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à üneé eommission militaire qui les éondamna à la peine capitale,
Sezaire Savary ayant déclaré qu'il avait d'importantes révélations à faire à Toussaint Louvérture, l'exécution fut suspendue. Toussaint vint des Gonaïves au Port-Républicain , fit amener devant lui Sezaire Savary (mulâtre). Celui-ci lui dénonça uue foule d'hommes de coëûleur qui furent arrêtés et baïonettés sans jugement , au lieu appelé aujourd'hui
bla Croix des Martyrs. Déjà la prison du Port-Républicain était rem-
plie de Rigaudins. Un oflicier de la 40e., Jean Philippe Dupin, en était Je geolier. Il tenait toujours braquées devant la prison deux pièces de canon chargées à mitraille. I livrait les infortunés qu'on
“envoyait à la mort à un nommé Jean Pierre qui présidait aux exécu-
Uons.
Quant à Savary, 11 obtint sa grâce; mais ceux qui avaient éié condamnés avec lui furent fuüsillés dans le Blockaus que les Anglais avaient élevé au Port-Républicain, sur la place du Cimetière intérieur.
Le général en chef ordonna que les hommes de couleur fussent par
“tout désarmés. Robe, blanc, adiudant de place à l'Arcahaïie , réunit
les” mulatres au nombre de 200 sur la place d'armes, les désarma et les fit emprisonner dans une vaste maison qui fut cernée de troupes noires et blanches. Deux pièces de canon furent braquées contre la maison. Trente-ét-un mulâtres qui avaient des protecteurs . parmi les blancs et les noirs furent mis en liberte. Les autres qui
Mfurent embarqués à bord du navire Lesca ne tarderont pas à être
égorgés. Dans toutes les villes soumises à l'autorité de Toussaint la )iupart des hommes de couleur furent désarmés comme à l'Arcabaie, ei beaucoup furent fusiliés A Du
Pendant cet intervalle quelques demi-brigades du Nord s'ébranlérent et marchérent sur le Grand Goûve au‘delà duquel était établie l'avant garde de l’armée du Sud, à Thausin: Quand ces troupes attelgnirent l'habitation Faucher, leur marche fut tout-à-coup arrêtéa dans le grand chemin par Octavius et Compas à la tète du 4e. régiment du Sud. L'on se baltit depuis sept heures du matin jusqu'à six heures du soir avec le plus grand acharnement. Enfin quand la nuit tomba, le général Lapiume qui commandait l'avant garde
de l'armée du Nord battit en retraite dans le plus grand désordre
et se retira vers l’Acul de Léogane. Quatre cents hommes du Sud en avaient vu fuir 6000 du Nord. | ol | |
L'adjudant général Toureau qui commandait en chef l'armée du Sud en l'absence de Rigaud, vint du Petit-Goûve à Thausin avecle reste de ses troupes qui ne s’élevaient qu'à 2,000 hommes. Il ordonna aussitôt au lieutenant-colonel Octavius de se; maintenir sur l'habitation Faucher en avant du Grand-Goâve. Le lendemain à la pointe du jour: trois cents hommes du 4e. régiment sous Îles ordres d'Octavius étaient rangés en bataille sur cette habitation. Dessalines dont Pardeur n'était ralentie pas aucun échec et qui avait besoin d'aguerrir ses nombreuses
Li]
recrues, ordonna à Laplume d'attaquer les Rigaudins. Ses masses s’é-
branlérent ; mais les vives décharges ‘du bataillon du Sud les firent
reculer. Elles revinrent à la charge; ‘Octavius ne craignit pas de supporter les chocs les plus violents. Il les laissa s approcher de nouveau, les culbuta par un feu terrible et s’élança sur elles à la baïonettew suivi de scs grenadiers. I torrifia par l'impétuosité de ses attagnes les bataillons ennemis qui prirent la fuite dans le plus grand désordre. La 9e. demi-brigade éprouva des pertes considérables.
Oclavius envoya demander des renforts à l'adjudant général Tou-
reau: il promettait de poursuivre l'ennemi la baïonette aux reins jus
qu’à Léogane. Toureau , au grand étonnement de l'armée, lui refusa
ces renforts, contint l'élan de ses troupes, et lui envoya l'ordre de”
soutenir seul les efforts de l'ennemi, dut il être anéanti > JasaU ce .
qu'il eût reçu de nouvelles instructions.
Dessalines revint à la charge ; il lança contre Octavius la Ale. commandée par le colonel Nérette. Gette demi brigade essuya des feux de pelotons si vifs et si meuririers quelle battit en retraite laissant plus" de cent hommes sur le champ de batailto ; la 8e. se présenta ensuite, et fuL aussi culbutée. Le général Lapi ume ne pouvant forcer le chemin qui traversait l'habitation Faucher demeura en présence de l’ennemi, en attendant F'arrivée des autres troupes du Nord.
Ce brillant succès obtenu, au début de la campagne, par le ba: taillon d'Octavius, enflamma le courage des homiunes de couleur et des noirs du Sud, et abatüt extraordinatrement le moral des troupes“ de Toussaint.
D'après les ordres de Toureau, Octavius se maintint toujours à"
Faucher, et la petiie armée du Sud demeura campée à Thausin. Jusqu'alors le général Bauvais qui avait à Jacmel, sous ses ordres, trois:mille hommes dont 4809 de la légion de l'Ouest, les meilleures
troupes de la colonie, était spectateur de la lutte S'il s'était pro=.
noncé pour Rigaud , il aurait pu, en prenant possession de Léogane, après une journée de marche, placer Dessalines entre deux feux et
lanéantir., Il aurail même pu semparer du Port- Républicain 5
car le cotonel Christophe Mornay qui commandait en cette ville et qui
croyait qu 1 allait se prononcer contre Toussaint, n’attendait que
son arrivée pour lui livrer la place.
Pendant cet intervalle , les BÉNÉFAUX Moyse et Ciervaux arrivèrent | du Nord à Léogane, à la tête de quatre demi-brigades et dé dix bataillons de cultivateurs de la levée en masse, Ces nouvelles troupes portérent à près de 20,000 hommes l’armée de Toussaint.
