Antig. jud., XIV, VII
guidait ses coups. Pitholaüs le Juif, un des derniers défenseurs de l’indépendance, fut égorgé, sur l’avis de lIduméen. Celui-ci, par son autorité sur Hyrkanos et par son alliance avec Fo, dont il avait épousé une noble fille, Kypron, s’était rendu indispersable aux Romains. Il les éclairait sur tout et aplanissait Je che- . min sous leurs pas.
Mêlée désormais aux grandes destinées de Rome, la nation juive va ressentir le contre-coup de tous les événentents qui surviendront dans la capitale du monde. Antipater et Hyrkanos s'étaient faits les esclaves de Pompéius et de son lieutenant. Mais, Pompéius renversé, César a pour première pensée de délivrer Aristoboulos II et de le jeter sur la Syrie, où il craignait les partisans de son rival.
On ne sait par quelle main le poison fut versé au roi juif. Le destin s’acharne sur les descendants de Mattathia. Aristoboulos mort, on ensevelit son corps dans le miel, où on le conserva jusqu’à ce qu'Antonius pût l’envoyer en Judée dans le tombeau des rois.
Tragique aussi fut la fin d’Alexander II, fils d’Aristoboulos. Sur une lettre de Pompéius, Scipion, dans la belle Antiokhéia, le fit frapper de la hache. Alors le tétrarque de Khalkis, aux pieds de l’Anti-Libanon, prit avec lui la veuve d’Aristoboulos, et son fils Antigonos, et ses filles.
Philippion, fils du tétrarque Ptolémaios Mennon, chargé de ramener d’Aschqlon les proscrits, tomba éperdument amoureux de l’une des filles d’Aristoboulos, Alexandra. Il la prit pour femme. Voluptueus:, comme toutes les filles de cette race qui célébrait les Adonies, Alexandra, dans les veines de son beau-père, Ptolémaios, alluma un feu terrible. Pour posséder la belle Juive, celui-ci fit assassiner son propre fils.
Désormais, les descendants d’Aristoboulos IT, propres parents du tétrarque, furent rangés sous sa protection.
Après la mort de Pompéius, Antipater se fit le zélé compagnon de la fortune de César. Il se joignit avec
trois mille Iehoudites à Mithridatès de Pergame, l’aida à conquérir Péluze sur les Pompéiens, gagna au parti de César les Juifs d'Egypte, en leur montrant une lettre du grand-cohène Hyrkanos1.
Dansle Delta, Mithridatès, ainsi que toute son armée, ne dut son salut qu’à l’énergie d’Antipater. Apprenant la belle conduite de l’Iduméen, et qu’il avait reçu à son service une blessure, César le créa citoyen romain, et, sur sa demande, confirma Hyrkanos dans le souverain pontificat.
En vain Antigonos lui rappela-t-il ce qu'avait été pour lui son père Aristoboulos, et le coup de hache qui avait tranché la tête de son frère Alexander, ami de César, l’Iduméen, habile et audacieux, était la. César devait-il se laisser gagner par un jeune ambitieux ne rêvant que des nouveautés, et lui sacrifier ceux qui avaient déjà tant souffert pour sa cause? Aristoboulos n’avait-il pas été l’implacable ennemi du nom romain? Son fils Alexander II, décapité, avait subi ce châtiment, non pas parce qu'il était le partisan de César, mais parce que Scipion l'avait surpris en flagrant délit de brigandage.
Le mensonge et la traîtrise, Antipater les maniait en maître consommé, Qui sait s’il n'avait pas payé luimême la main qui mit le poison, à Rome, dans la coupe d’Aristoboulos?
Emerveillé de son éloquence habile et de ses services, César fit d’Antipater un gouverneur de la Judée, en même temps qu’il permettait au débile Hyrkanos de garder le titre de cohène-hagadol. Un sénatus-consulte vint, pour la forme, confirmer toutes ces décisions de César.
Par la menace et par les caresses, Antipater essaya de calmer le patriotisme toujours frémissant des Iehoudites. Il restaura les murailles d’Ierouschalaïm renversées par Pompéius 2.
1, Antig. jud,, XVI, VIL. .
2, Josèphe, Antiquuiés jud., lib. XIV, c. 1x.
Toujours craintif et indolent, Hyrkanos n’opposa aucun obstacle au dessein qu'avait Antipater d'établir sa famille sur la Judée. De la belle montagnarde Kypron, celui-ci avait eu quatre fils : Phasaël, Hérodès, Iosèph, Phéroras, et une fille, Schalomé (la Pacifique).
Son aîné, Phasaël, Antipater le nomma préfet d’Ierouschalaïm et de son territoire.
A Hérodès, âgé seulement de vingt-cinq ans, il confia la Galilée. D’une nature ardente, ce jeune homme trouva bientôt, malgré son âge, l’occasion d’exercer sa vertu. Il tua un chef de bandes, Hisqia, ce qui lui valut l’amitié de la Syrie, dont il délivrait ainsi du pillage les frontières. Son nom fut connu de Sextius César, parent du grand César et procurateur de Syrie,
Emu des exploits de son frère, Phasaël fit tous ses efforts pour ne pas leur être trop inférieur. Il gagna par son habileté l’amitié des gens d’Ierouschalaïm.
