous avons besoin, avant d'entrer dans le détail de leurs guerres et de leurs rapports entre eux, dans le détail surtout de leurs guerres et de leurs rapports avec les chrétiens, et avec la puissance musulmane qui se forme dans le même temps en Afrique, et qui va bientôt nous apparaître si formidable et si grande sous l' Almoravide Yousouf ben Taschfyn, nous avons besoin, dis-je, de ce rapide aperçu anticipé de la portée et de la durée de ces dynasties et de ces royaumes, pour être plus clair et mieux compris dans le récit des faits subséquens.

Ainsi, pendant les guerres civiles qui accompagnèrent la chute des Ommyades, et sur les débris du khalifat de Cordoue s'étaient élevés dans ces dernières années :

1° L'émirat ou royaume de Tolède, sous la dynastie des Ik'oy Dzy el Noun ou Dzoulnounides, dont on peut fixer le commencement en 1012. Cette famille donna à Tolède quatre émirs ou rois qui y régnèrent en pleine souveraineté pendant cinquante-quatre ans, et dont le dernier, après la perte de sa capitale en 1085, régna encore pendant sept ans à Valence.

2° La dynastie des Bény Bazyn, émirs d'Albarracin et de ses dépendances, dont on peut fixer le commencement en 1010 ou 1011; les émirs de cette race, au nombre de six, conservèrent leur puissance quatre-vingt-douze ans.

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