Le général en chef ordonna de former trois divisions de cette forte
armée : fa première fut contiée à Moyse, général en chef; la secoïde $
à Dessalines la troisième , à Laplume, 4 Moyse ne déployait pas. son ardeur ordinaire : il gémissait de cette”
guerre entre frères dont les blancs seuls devaient profiter, osait-1l dire, | $
> 5Epe le
HISTOIRE D'HAITI.»-( 1799 ÿ 843
. én rétablissant l'esclavage. Il eût voulu qué Toussaint eut abandon: né à Rigaud de commandement en chef du département du Sud jusqu'à Léogane inclusivement, en attendant de nouvelles insiruetions du Directoire exéculif de France. Le général Movse, de vues boruées, ne pouvait comprendre que Toussaint ne s'efforçailt d'écraser Rigaud qu'afin de renverser le principal obstacle à l'indépendance de Saint Domingue. ‘Gomme il était borgne, il disait souvent: je n aimerai les blancs colons que lorsqu'ils m'auront rendu Flœil qu'ils m'ont crévé. Paul Louverture, colonel ‘de la 40e. et frère de Toussaint, -partageait les opinions de Moyse. RE sp Léogane était inondée de troupes. Dessalines était absent de cette ville; 1} était allé reconnaitre une position qu'occupaient Îles Rigaudins dans Îles montagnes ; 1l cherchait en outre'à s aboucher avec Las fortune et Conflant. les deux chefs de bandes dont nous avons parlé, qui dominaient dans le quartier de la Vallée. " Le général Moyse , quoiqu'il se fàt montré irrésolu se déter: mina à reprendre l'ofiensive. 1} atiaaua Faucher où était toujours éumpé Octavius. I fut repoussé avec perle. Dans la retraite, la 8° du Nord perdit un canon; mais la 9.e faisant volie face le reprit. Toussaint ayant appris ce trait de li 9e fit don à ce corps d'un tableau représentant ce fait d'armes. Dessalines de retour à Léogane, établit quelques embuscades autour du Faucher et transporta son quartier-général à Léogane: Cependant l'armée du Nord, quoiqu'elle fus sans cesse culbutée, avait fini par s'auimer. L'on ebténdait dans ses rangs, par Intéervatles, des cris de fureur contre les mulâtres. La plupart des ofliciers et des soldats de couleur voyaient leurs jours sans cesse menaces ; la moindre froideur de leur part entrainaitleur perte. Ils étaient obligés pour conserver leur existence de se montrer envers les rigaudins de leur caste plus impitoyables que les noirs. Le lieutenant colonel Gabart de la 4e. se faisait surtout remarquer par Sa cruauté. L'adjudant général Pétion, de la division Laplume ; se détérmina à abandonner la cause de Toussaint, voyant chaque jour égorger sous ses yeux beaucoup d'individus dont souvent Île seul crime était d'avoir la peau jaune. D'un autre côté il avait appris que son arrestation avait été résolue. Aù milieu d’une nuit obscure, pendant qu'une pluie abondante contraiguait les soidais du Nord à abandonner leurs rangs pour chercher un abri contre l'averse, il monta à cheval sous prétexte daller visiter les avant-postes de la aivision Lapiume. Quand il me les bivouacs les plus reculés de l'armée au Nord , AS er te 6 nr val, se précipita dans les bois où il s'égara. GS met a pointe du jour, il arriva sain et sauf à Thausin. ” 11 fut accueilli avec Joie # Jean-Pierre Boyer depuis Président d'Haïti, et De Nr passèrent avec lui dans larmée de Rigaud. Boyer alors ofhcier subaltern était adjoint à Pétion en qualité de secrétaire,
344 HISTOIRE D’HAÎT1.—(" 1799, )j'
par l'adjudant général Blanchet, et par les autres officiers qui lui reprochèrent cependant de n'être pas venu les joindre avant le commencement des hostilités. On écrivit à Rigaud son arrivée; celui-ci s'en montra indifférent, et ne lui confia qu'un commandement sans importance. Pétion était cependant le plus habile des officiers de Par: mée du Sud, celui qui eût pu faire triompher la cause des hommes de couleur, s'il en avait eu le commandement en chef. Sa trahison fit naître de nouvelles rigueurs contre les mulâtres de l'Ouest ; la plupart de ceux qui avaient eu des relations d'amitié avec lui furent égorgés. Pétion qui connaissait exactement la force numérique des troupes de Toussaint, et qui savait que Dessalines se proposait d'assaillir l’armée du Sud, à la tête de toutes ses troupes, conseilla à Toureau d'éviter une bataille rangée, et d'aller se retrancher au point le plus” élevé du chemin qui traverse le morne du Tapion, entre le Grand: Goûve et le Petit:Goâve. Toureau accueillit son avis, ordonna à Octavius d'abandonner Faucher, évacua Thausin, laissa une garnison dans un fort dit le blockaus, et se retira au Tapion avec son armée. Leblockaus était élevé sur un mornet dans un coude que forme le chemin qui conduit au Petit-Goûve. Il dominait la grande route et pouvait inquiéter considérablement par une artillerie bien servie les troupes du Nord qui couvraient fa plaine.
Aussitôt après l'évacuation ‘de Thausin Dessalines vint occuper cette position. ‘
Pendant cet intervalle une insurrection formidable avait éclaté dans le Nord contre Toussaint Louverture. Cette diversion aurait dû amener la chüûte du général en chef, si Rigaud avait su en profiter; car - Toussaint se trouvera contraint de détacher de son armée de Léogane dix-mille hommes qui, sous les ordres des généraux Moyse et Clervaux, iront combattre dans le Nord contre de puissans ennemis. Si Rigaud ‘était venu se placer à la tête de son armée rien n'eût pu lui résister. |
La ville du Môle Saint Nicolas commandée par Bellegarde s'était soulevée , et avait reconnu l'autorité de Rigaud. La 3e. demi-brigade du:Cap , sous les ordres du colonel Noël, qui y était en garnison, Sétait portée à de grands excès sur les partisans. du général en chef. Golart lieutenant colonel d'un des bataillons de la 9e. demeuré au Port-de-Paix, avait soulevé la plupart des cultivateurs de Jean-Rabél, de Bombarde, et même ceux des mornes du Pori-de-Paix. Au haut du Cap, et au Limbé, le général Pierre Michel et le colonel Barthelemy se montraient disposés à se soulever aussi ; la ville du Fort Liberté manifestait des sentimens peu favorables à Toussaint Louverture. | & |
Golart, à la tête de plusieurs milliers de cultivateurs, vint assailhr le Port de-faix où commandait le colonel Maurepas. Cette ville fut réduite en peu de jours aux dernières extrémités. Mais Maurepas
déploya le plus grand courage, tint une conduite admirable et résista sur tous les points aux efforts incessans des insurgés. En même temps, au Gros-Morne, aux Gonaives, à St-Marc, à l'Arcahate, à la Croixdes-Bouquets, les hommes de couleur annonçaient avec orgueil la chûte prochaine de Toussaint Louverlure. Rigaud envoya au Môle, auprès de Bellegarde ,; comme son lieutenant, Renaud Desruisseaux. Gelui ci partit avec des munitions de guerre et de bouche et quelques officiers.
Cette insurrection du Nord cffeaya l’Agent Roume qui voyait naître d'immenses malheurs dans la colonie. Il crut avec raison que la plupart des chefs des insurgés n'avaient méconnu l'autorité de Toussaint que parce que Hédouville l'avait déclaré en rébeltion contre la France. Comme représentant de la France et Agent du Directoire, il résolut de ramener les esprits en faveur de Toussaint. En conséquence, le 45 Messidor an VIE (3 Juillet 1799), il déclara que le géné ral Rigaud était mis hors la loi, que le général en chef Toussaint Louverture était autorisé à faire marcher l’armée de la République contre les insurgés du Nord, et que tous les bâtimens de guerre français -qui se trouvaient dans la colonie élaient à sa disposition. |
Des dépêches qui venaient d'arriver de France l'avaient surtout déterminé à publier cet arrêté. Les citoyens Caze, aide-de-camp de Toussaint, et Guybre, son secrétaire, qui avaient été envoyés en France, après l'embarquement d'Hédouville, étaient revenus dans la colonie, sur l'aviso l'Enfant Prodigue, et la curvette la Diligence. Ils avaient apporté au général en chef des lettres de Granet chef de la 4e division du ministère de la Marine et des Golonies, qui agissait au- nom de Ch. Maurice Talleyrand, ministre des relations extérieures, remplaçant provisoirement le ministre de la Marine. Toussaint avait appris postérieurement au relour d'Hédouville en France, les heureuses dispositions et les succès de ses enfans, Isaac et Placide, placés sous les yeux du gouvernement à FInstitut national et des colonies. « Vos enfans, général, lui avait-on écrit, sont devenus les nôtres, parce que selon nos vœux, qui sont aussi les vôtres, ils croissent pour la liberté. Pendant que vous secondez les vues du gouvernement à StDomingue, il nous est bien doux de remplir 1et vos intentions auprès de. vos enfans. » | Le Directoire prévoyant les succès de Toussaint Louverture, le caressait pour qu'il ne s'isolât pas de la France, sil parvenait à valncre Rigaud dont il paraissait cependant souhaiter le triomphe.- Jus. qu’alors lAgent Roume, Blanchard le secrétaire général de lagence, et Allier, secrétaire-général de la colonie, se montraient très-dévoucs à Toussaint Louverture. ; |
Celui ci aussitôt qu’il avait appris la révolte du Môle, navait pas pérdu un instant. Hi détacha de l'armée expéditionnaire du Sud dix mille hommes et les achemina sur le Nord, sous les ordres des gé-
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néraux Moyse et Clervaux: celui-ci était notifié de couleur. 11 cts alors à Dessalines le commandement en chef de l'armée expéditionnaire du Sud; et Moyse reçut le commandement en chef de larmée du Nord: Des salines demeura à Thausiu et au Grand PM » à la tête de dix mille hommes. Les deux bataillons de la 9.e qui étaient au Grand Goàves. composés de j jeunes gens du Port-de Pait ct ke environs de cette ville, reçurent l’ordre de ne pas sortir de l'Ouest: Toussaint craignait qu ils ne se joignissont à Golart. El fit arrêter au Port Républicain, com-
me rigaudin , le commandant de la place Christophe Mornay, qui fut
conduit sous escorte à St Mare d'où on lembarqua pour les Gonaives où il fut exécuté. Un des lieutenans colonels de la 8’e, Maçon, qui avait refusé de ürer sur les troupes du Sud, lorsque Faübert et Delva avaient pris le Petit Goâve sur Lapiume, fut aussi arrêté. De nombreux hommes de couleur furent tués près du Port-Républicain, au lieu nommé le Four à-chaux. Le colonel de la 10.e, Paul Louverture’, prit le commandement de la piace du Port Républicain , et le général Agé, blanc, celui de l'arrondissement.
