‹ Histoire d'Espagne, par l'auteur de l'Histoire de RussieChapitre 79 sur 84 · JOSEPH BONAPARTE · texte numérisé non relu

JOSEPH BONAPARTE

son frère Joseph , qu'il avait récemment élevé au trône de Naples. Il donna en même temps aux Espagnols une constitution , qu'il crut propre à satisfaire les besoins et les intérêts de la nation. Mais les Espagnols s'indignèrent de recevoir un maître et des lois de celui qui, par une insigne perfidie, venait de leur enlever leurs souverains légitimes. Ils se levèrent en masse et demeurèrent intraitables. Alors commença cette lutte terrible , acharnée, persévérante, contre Tinvasion étrangère. Ce fut l'époque héroïque de leurs temps modernes. Nous ne voudrions pas affaiblir , par une analyse pâle et décolorée , l'intérêt qu'inspire cette guerre de l'indépendance , où l'on vit le caractère national se réveiller avec toute sa force , toute son énergie , mais aussi avec toute sa cruauté , et l'on pourrait dire toute sa barbarie , comme au temps des guerres contre la domination des Carthaginois, des Romains ou des Arabes. Il faut lire cette histoire à part, et elle est trop étendue pour trouver place dans cet abrégé.

En même temps que les Espagnols combattaient pour repousser l'étranger, des juntes provinciales s'organisaient de toutes parts, administraient au nom de Ferdinand vu , rétablissaient les anciens privilèges des pro- Vinces, et appelaient les cortès en congrès national. Cette assemblée, réunie d'abord à Séville, puis à Cadix , rédigea une constitution beaucoup plus libérale que celle qu'avait voulu leur imposer Napoléon. Profitant de l'absence du roi , les cortès , sous prétexte de rétablir leurs anciennes libertés et franchises, détruisirent presque toutes les prérogatives de l'autorité royale, et réduisirent le monarque à n'être qu'un magistrat moins puissant qu'un président des Etats-Unis d'Amérique. Cette constitution des cortès, proclamée en 1812, fut acceptée avec enthousiasme par les uns, et regardée par les autres comme une innovation dangereuse. De là, Fori-

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gine de deux partis, qui devaient longtemps encore diviser l'Espagne. Les partisans de la nouvelle constitution furent appelés libérales, et ses adversaires serviles. Mais servilcs et libéraux furent toujours d'accord pour repousser l'étranger , et leur résistance opiniâtre , secondée par les efforts de l'Angleterre, et par les malheurs de la France, finit par triompher.

Après les désastres de Moscou et de Leipzik, Napoléon , ne pouvant plus réparer tant de pertes , se vit contraint de faire revenir de la Péninsule , pour la défense du territoire français, la plus grande partie des troupes qui s'y trouvaient. Craignant de laisser cette contrée soumise à l'influence des Anglais, Napoléon résolut de rendre la couronne à Ferdinand , après lui avoir fait signer on traité par lequel le prince espagnol s'engageait de faire évacuer la Péninsule par les troupes anglaises ; de payer à son père, Charles iv, une pension de neuf millions et de conserver à tous les Espagnols qui avaient servi Joseph Bonaparte leurs places et prérogatives. Mais l'exécution de cette dernière clause était bien difficile , pour ne pas dire impossible.

FERDINAND VH rétabli. i8iM833.

PORTUGAL : MARIE, jusqu'cu 1816.

JEAN VI, jusqu'au 10 mars 1826.

PIERRE, empereur du Brésil, son successeur,. abdique en faveur de dona maria ii, sa fille.

Ferdinand vu, rendu à la liberté, arriva en Espagne au mois de mars 181Zi. Les peuples accoururent en foule sur son passage, et jusqu'à Madrid il ne marcha qu'au milieu des acclamations et des cris de joie. Dès qu^ fut arrivé dans cette capitale, il s'occupa d'y rétablir Tau-

FCRDIHAHD TII. 281

torité royale sur ses anciennes t>ases, et refusa la constitution que les cortès avaient faite en son absence, n travailla ensuite à réparer tous les genres de pertes occasionnées par la guerre; il s^imposa pour y parvenir « et il imposa à sa cour et à tout ce qui Tentourait^les règles d'économie les plus sévères. Mais bientôt Tesprit d'agitation qui tourmentait TEurope, et qui était le résultat nécessaire des révolutions qui venaient de s'opérer, le jeta dans de nouveaux embarras. Des soulèvements éclatèrent sur divers points, et la force qufl fallut employer pour les réprimer ne put éteindre le feu des factions. En même temps les riches colonies, que l'Espagne possédait en Amérique , se détachèrent violemment de la mère-patrie, et proclamèrent leur indépendance. Trois expéditions, envoyées successivement pour ramener les colonies à l'obéissance , ne firent que retarder leur triomphe. Une quatrième et plus formidable allait partir pour le Nouveau -Monde, quand les troupes qui en faisaient partie , et qui étaient rassemblées dans nie de Léon , en attendant leur embarquement , se soulevèrent et proclamèrent la constitution de 1812 (1819). L'insurrection se propagea rapidement et s'étendit sur tous les points de l'Espagne. Ferdinand, assailli, menacé , se vit contraint d'accepter cette même constitution qu'il avait refusée avec tant d'énergie. Toutes les puissances de l'Europe , à l'exception de l'Angleterre, résolurent de réprimer une rébellion qui menaçait également tous les trônes; et, réunis à Laybach, les rois de la sainte-alliance décidèrent que la France , qui avait le plus dintérôt, serait seule chargée de cette répression dans la Péninsule. Louis xvui mit son neveu le duc d'Angoulême à la tête de cent mille hommes, et cette armée arriva bientôt sous les murs de Madrid. Le parti révolutionnaire , qui dominait encore dans cette capitale, prit alors la résolution de l'abandonner, et con-

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traignit Ferdinand à le sairre, d*abord à Sévilie, où sa déchéance fat déGnitivement prononcée par les cortès, ensuite à Cadix , où 11 resta sans dégolsement prisonnier, josqo^à ce qoe le doc d'^Angooléme se fQt renda maître de ce dernier asile de la révolution.

La mission du prince français était de rétablir en Espagne, sor ses antiques bases, toute Fautorité monarchique ; et la volonté seule de Ferdinand th pouvait y apporter des modifications ; mais ce fut en vain qu^après la victoire on essaya de lui faire faire quelques concessions aux principes révolutionnaires. Les chefs de la rébellion furent punis, et il n^ eut de grâce que pour les subalternes et les hommes égarés. Ferdinand rentra dans toute la plénitude de son pouvoir , et les germes de la révolution parurent étouffés pour longtemps.

En 1829, Ferdinand perdit sa troisième femme. Le 11 décembre de cette même aqnée , il épousa Marie-Christine, de Naples, qui mit au jour, le 10 octobre 1830, la princesse Marie -Isabelle -Louise, aujourdliui reine d*Espagne.

Quelque temps avant sa mort , Ferdinand déclara sa fille aînée son héritière , et abolit la loi salique en yerta de laquelle le trône aurait appartenu à don Carlos , son frère. On fit revivre à cette occasion la décision des cortès de 1789, dont nous avons parlé, décision restée secrète jusqu'alors. Ferdinand mourut le 29 octobre 1833, laissant la régence du royaume à la reine Marie- Christine , pendant la minorité de sa fille.

Fllf.

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