Au milieu de ses fils, Antipater était honoré comme un roi, mais sans cesser de couvrir de sa bienveillance le faible Hyrkanos. Il le pressait de faire aux Romains des présents qui semblaient provenir d’Antipater. ,
Cependant, les grands d’Ierouschalaïm, voyant l’Edomite et ses fils croître en puissance en même temps qu’en popularité, manifestèrent de l'inquiétude. Ils apercevaient aussi comme des symptômes fâcheux pour leur avenir l’esprit violent et dominateur d'Hérodès.
Une députation d’entre eux alla trouver Hyrkanos, lui reprocha de ne retenir pour lui que le nom de la royauté, et d’en laisser la réalité à Antipater. Hérodès, lui firent-ils encore remarquer, s'était permis de tuer Hisqia, sans attendre, comme lexigeait la loi juive, la sentence du synhédrion.
Les mères de ceux qu'Hérodès avait massacrés se rendaient chaque jour au temple, et chaque jour suppliaient Hyrkanos de livrer le fils d’Antipater à la justice du haut tribunal.
Le cohène-hagadol se résolut à le faire. Mais, en-
touré d’une armée, couvert par Sextius César, procurateur de Syrie, Hérodès brava la grande assemblée. Elle était muette et perplexe, Un seul de ses membres, Pillustre Schammaï, sombre tempérament, osa se lever contre l'accusé : « Sachez, s’écria-t-il à la fin de son discours, q:il est puissant, [ahvé, et que celui que vous voulez, à cause d’Hyrkanos, absoudre, vous châtiera un jour, Hyrkanos et vous. » L'énergie de Schammaï s'était cominuaniquée à l’assemblée.
Aussi, avant la sentence, Hyrkanos jugea-t-il prudent de faire fuir Hérodès, qui se rendit à Damesseq. Furieux, le fils d’Antipater se disposait se jeter avec des bandes sur Ierouschalaïm ; mais son père et son frère, plus avisés, le ramenèrent à des sentiments plus conformes à ses véritables intérêts.
Dans cet intervalle, César succomba au Sénat ro= main. Alors, passant en Syrie (44), Cassius exigea de la Judée sept cents talents, dont la Galilée devait en fournir cent. Aussitôt Hérodès, désireux d’avoir l’amitié des Romains, envoya sa part du tribut. Mais le reste du pays, appauvri, ne pouvait si vite satisfaire aux exigences de Cassius. Quatre villes, incapables de. payer leur taxe, Gophna, Emmaüs, Lydda, Thimna, furent réduites en servitude.
Irrité contre Malikos, ami d'Hyrkanos, Cassius l’allait mettre à mort, si le grand cohène ne lui eût fait parvenir cent talents par Antipater, qui avait dû lui-même les fournir.
Cependant, Malikos était le mortel ennemi d’Antipater autant que l’ami de Hyrkanos. L’Édomite n avait pas été sans connaître les sentiments de Malikos à son égard; mais celui-ci dissimula si bien sa haine, qu’il amena Antipater à une pleine confiance, dont il profita pour le faire empoisonner par l’échanson de Hyrkanos.
Hérodès et Phasaël songèrent à venger leur père. En vain Ma'ikos nia-t-il être l’auteur de l’empoisonnement, il ne les put tromper. Seulement, Phasaël voulait qu’on s’emparât de lui par ruse ; Hérodès, qu’on
ne ——
lui marchât sus. Le premier parti prévalut. Nommé préfet de Cœlésyrie, Hérodès, malgré toutes ses forces, crut qu’il valait mieux ne pas s’exposer à une guerre civile. Dans leurs crises, les Juifs avaient des soubresauts longs et violents.” Avec une armée cependant, il se dirigea vers Ierouschalaïm. C'était seulement, disait-il, pour y faire ses dévotions : on célébrait la fête de Pâques. Conseillé par Malikos, le grand cohène lui ferma les portes de la ville, sous prétexte qu’on ne pouvait mêler des étrangers à la foule purifiée.
.. Maïs, pendant la nuit, Hérodès pénétra dans Ierouschalaïm, où il put voir les larmes et entendre les sanglots de Malikos sur la fin rapide d’Antipater. Il fit semblant de croire à tant de douleur. En même temps, il écrivait à Cassius pour lui demander ce qu’il devait faire de Malikos. Sur la réponse du Romain, il s’empara de son ennemi et le fit partir pour Zour, où siégeait un tribunal romain, Mais, comme la justice de Rome lui semblait trop lente, il le fit égorger sur la plage,
Quand Hyrkanos apprit ce meurtre, la voix lu manqua. Pour l’apaiser, Hérodès lui fit persuader, par un des tribuns de Zour, que c'était l’ordre de Cassius qui s’était accompli. Alors le faible Hyrkanos changea de ton : il loua l’acte du Romain, qui avait fait disparaître un homme pervers et traître à sa patrie.
Désormais la dynastie nationale des Haschmonides n’est plus rien. C’est la figure farouche et rusée d’Hérodès, l’'Edomite, qui domine le monde juif. Mais, à côté de cette tête étrange et des drames qui vont s’accomplir dans le palais des Hérode, il est curieux d’examiner les idées qui circulent dans la nation juive, et les partis qui la divisent.