Toussaint écrivit la lettre suivante au chef de brigade Henri Christophe, commandant en chef l'arrondissement du Cap, et surveillant celui de PEst:
« Port Républicain , 29 Messidor an VI (15 Juillet 1799).
« La révolte du Môle, mon cher commandant, vient de s’'opérér « par les agens secrets du perfide Rigaud; ils ont des prosélytes par: « tout, et partout ils opèrent le mal quil faut cependant arrêter « dans sa source. Le Môle correspond directement avec le Fort-Li- « berté ; 1l y sème la désunion, et Jai la certitude que cette place « devait aussi se soulever et arborer l'étendard de la révolte; au Cap « même des agens y provoquent la rébellion ; surveillez-les avec une « rigueur étonnante ; déployez le caractère dur que nécessitent les tra- « mes de ces scélérais ; tous les hommes de couleur en général se sont « donné la main pour culbuter St Domingue, en le désunissant, et « en armant les citoyens les uns contre les autres; ïls servent la « passion du rebelle Rigaud ; ils ont Juré de le servir et de l'élever « le chef suprême sur des corps et des cendres; dans aucun cas ne
« molissez pas contre les hommes de couleur, et garantissez par une”
« activité sans égale, l'arrondissement que vous commandez, des hor- « reurs qui menacent déjà quelques-uns.
« L'arrondissement de l'Est doit faire encore l’objet de votre solli- « citude dans des circonstances aussi critiques; vous savez eombien « sont remuants les habitans de cette partie de la colonie; faites for mer des camps qui fassent respecter cette place, et employez et « faites même descendre des mornes les cultivateurs armés, desquels vous croirez avoir besoin, pour également 8 garantir celte place im=
HISTOIRE D’HAITI—( 1799 ) 347 , . L L Ù « porlante ; les hommes de couleur ÿ sont aussi dangereux que vindi- « catifs; n'ayez aucun ménagement pour eux; faites arrêter et même « punir de moit ceux qui seraient tentés d'opérer le moindre mou- « vement ; Vallière doit être aussi Fobjet de lous vos suins. « Je compte plus que jamais sur votre impcrturbable sévérité; que « rien n'échappé à voire vigilance. |
«a Je vous désire uñe bonne santé.
« Salut et amitié.
« Toussaint LOUVERTURE,. * »
Christophe exécuta les ordres de Toussaint avec la dernière rigueur.
Pendant ce temps les troupes du Nord campées à Thausin, et clics du Su campées au Tapion, escarmouchaient sans cesse, sans cependant en venir sérieusement aux mains. e |
L'adjudant-général Toureau fit connaître à Rigaud les forces exactes de l'ennemi, et lui demanda des renforts afin qu if put efhtraindre Des-
salines à abandonner Thausin. Rigaud aussitôt quil eut reçu cette
nouvelle, laissa les plaisirs auxquels il se livrait aux Gayes , et arriva au Tapion avee quelques ofliciers. IE était dans üne agitation difficile à peindre; il tenait d'une main un pistolet, de l'autre un poignard; il menaçait tous ses ofliciers, et s'étonnait qu'ils eusseut pu permeitre à lennemi d'occuper Thausin. Il avait à la bouche un mouchoir blanc qu'il mâchait dans sa fureur. H biäma publiquement
Toureau de s'être retiré au Tapion en suivant les avis de l'adjudant-
général Pétion. Hi nourrissait contre le général Banvais une jalousie dont Pétion et les autres officiers de la légion de l'Ouest éprouvaient les effets. Il ordonna de reprendre Thausin. Aussitôt les colonels Jn. Cécile, Faubert, Bichon, Gelfrard, Delva se disposèrent à attaquer l'ennemi ; Rigaud dirigea en personne les opérations. : Faubert occupa les établissemens de Thausin avec deux pièces de canon ; Île lieutenant-colonel Martignac tourna la purgerie de l'habitation, qui avait été crénéiée et qu'occupait une demi brigade du Nord; Jean Cécile se présenta dans la savanne, et attaqua de front avec impétuosité. En un instant le feu devint général; et après plusieurs heures d'un combat très-sanglant , Dessalines ceulbuté sur tous les points se retira au Grand-Goûve. L'armée du Sud campa à Thausin; Rigaud y établit son quartier- général
‘et repoussa quelques jours après une attaque opiniätre que Dessalines
dirigea contre lui. | Le 45 Août 1799, dans la matinée, le temps etait magnifique. Les troupes du Sud qui s'élevaient à 4,800 hommes laissaient éclater le
* L'auteur tient cette lettre déposée dans ses archives particulières.
plus grand enthousiasme ; orgueilleuses d'avoir leur général à leur tête,
ciles demandaient la bataille à grands cris: à EL.
Rigaud voulant profiter de l’ardeur de ses soldats , résolut de chasser
du Grand-Goâve, le général Dessalines dont les troupes étaient encore terriliées des- délaites précédentes. | Le bourg du Grand-Goûve situé à une légère distance de la mer est
bâti au milieu d'une petite plaine qui, bien cultivée à celle époque,
était couverte de cannes à sucre et d'arbres fFuitiers. Cette plaine était cependant assez étendue pour que Dessalines ÿ put fairé manœuvrer ses nombreuses troupes.
Après avoir jeté les yeux sur les bataillons du Nord qui présentaient une force de 10,090 hommes couvrant ‘le Grand-Goàive, Rigaud forma trois colonnes de son armée: celle de droite composée du 2.° régiment de 400 hommes fut confiée au colonel Faubert; elle devait en pénétrant dans les bois de Thausin, prendre l'ennemi en queue, après avoir tourné le Grand-Goûve ; celle de sauche composée du 4° régiment de 490 “hommes, sous les ordres du général Geffrard, devait attaquer l'aile droite de l'ennemi, en longeant le rivage de la mer; et le général Rigaud,
à la tte de la*colonne du centre de 4,000 hommes devait s'ayancer par!
le grand chemin. Rigaud avait pris la détermination de neconimencer le feu Oo avoir entendu le bruit dela mousqueterie de la colonne de Faubert. ais dans son impatience, Il natitendit pas ce signal, et ordonna d'attidutts. à 4 heures de l'après-midi, L'armée du Nord présentait un front qui sétendait des bots de Thausin,
au rivage de la mer. Le général Rigaud en aftaqua le centre avec une impétuosité prodigieuse.. Dessalines anime de son intrés
pidité ordinaire vit plusieurs fois fléchir ses troupes qu'il maintint
cependant sur le champ de bataille, bravant là mort au premier rang,"
et frappant les soldats de sa canne. Ses grenadiers tombaient, par lie gnes entières, sous le feu vif et soutenu des soldats du Si ud. Rigaud reaoubla de fureur contre le centre, masse difficile à perëer. Dessalines dont l'élan n'était pas soutenu par ses bandes lourdes et épaisses , résistait avec héroïsme aux efforts incessants des troupes du Sud. Tout-à-coup le régiment des Cayes entonne la Marseillaise ; les autres corps répondent à son enthousiasme , le panache tricolore "de Rigaud flotte comme un étendard au-dessus des bataillons ; la colonne foudroyante s'élance par un nouvel effort, la baïonette en avant, et ter: rifie l'armée du Nord qui ne pouvant résister à une impétuosité Si Opiniâtre se rompt, abandonne le champ de bataille, et traverse le Grand: Goâve dans Île plus grand désordre. Gependant la 4° demi brigade du Nord, dite des sans culottes, se maintenait encore sans s’ébranter , dans les jardins de cannes de Thausin: Ce corps élait de 2,000 hotes. Rigaud lança contre lui le lieutenant-colonel Compas, à la tête de 200 grenadiers. Compas fit une seule décharge sur les sans culottes, et les
aborda à la baïonnette; il fut renversé atleint d’une balle; la mêlée
HISTOIRE D’IHAITI —( 1799 ) 349
devint horrible 3 Gabart Vaillant qui commandait les sans-eulottes fut obligé d'abandonner sa position et de se replier sur le Grand-Goûve. Compas griévement blessé, fut transporté à l'ambulance par ses grenadiers. Dès le commencement de la bataille Gefirard avail mis en pleine déoute l'aile droite de Dessahines, le long du rivage. Rigaud avait été lessé à la main pendant l'action. | Quatorze cents hommes qui venaient de donner en avaient vu fuir dix mille. Celie journée mémorable prouve que Rigaud ent été invincible s'il était demeuré toujours à la iète de ses troupes. Ses longues absences de l'armée feront naître d'affreuses trahisons, et de funestes divisions parmi ses licutenans qui voudront tous commander les uns aux autres. Les ofliciers s'étaient couverts de gloire; tous les soklats avaient été des héros, et les recrues avaient rivalisé d'intrépidits avec les vétérans. L'armée du Sud avait perdu 200 hommes, et celie du Nord plus de miile. |
Dessalines eût été écrasé, si le colonel Faubert avait pu donner à la tôte des 400 hommes qui formaient l’aile droite de l'armée du Sud Egaré pendant la nuit dans les bois de Thausin, per des guides infidèles, il tomba au milieu des bataillons ennemis. If y eut un grand carnage dans l'obscurité ; les troupes du même xerti ne se reconnaissant pas s’enire-égorgérent; ce n'était qu'un cri dons les troupes de Dessaiines répandues au-delà du Grand Goûve ,. Faubert | Faubert! des demi-brigades du Nord s’entre-chargérent avec fureur. Faubert eut son cheval tué sous lui; fait prisonnier pendant un moment , il fut délivré par Jn.-Louis François, officier noir, un de sés chefs de bataillon. À onze heures du soir, il se replia vers Îles établissemens de Thausin ; et à la pointe du jour il alla oceuper le Grand- Goûve qu'avait abandonné Dessalinies. Rigaud en attaquant avec Lrop de précipitation, ne voulant pas attendre Île signal dont 1} était convenu avec Faubert, n’obtint qu'un demi succès. Il ordonna à celuici de rentrer à Thausin où était réunie son armée. Brave soldat, mais mauvais chef d'armée, il partit pour les Cayes où l’appelaient toujours ses plaisirs. Voila L'homme auquel était confié le sort de toute la population de couleur. Toussaint faisait preuve de talent quand il disait: Monsieur Rigaud me convient pour faire la guerre; Dieu m'en garde dé le faire arrèter! si je le faisais emprisonner sa Castle trouverait facilement un chef qui vaudrait mieux que Jui. ei
Déssalines vint réoccuper le Grand-Goûve et les deux armées demeurérent en presence , se livrant chaque jour à des escarmouches. Toussaint profitait des fautes de Rigaud pour instruire el discipliner ses troupes. 1j,
“Dessalines sans perdre un instant fit venir des pièces d'artillerie de Léogane , et assiégea régulièrement le retranchement de Thausin qu'il canonna avec activité. Le blockaus répondit énergiquement à son feu;
Bés le lendemain la famine se fit sentir et à Thausin et au blockaus > À
les barges du Sud formées en deux escadres, la division rouge et la division bleue , commandées par le capitaine Panayoty , ne pouvant Iutter contre les gras navires de guerre. de là République, cessérent d'aps provisionner l'armée de Rigaud. ï Toussaint ordonna au chef de l’escadre répubhcaine, le lieutenant de vaisseau Lacroix, d'aller bloquer les Cayes. Lacroix monté sur la goëlette de l'Etat le Vengeur, partit avec son escadrille. ‘Le 26 Août, il arriva à la hauteur du cap Tiburon, et jeta l'ancre. Un bâtiment ‘anglais de 32 canons, le Solebay, capitaine Poyniz, l'attaqua et le captura, aimsi que les pavires. sous ses ordres. Il y en avait quatre meniés par 520 hommes : d'Egyptien de 20 canons, le Vengeur de 46 canons , Urie corvette de 48, et un brick de 46. Ces bâtimens conduits à Kinoston de la Jamaique, furent condamnés et vendus. Toussaint envoya à Ia Jamaique un parlementaire chargé de réclamer ces navires, attendu, disait il, qu'ls n'avaient point été armés contre le pavillon britannique, mais bien contre les rebelles du Sud, ét que tous les peuples civilisés devaient s entendre pour écrasér Îles révollés. Ses démarches furent infructueuses: Le gouverneur angiais lui fil répondre que ces navires portaient Île pavillon français et qu'ils étaient par conséquent de bonne prise. Pendant cet intervalle, Dessalines dirigeait une attaque générale con: tre l'armée du Sud. Il établit un mortier contre Thausin; mais les canons du blockaus le démontérent. Une de ses colonnes passa par le rivage de la mer, pour occuper le sommet du Tapion qui dominait Je blockaus; cette colonue fut arrêtée et culbutée par le colonel Geffrard. En même temps Toureau sortit des retranchemens de Thausin contraint par ses troupes que la faim tourmentait. L'armée du Nord fut enfoncée et mise en déroute. Dessalines talonné per Faubert abandonna le Grand-Goûve et se retira à Papette qu'it fortilia. Les guerriers du Sud trouvèrent au Grand-Goâve beaucoup de munitions @e bouche que l'ennemi avait ét forcé d'abandonner. Le retranchement de Papelte était protégé par le bateau le Général Dessalines et plusieurs. autres bâtimens de guerre, sous les ordres du chef d’escadre Cottineau. L'armée du Sud s’ébranta pour enlever cette position, après être sortie du Grand-Goûve. Toureau confia à Pétion le commandement de l'artllerie. L'élan des Rigaudins fut arrêté par le feu vif et meurtrier et de Papette et de l'escadre. Pétion, au milieu de la mitraille, fit avancer ses canons sur le rivage, les pointa contre les navires ennemis et en éteignit le feu. Indigné de la mollesse de Toureau, til avait pris sur lui de faire agir l'armée. Il Fança l'infanterie contre les retranchemens , les enleva 2 la baionelte , et poursuivit l'ennemi, en le talon Rent jusqu’ à Bellevue dont il s’ empara.
Le découragement et la terreur étaient tels dans l’armée du Nord que le général Dessalines avait déjà ordonné d’évacuer l'Acul et Léogane sur le Port-Républicain. Toules les femmes avaient été mises em
réquisition pour transporter les munitions et trainer les pièces d’ar- Uüllerie. Si l'adjudant général Tourcau avait voulu profiter de sa victoire, il {üt entré au Port-Républicain, peut-être sans coup-férir. Mais il montra de lhésitation ; l'armée en fut indignée; elle demanda à grands cris à marcher contre l'Acul que lPennemi n'avait pas encore abandonné. Toureau fut contraint de céder au vœu de ses troupes, Il confia à Pétion un faible détachement avec ordre d'atiaquer FAcul par les hauteurs de cette position. Pétion rencontra un poste enneini qui arrêta sa marche. Ii fit savoir à Toureau quil allait enlever cé retranchement: avant d'assaiilir l'Acul. Mais cclui-ei lui expédia l'ordre de rentrer à Bellevue. Ce fui en vain que l'armée demanda à continuer ses succès. Toureau expédia à Laplume un courrier qui lui añnonça qu'il pouvait se maintenir à l'Acul contre lequel 1! ne dirigerait aucune attaque ,et qu'il ne demeurait lui-même dans les rangs de Rigaud que pour favoriser le triomphe des armes de Toussaint Louverture, Ce fut le premier acte de la trahison de. Toureau, trahison qui ne sera découverte qu'à la fin de la guerre civile.* Cette petite armée du Sud, belle et aguerrie ne s'élevant qu’à 2,000 hommes environ, qui avait vu fuir devaut elle dix miile soldats, se trouva tout à-coup arrêtée dans sa marche triomphante. Si le général Rigaud avait été à la tête de ses troupes , dirigeant lui-même les opérations, avec le courage qu'il avait déployé aux batailles de Thousin et du Grand Goûve, il serait déjà entré au Port Républicain. Maïs par une inconcevable hésitation , 1 ne voulut pas, lui si audacieux, pousser ses conquêtes au-delà de Léogane, déclarant qu'il sen tenait au commandement que lui avait confié Hédeuville. Toussaint général en chef de la colonie, nommé par Île Directoire, ne l'eût jamais souffert indépendant de son autorité. Il devait, une fois la guerre commencée, s’efforcer d'écraser son rival,
Pendant cet intervalle Toussaint Louveriure conduisait avec vigueur la gucrre du Môle St-Nicolas. Il se trouvait aux Gonaives où il ordonpa l'arrestation de la plupart des mulatresen état de porter les armes qui n'étaient pas dans ses iroupes. Beaucoup échappérent à la mort soit par là protection des blancs leurs pères, soil par l'humanité du g" Moyse. A Léogane Dessalines en sauva un grand nombre, malgré les fureurs de Dieudonné Jambon qui les poursuivait avec le dernier acharnement Plusieurs jeunes gens de couleur qui avaient été déjà conduits au lieu du supplice virent en lui un hbcrateur. [El enrôla dans Ja 4° demi-brigade sa favorite dont il avait été le colonel tous ceux qui allant à la mort, démontraient de l'intrépidité. H disait à celles de leurs mères qui Venaient le, prier de ne pas en faire des soldats: Ne pas les enrôler , que Dieu m'en garde! j'aime mieux qu ils soient soldats que, fusillés. Toussaint partit des Gouaives pour le Môle. Quand il arriva près - du Gros Morne, il tomba dans une embuscade que Golart avait établie. Fr J'raditions haïueunes. Les ojliciers de cette époque rapportent ce fait, la plupart, |
Il essuya plusieurs feux ; lobscurité de la nuit favorisa son évasion. Il revint sur ses pas et alla établir son quartier général dans les montagnes des Cahos, d'où il dirigea les opérations de FParmée du Nord. Le 19 Juillet 1799, ïl lança une prociamation qu'ils adressa aux citoyens composant la garnison du Môle ; 11 leur promit d'oublier le passé, s'ils ne de se soumeitre aux ordres du général Clervaux ; 1l les menaca, ER autrement, de les bioquer par terre avec une forte armée qui s'avançait contre eux, A ” d'après Îles ordres de lagent Roume; il Icur annonça que le traître Rigaud avait été mis hors la loi par l'agent du Directoire qui représentait la France à St. Domingue. ; |
Il fit marcher contre Golart, non seulement les troupes régulières sous les ordres de Moyse el de Clervaux, mais encore les Miliciens du Limbé, de Plaisance, d'Ennery , du Gros- Morne, du Port Margot, du, Borgne , du Cap Français et de la plaine du Nord.
Le colonel Maarepas commandant du Port-de Paix, quoiqu'il fut assait de toutes parts par les bandes de Goiart, fit plusieurs sorties qui furent heureuses.
Pendant ce temps, Île général Moyse, à la tête de la 5e. et de nombreux cultivateurs armés, attéignit le Port-de-Paix, ét attaqua les bandes de Golart avec une rare opiniâtreté. Il les battit et les. dipersa dans les bois. Golart alla se retrancher à Jean - Rabel. Aprés avoir entièrement dégagé le Port-de Paix , Maurepas exerça de cruelles vengeances sur ses prisonniers: ïl les fit attacher à la bouche des canons et enlever par la mitraille. Ce fut ainsi que périrent un jeune capitaine de gendarmerie nommé Couliot } Jacques Laciente, riche bourgeois de la viile, et Eazarre, officiér de dragons, hommes de couleur. | |
Le général Clervaux, de son côté, était arrivé devant Bombarde, avec la G.° demi-brigade. Il envoya auprès des révollés qui s'étaient renfermés. - dans le fort de ce bourg un parlementaire qui leur offrit une amnistie, s'ils voulaient se rendre. Ceite offre fut repoussée. Clervaux donna un formidable assaut à la redoute qui fut enlevée après une énergique résistance. Il sélança ensuite dans la route nornmée la Gorge, se dirigeant sur le Môle St Nicolas, laissant derrière lui tous les postes ennemis.
En même temps Moyse partait du Port de-Paix, énlevait Jedi Rabef sur Golart, et dispersait les bandes ennemies dans les mornes du Moustique. Golart se retira dans Se montagnes rocallieuses, InaCCesSis bles d’où il ne sortira qu'en 1802, à l'arrivée de l'expédition de Leclerc, après avoir soulenu avec succès, pendu trois ans, les efforts dés. troupes de Toussaint Louverture.
Moyse continuant ses succès, marcha sur le Môle St- Nicolas, en suivant les côtes de fer. Cette ville fut étroitement bloquée par terre par les divisions Clervaux et Moyse, et par mer, par l'aviso de FPEtat
TEnfant Prodique , par le Vengeur et par plusieurs autres navires. Bellegarde et Renaud Desruisseaux commandaient dans la place. Elle fut vigoureusement canonnée pendant plus d'une semaine. La garnison $e montra bientôt découragée ; elle ne put résister plus longtemps aux troupes innombrables qui l'assailiaient. Renaud Desruisseaux et Bellegarde perdant l'espoir de pouvoir supporter un assaut général que préparait Moyse, se jetèrent dans un canot pendant une nuit obscure, avec le trésor de la ville, passèrent au travers des bâtimens qui bloquaient le port, et arrivérént sains et saufs dans le Sud. Le jour qui suivit leur départ, . armée du Nord pénétra dans la place; plusieurs centaines de têtes, lombérent sous la hâche des vainqueurs: tous ceux qui avaietit em- Brasce avec chaleur la cause de Rigaud furent exécutés. Les partisans de Toussaint qui avaient été emprisonnés furent mis en fhberté. La tranquilité rétablie par la terreur régna dans la ville que la. plupart des labitans avaient abandonnée.
Dans les premiers jours de Septembre, Toussaint se rendit au Môlé Saint Nicolas. Le 25 Fructidor an 7 (11 Septembre 1799 ), il y publià une proélamation dont les principales dispositions peignent bien le délire politique dont tous les esprits étaient alors saisis. .Apres avoir annoncé aux habitans de la colonie que les complices de Bellegarde et de Golart avaient été jugés, punis de mort ou emprisonnés , après avoir conseillé aux citoyens de se prémunir contre les insiauations perfides du trattre Rigaud, il rappela que celui ci s'était emparé par trahison du Petit-Goâve et du Grand Goâve quil avait ensanglantés par lasbasinat de leurs habitans sans distinction d'âge ni de sexe, qu'il avait ensuite ourdi une conspiration ayant pour but d'enlever ke Nord ét l'Ouest à l'autorité légitime, et qué ses agens avaient parcouru tous les quartiers pour faire entrer les, homines de couleur dans son part. prétendit que ces agens disaient aux uns que les muläires étaient les seuls véritables habitans de St-Domingue, que cette ile leur appartenait de droit, que ia France appartenait aux blancs, la Guinée aux négres, ét qu'ils devaient en conséquence seconder le général Rigaud qui voulait leur assurer l'entière possession de leur pays; quils disaient aux autres que Toussaint voulait exterminer la caste des muiätres . €E se rendre indépendant de la France, à laide des Anglais, qu'il vou” lait replonger les noirs dans l'esclavage, et que les blancs qu'il favorisait étaient les plus cruels ennemis des noirs. #: |
Après avoir exposé les moyens qu'avait employés le général de couleur pour le renverser el se mettre en son ileu et piace, loussatnt anhonça, avani de terminer sa proclamation , que le traitre Rigaud jugeant lés noirs d'une nature inférieure à celle des muläires , s'était Cru . humilié d’obéir à un nègre, et ne s'était soulevé contre lui que pour ce motif. Il ajouta que les blancs et les, noirs avaient été créés au contraire pour s'aimer , el que les hommes de couleur seuls pouvaient redouter leur union; qu'il avait eu il est vrai des négociations avec le général
Maitland, mais que c'était en qualité de général français, dans le but de prendre des arrangemens avec le consul des Elats- Unis, relatifs à la sûreté du cabotage qui allait s'établir d’un port à l’autre de la colonie en faveur des Américains. Après avoir avoué ses négociations avec les Etats-Unis, il déclara que du reste, il ne devait compte de sa conduite qu'au gouvernement français et à son agent, qu'il n'avait ja= mais songé à détruire les hommes de couleur, puisque dans le Nord et dans l'Ouest il leur avait confié des arrondissements, qu'il avait dans son armée un graud nombre de mulätres; et qu'il n'avait pu FOREEF à l'esclavage des noirs puisqu'il était noir.
On doit se rappeler que le général Hédouville en s'embarquant pour France avait déclaré que Toussaint Louverture s'était entendu avec les Anglais et le gouvernement fédéral des Etats-Unis pour se rendre indépendant de la France. 11 était parfaitement instruit de toules ces négociations secrètes. Quelles pouvaient être du reste ces négocialions avouées par Toussaint lui-même qui n'en fit jamais part au Directoire? Le général Pamphile de la Croix raconte dans ses mémoires que le général Boudet lui communiqua au Port-Républicain | en 1802, touies ces RÉROGIAUANS monument de la trahison de Toussaint envers la France.
Toussaint ne fit jamais égorger Îles femmes et les che de couleur comme l'avançait Rigaud ; il était dans le vr ai, quand il annonçait dans ses proclamations qu'il ne porta jamais aucune attention au caquet des femmes, quoique plusieurs eussent trempé dans des conspiralions. Mais il fit immoler sans pitié tous les partisans de Rigaud, en état de porter les armes. Quant à ce dernier il ne fit jamais ASSASsiner des individus de tout âge et de tout sexe; ses troupes en entrant au Petii-Goâve, pillérent la ville; mais elles n égorgérent aucun citoyen.
Pendant l'insurrection du Nord , le général Rigaud qui aurait pu forcer le cordon que Dessaiines avait établi de Léogane aux montagnes de Jacmel, ne sortit pas des Cayes où 1} oubliait les soins de la guerre, livré à de frivoles occupations. Dessalines profitant de son inacs tion , exerçail ses troupes aux évolutions militaires , et les préparait à vaincre un ennemi jusqu'alors très-supérieur en tactique. L'armée du Sud retranchée à Bellevue, se contentait d'en venir de temps à autre à quelques escarmouches avec les troupes du Nord, et le général Rigaud, sans avoir fait une diversion favorable à Belleg arde et à Golart par une marche audacieuse sur le Port- Républicain , les avait laissé écraser, comme il avait été spectateur tranquille de l'embarquement d'Hédouville.
Le décret de l'agent Roume par lequel il fut mis hors la loi l'afiligeait profondément. Cependant dans une de ses proclamations il s’écrie : « Que fait le citoyen Roume ? spectateur de tant d'horreurs , 1} les sanç-v tionne par son silence ; : l'agent de la République n'est plus que l'agent de ses ennemis; il n’écrit et ne parle que pour prostituer son langage et son autorité à leurs vues criminelles. »
HISTOIRE D'HAITI.—( 1299 )° #3 3bS.
L'agent loin de garder une sorte de neutralité avait déclaré que les départements demeurés fidèles à la République marcheraient contre les rebelles du Sud. |
Pendant ce temps les hommes de couleur du parti de Rigaud continuaicnt à être égorgés sur tous les points de la colonie; un grand nombre de noirs succombaient aveceux. * | |
Robe découvrit à lArcahaie une conspiration; il y restait soixante hommes de couleur cautionnés par des blancs et par des noirs.. Robe les fit arrêter et ensuite embarquer pour Léogane. Quand ils arrivérent dans le canal de la Gonave on Wa Île pére avec le fils, le frère avec le frère, on les tua à coups de baïlonettes malgré leurs lamentations , et on jeta leurs cadavres à a mer. Ceux qui furent épargnés furent débarqués à Léogane ; Dessalines se hâta de les incorporer dans la 8° et dans la 11° pour les mettre désormais à l'abri de tout supplice, Les hommes de couleur arrêtés au Mirebalais, aux Verrettes ei dans tout le quarter de l'Arübonite étaient réunis au fort Williamson , à l'extrémité de la plaine des Vases à J'Arcahaie, où ils étaient immolés.
Toussaint élait parti des Gonñaïives pour se rendre au Port-Républicain. Quand il arriva à la hatte Aubry, près de la Source Puante, il tomba dans une embuscade que lui avaient dressée quelques hommes de couleur. Sa voiture qui le précédait et qui ne contenait personne fut transpercte de balles. Aussitôt qu'on apprit cette circonstance à la. Croix-des-Bouquets, un bataillon de la 10° qui y était en garnison arrêta une trentaine de mulâtres. Le, capitaine Péronneau, homme de couleur , rallia autour de lui soixante des siens, attaqua avec impéluosité, dans le grand chemin du Pert-Républicain, les soldats de la 40° qui escortaient les prisonniers, délivra ces derniers la plupart et se jeta avec eux dans les bois. Les bourreaux des hommes de couleur de Léogane étaient un mulâtre nommé Morba, etle colonel Dicudonné Jambon, noir. Une forte désertion avait lieu dans l'armée du Nord retranchée à Léogane. Toussaint ne l'arrêta qu'en faisant décimer les déserteurs en présence de l'armée. |
Nous avons vu que pendant les luttes de Dessalines et de Rigaud au Grand-Goûve, une insurrection formidable avait éclaté dans le Nord contre Toussaint Louverture, que celui ci avait été obligé de détacher de son armée de Léogane pré de dix mille hommes qui, sous les ordres de Moyse, avaient été envoyés dans le Nord, et que Rigaud demeuant loujours aux Cayes, n’avaij rien fait pour proliter de cette circons tance si favorable au succès déffa cause. De son côté, le général Bauvais,
* Un blanc normné Talbette était chargé de les noyer dans le canal de Arcahaie. Il déclarait sans'cesse qu'il avait été pris en réquisition par Île peuple pour saiyner les mulâtres. Le poignard dont 1l se’ NE était cass6 ; il disait qu'il l'avait brisé dans les côtes des hommes de couleur.
856 | HISTOIRE D'HAITI.— ( 1799 ) $ eommandant de l'arrondissement de Jacmel, observait jusqu'alors Ja plus parfaite neutraïiité , quand il aurait pu , commenous l'avons dit, en marchant sur Léogane , écraser Dessalines dont les forces étatent considérablement affaiblies. Bauvais avait découvert, de part et d’autre, de grands torts. Toussaint ne l'avait pas inquiété parce quul avait besoin de le ménager, ayant dans Rigaud un ennemi déjà assez, redoutable, Comme général en chef de la colonie, il eût pu lui ordonner de marcher contre le Sud; mais il n'ignorait pas ses sympa thies pour la cause de Rigaud devenue celle des hommes de couleur; aussi l’attaquera-t il dès q@'il se sentira assez fort pour le vaincre. Bauvais tenait sous son influence le fameux Lamour Dérance, guerrier sauvage, indomptable, qui occupait, dans l'indépendance de toute autorité, les montagnes du Grand Fond, de la Selleet du Bahoruco. De nouvelles circonsiances qui se présentérent contraignirent Bauvais à prendre une atitude moins indifférente. Lafortune et Conflant, guerriers de la trempe de Lamour Dérance , exerçaient dans Îles quar tiers de la Vallée et de Baynet, non loin de Jacmel, une puissante influence sur les-‘culiivateurs , et reconnaissaient l'autorité de Bauvais. Au commencement de la guerre civile, Rigaud s'apercevant que la neutralité de Bauvais lui deviendrait fatale, avait envoyé à Baynet un commandant du régiment de Faubert, nommé*Bouchard, avec ordre d'exciter à Ja révolte’ le quartier de ce bourg. Conflant «et Lafortune, sur les instigations de Bouchard, avaient pris les armes ; mais Bauvais était parvenu à éteindre celte révolte. Mais vers le milieu de Septembre , pendant que. Toussaint portait les derniers coups à l'insurrection du Nord, le général Dessalines qui n'ignorait pas l'alternalive pénible dans laquelle se trouvait Bauvais, surtout depuis le massacre de tant d'hommes de couleur , avait envoyé de Léogane à la Vallée, des émissaires qui avaient gagné Lafortune et Conflant au parti de Toussaint Louverture. Ces deux chefs de bandes s’insurgèrent de nouveau contre le général Bauvais, assaillirent, à la tête de 400 hommes, l'habitation Desnoyers qu'occupaient trente gardes nationaux commandes par le capitaine Ridoré, et l'enlevèrent. Ridoré rentra à Jacmel, après avoir fait une honorable retraite. | Aussitôt après celte nouvelle révolte, Bauvais ordonna au chef de bataillon Auger, jeune homme de 23 ans, d'aller rétablir la tranquiilité dans le quartier de la Vallée ,@flutôt par la persuasion que
par la force. Auger ,à la tête d'un détachement de la légion de l'Ouest, atteignit Îles quartiers en DA et fit d'inutiles efforts . Pour entrer en négociations avec les révoltés. Lafortune, à la tête dé plus de 1500 cultivateurs armés , lassaillit avec vigueur, abattit ses plus braves grenadiers, et le contraignit à rentrer à Jacmel, Dessalines apprenant que cette nouvelle insurrection acquérait de l'importance, : en avertit Toussaint Louverture qui lui ordonna d'envoyer plusieurs
demi-brigades dans les montagnes de Jacmel. Néanmoins le général en
che tout en lui recommandant de respecter la neutralité de Bauvais qui n'était qu'apparente, soupçonnait-il, lui ordonna de prendre des mesures telles quil ne put communiquer avec le département du Sud, sil venait à se prononcer en faveur de Rigaud. Il lui enjoignit aussi de susciter à Bauvais toutes sortes d'embarras , afin qu'il fut contraint de se prononcer pour l'un ou l'autre des deux partis, car la neutralité de ce général maître de Jacmel, la clef du département du Sud, devait rendre Ja guerre éternelle.
. Dessalines achemina sur Tavet, dans l’arrondissement de Jaemel, le colonel Nérette, à la tête de la 14° démi-brigade, après lui avoir ordonné de soutenir secrètement Lafortune et Conflant. Quand Nérette occupa l'habitation Tavet, Bauvais se plaignit de ce qu'on ne res. pectait pas le territoire compris dans l'étendue de son commandement; cependant il navait rien à reprocher à Toussaint auquel le Directoire avait confié le commandement en chef de la colonie. Quoiqu'il vou- Jüt éviter d'en venir aux mains avec Toussaint Louverture , il résolut cependant d'empêcher les quartiers en insurrection de communiquer avec ceux qui lui étaient demeurés sonmis. Il ordonna au colonel Be rot, commandant de la légion de l'Ouest, d'aller s'établir près de l'habitation Dénard avec un bataillon de son corps, et plusieurs détachemens de gardes nationaux des quartiers de la Grande Rivière et du Cog qui chante. Le chef de bataillon Taco commandait ces détachemens. Birot se trouva campé non loin de Tavet qu'occupait la 44° demi-brigade. Pendant plus de vingt jours, les troupes du Nord et celles de Jacmel demeurèrent en présence sans en venir aux Mains, Enfin le colonel Birot cédant à l’impatience des soldats de la légion de l'Ouest, et outrepassant les ordres de Bauvais, s'élança à la tête de 500 grenadiers contre Nérette qui commandait à 3000 hommes. Nérette s'était admirablement bien retranché à Tavet. Le bataillon dela légion de l'Ouest attaqua l'ennemi avec tant d’impétuosité à la baionette, qu'il le eulbuta cn moins d’une demrheure et enleva la position. La 44e. fit cependant une honorable retraite, et se retrancha à unelieue de Tavet, sur l'habitation Béroc, dans l'arrondissement de. Léogane, Birot avait perdu 150 hommes , et avait été blessé dans l'action. Au lieu de conserver sa conquête, il se retira à Dénard d'où il se rendit seul à Jamcel, après avoir confié le bataillon de la légion de l'Ouest au commandant Gautier. Le général Bauvais condamna sa conduite qui devait attirer sur Jacmel toutes les forces de Toussaint Louverture ; car celui-ci loin d'avouer quil soutenait Lifortune et Gonflant, avait déclaré qu'il n'avait envoyé Nérette à TFavet que pour étoufler la révolte de ces deux chefs d’insurgés, Quand il passa en revue quelques jours après, Ha garnison de Jaémel, il dit à Birot: « Colonel, vous « Serez l'auteur des malheurs qui vont nous assaiilir. Quant à moi, « je ne redoute pas les canons du général Toussaint ; mais Je crains les « horreurs de la guerre civile. de déplore la perte de mes braves quy
LA
« ont péri à Tavet. La guerre va éclater entre moi et le général
« Toussaint; plaise à Dieu que vous fassiez votre devoir, commeje
« ferai le mien. » *
La lutte était effectivement devenue inévitable entre Jacmel et l'attiée du Nord. Dès que Toussaint apprit le résultat de la bataille de Favet, il s'écria que Bauvais s'était aussi soulevé contre la République. H se
“hâta de faire descendre du Nord vers le Sud toutes les troupes qui
avaient combattu Golart et qui avaient pris le Môle. Ces renforts
‘portèrent à plus de 25,000 hommes l'armée de Dessalines campée
dans le quartier de Léogane.
Nérette reçut l’ordre de réoccuper Tavet ; le commandant Gauthier sortit de Denard, os fut repoussé avec une perte considérable. Peu de jours après , Gauthier apprit que de nouvelles troupes, sous les ordres du colonel Henri Christophe, étaient en marche pour renfor. cer Nérette. Il abandonna Denard et alla s'établir à Arreguy, à trois lieues de Jacmel. Dès lors Bauvais se résolut à supporter un siège régulier; 11 prit en conséquence toutes les mesures de salut public que nécessitait la circonstance. |
Pendant cet intervalle, l’armée du Sud retranchée à Bellevue prés de Léogane ne s'ébranlait pas. Maintenant que Jacmel s'était prononcé contre Toussaint , le général Rigaud pouvait encore se porter à la tête de son armée toujours pleine d'enthousiasme, livrer bataille à Dessalines , le battre et entrer au Port Républicain. Mais il perdait toujoursun temps précieux en divertissemens , donnait des bals, et oubliait entièrement les opérations militaires. Par son inaction ilavait donné à Toussaint le temps d’étoufler entièrement l'insurrection du Nord, de désarmer dans cette province et dans | Ouest toute ia bourgeoisie de couleur, d'instruire et de discipliner ses masses, et de réunir entre Léogane et Jacmel toutes ses troupes. 4
Le fort de Bellevue était commandé par le eolonel Tessier et par Ré naud Desruisseaux. En attendant de nouvelles instructions de Toussaint, Dessalines se contentait d'en venir quelquefois à des escarmouches. Vers la fin de Septembre, et dans les premiers "ee d'Octobre, il eut sans cesse le dessous dans ces engagemens.
Charles Bélair , colonel de la 7° demi-brigade, commandait. à Milton, un des camps du cordon de l'Ouest. Un officier noir de l'ar mée du Sud, déguisé en cultivateur , se présenta à ce camp , etlui annonça que ses frères fatigués du joug de Rigaud, désiraient lui livrer une forte position qu'ils occupaient à deux lieues dans l'intérieur des terres. Charles Bélair accueillit cet avis avec empressement et suivit le cultivateur, accompagné de quatorze officiers de son corps,’ au travers de petits chemins presque pe ir Ils atteignirent un
ia Renseignemens fournis à un de re amis par M, M rm de Jac-. : mel. À { : : 4 WIR 4
ss
È # HisToiRE p’Hairi.—( 1799 ) 359 “camp bien fortifié dans leqnel l’on ne pouvait entrer qu'à l’aide d'une échelle. Le cultivateur leur dit que ceux qui voulaient se rendre ne s'étaient renfermés dans cette redoute avec leurs femmes et leurs en- . fans qu'afin de pouvoir se défendre contre les attaques des rigaudins. Char les Bélair ordonna à ses’officiers de monter dans le fort. À peine y furent-ils arrivés, qu'à un signal donné, des soldats armés de sabres, se Jevèrent et les firent prisonniers. Charles Bélair n'eut que le temps de se sauver, aprés avoir abattu d'un coup de pistolet un mulâtre qui allait l'arrêter. Les prisonniers furent envoyés à St. Louis du Sud où ils demecureront dans les cachots jusqu'à la fin de la guerre civile. Ce- His une lettre de Dessalines à Christophe , annonce faussement qu'ils urent tons impitoyablement égorgés. « Que ce trait marqué de perfidie, « vous fasse connaître l'ennemi que nous avons à combattre, la scélératesse « des hommes de couleur de la partie du Sud, et ce que nous avons lieu « d'attendre d'eux. Des êtres aussi barbares sont indignes de par- « don; la vengeance nationale doit s'appesantir sur eux, et tous les « bons citoyens doivent se réunir en masse pour Îles mettre hors « d'état d'effectuer leurs projets destrueteurs. Il est bien malheureux « que les hommes de couleur de la partie du Sud ne se comportent pas comme ceux qui composent l'armée dont le commandement € nrést confié, et principalement les braves officiers des sans-culottes, » qui ont su, par leur obéissance, leur bonne conduite et leur cou- « rage, mériter l'estime et la confiance du général en chef, la mienhe et celle de tous les bons citoyens. »
Le Corps des sans-culottes ou la 4* demi-brigade était composé en grande partie de jeunes gens de couleur. Plusieurs écrivains ont faussement avancé que Toussaint n'avait jamais ordonné le massacre d'un grand nombre d'hommes de couleur, el que Dessalines outre passant les instructions qu'il en avait reçues, s'était de son-propre mouvement livré à ces horreurs. L'extrait que nous venons de citer, publié à l'époque dans le bulletin officiel de St. Domingue, prouve as$ez les sympathies de Dessalines pour Îa caste de couleur. Ce général ne laissa jamais lui échapper une occasion de faire l'éloge des wulâtres de son armée.
Dans les premiers jours d'Octobre, l'agent Roume confirma Île général Dessalines dans le commandement en chef de l'armée de FOuest, et le général Moyse dans celui de l'armée du Nord. Les blancs européens de ces deux départemens, qui jusqu'alors, étaient demeurés neutres, furent tout à coup eontraints par Toussaint Louverture de S'armer et de marcher contre le Sud. Ils renforcèrent l'armée sous les ordres de Dessalines de plus de deux mille hommes.
La redoute de Bellevue, qui depuis plusieurs mois arrêtait les masses de Toussaint, n’était armée que d’une pièce de 24 et de deux
pièces de 8. Le 30 vendémiaire (22 Octobre), Dessalines l'attaqua viat : ve
. A OT ui # : ne 860 Re HISTOIRE D'HAÏTI——( 1799, ) goureusement. La garnison, animée par Tessier, répondité énergique:
ment, pendant louie la journée , à une batterie de plusieurs pièces de se qui dominait lefort.. Le lendemain (ter brumaire), Dessalines ordonna à Cotineau, commandant de l’escadre du Nord, de s'approcher de la forufication. , à la portée du canon. L'escadre, après s'être embossée, commença le feu à six heures du matin, pendant que les batteries de terre jouaient avec vigueur . Le colonel Tessier, exhortant ses soldats à ne pas fléchir, fut emporté par un boulet. Le feu ne cessa qu’à midi de part et d'autre. La garnison de huit cents hommes se battit vaillimment ; elle était -assaillie par plus de vingt mille hommes. Une des pièces de 8 du fort Bellevue fut démontée par un boulet de 44. L'escadre fut renforcée par trois canonhières sous les ordres du lieutenant de vaisseau Lacroix. A deux heures de relevée du 23, elle [ecommença son feu contre le fort, et contre les embuscades que les rigaudins avaient établies sur le rivage de la mer. Les batteries de terre tonnèrent aussi de leur côté. Le canon ne cessa de se faire entendre qu'à la fin de la journée. La garnison de Bellevue avait éprouvé de grandes pertes; elle était privée de munitions de: bouche. Il lui était devenu impossible de résister plus long-temps. Dans la nuit du 23 au 24 Octobre, le colonel Renaud Desruisseaux évacua Bellevue, après avoir envoyé au Petit-Goûve les munitions de guerre , et avoir enterré sa plèce de 24 dont il cassa un tourillon. Il se retira au Grand Geâve près de l'adjudant-général Toureau, sans avoir étéinquiété par l'ennemi qui ne s'était pas aperçu de sa retraite. Le 24 au point du jour le chef de bataillon Ferbos annonça.au commandant Rousselot que Bellevue avait été. évacué. Dessalines en, fut aussitôt averti. Il entra dans le fort- et fit brûler tous les cadavres quil y trouva. Il lança en même temps contre l'ennemi deux-cents hommes que le colonel Faubert écrasa près du Grand-Goûve. Faubert évacua la position qu'il occupait à huit heures du matin, passa audacieuse. ment sous les Yeux de l'ennemi, et rentra au Gr and Goûve.
Le lendemain (25 Octobre), Do détacha de son armée ün ba: taillon de la 7.° sous les ordres du commandant Montauban, et lenvoya attaquer une faible position qu'occupaient des cultivateurs , à trois lieues de Bellevue. Le capitaine Marinier , à la tête de 400 hommes, découvrit les rigaudins, à la pointe du jour. Ceuxci en apercevant l'ennemi se replièrent sur le poste Thouin , où ils lattendirent. Mais ils furent culbutés. Montauban prit ensuite possession de ce fort où quelques officiers du Nord avaient été faits prisonniers. Le colonel Charles Bélair se rendit maître de tous les camps établis parallèlement au fort Bellevue, qui formaient le cordon des troupes du Sud. Dessalines fit démolir-et incendier toutes ces fortifications. IL coulia la garde du Su Million aux miicions de Léogane , et réunit à son corps d'armée les 7 ° et 9.7 demi- brisades qu'il avait lancées contre l'arrière garde des
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: HISTOIRE D'HAITI—( 1799 ) | 961 troupes du Sud; pour tenir en échec l'armée de Rigaud retranchée au Grand-Goûve , il fortifia le camp Papeite.
» Dans les départemens du Nord ei de FOuest, les hommes de couleur qui par faveur n avaient pas été égorges et qui avaient été faits prisonniers, étaient livrés aux humiiations les plus ignominieuses el à toutes sortes de mauvais traitemens. On les contraignait à suivre les demi bri: gades, par pelotons , sans chapeaux, nu pieds, en gnenilles, sousle bâton des soldats noirs; ceux qui osulent se plaindre étaient sur le champ fusillés. *. La terreur était si grande que les journaux des ‘départes mens de l'Ouest et du Nord, ne prévoyant pas pour lequel des deux partis se prononcerait la fortune, transerivaient les proclamations de Toussaint et rapportalent les faits sans oser se permettre aucune réflexion. | |
L'Agent Roume fut effrayé des horreurs qui se renouvelaient chaque jour de toutes paris. Il vit que les destinces de la colonie éiaient compromises, et il ordonna au colonel du génie Vincent de s embarquer pour France en le chargeant d'exposer fidélement au Directoire Exécutit l'état de la colonie. Vincent partit, et les passions politiques se développèrent avec une nouvelle fureur. Déjà la révolution du 18 brumaire an VII (9 Novembre 1799) par laquelle Bonaparte se saisit du pouvoir s'était opérée. Le gouvernement des consuls suivra à l'égard de St-Domingue la même politique que le Directoire.
Toussaint n'ayant plus vieu à craindre des Rigaudins du Nord, et certain de conteuir les troupes du Sud dans Îles limites du Grand- Goùve, ordonna à Dessalines de réunir sur un seul point toute son armée qui s'élevait alors à prés de trente mille hommes, et d'aller assiéger Jacmel. Après la chüte de cette ville le département du Sud ne pourra plus offrir une longue résistance. |
Dans les’ livres qui formeront le deuxième volume, nous raconterons le siège de Jacmel, la fin de la guérre civile, l'emibarçuement de Rigaud, le triomphe absolu de l'influence noire, et la domination de Toussaint Louverture sur toute l'ile après la prise de possession de Sto Domingo. Nous verrons la constitution coloniale de 1801 qui fut presque un acte d'indépendance , provoquer l'expédition française de 4802; l'arrivée du générat Leclerc, la guerre de trois mois et enfin la chûte de Toussaint. Aprés ce dernier évènement l'influence française sera rétablie à St Domingue; toutes les populations ne demandant que la paix, se rallieront autour du nouveau gouvernement, heureuses de jouir des droits attachës à la qualité de citoyen français. Mais l'esclavage rétabli dans les colonies fraCaises, en exceptant toutefois
la Guadeloupe et St-Domingue , par la loi du 20 Mai 1802, la tentative
* Dans la sazette officielle de St-Domingue on dit l'ordonnance de Tous: saint, à la fin üe ia guerre civile ; par laquelle ces humiliations et ces Maur vais traitemens cessérenul. | ,
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du rétablissement de l'ancien régime dans notre pays, D les noirs et Îles hoinmes de couleur à s'unir franchement, pour la premire fois, contre Fennemi commun. Ces hommes que Bonaparte voulait replonger dans la servitude ou la dégradation, prendront la dé. iérmination de vaincre où de mourir, terrasseront leurs persécuteur après une lutte sanglante et proclameront l'indépendance d'Haïti. Les hommes de couleur et les noirs comprendront alors qu'ils n'avaient échappé les premiers à l'ancien avilissement, les derniers à la servi iude, que po nr l’union franche et sincère qui avait existé entre eux pendant | la guerre de l'indépendance, Pour effacer le souvenir de leurs rivalités de castes qui avaient fait leur malheur, ïls se confondront, jaunes et noirs, sous di at ination d'Haitiens. Le pays reprendra donc son nom d'Haïti: Hispañola et St Domingue avait gémi sous a servitude; mais Haïti ei fait exterminer à fa fin du XV siècle plutôt que d'accepter le joug Ge l'Etranger. Le pays ayant conquis sa liberté primitive devait re eprendre son ancien nom, qui rappelait un peuple moins boureux , mais non moins héroïque dans sa lutte pour ja liberté.