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Histoire d'Oliver Cromwell Par J.M. Dargaud

Je ne puis m’arracher à l'Angleterre. Cette île tragique, moins battue des flots de l’Océan que des passions humaines et des tempêtes politiques, a de puissants charmes. Elle m’enserre et me retient dans les cercles magiques de ses drames et dans les brumes sinistres de ses horizons limoneux. Cette terre me réclame, depuis que j’ai enseveli en elle, dans de secondes funérailles, les os de Jane Gréy, de Marie Stuart, d’Élisabeth, de Marie Tudor et de Henri VIII, avec les dépouilles de Raieigh, de Shakespeare et de Bacon. — D’autres figures m'appellent encore : Charles B’’, Milton, Cromwell surtout, oui, Olivier Cromwell, ce fermier anglo-saxon, qui, aux éclairs de sa Bible et de son épée, changea sa gaule de conducteur de bestiaux en un sceptre de pasteur d’hommes. Comment conjurer ces souvenirs merveilleux? Comment se distraire de ce roi, de ce poëte, de ce héros rustique et terrible? En les écrivant sous la dictée de la conscience. Je raconterai donc ces traditions et ces personnages; car, si je ne les retraçais une fois, ils m’obséderaient toujours. Je me servirai de ma plume comme d’un soc, et je labourerai cette argile d’Albion toute pétrie de pleurs; je soulèverai hors des sillons de l’histoire, ainsi que l’agriculteur antique des sillons de son champ, des casques, des armures et de grandes charpentes humaines. Je ferai mieux, si Dieu le permet : j’évoquerai des tombes muettes du temps des âmes sonores, vivantes et formidables,

LIYRE PREMIER

Naissance de Cromwell, 1599. — Sa famille, son enfance, ses origines. — Son mariage, 1620. — Sa vie privée à Hnntingdou, à Saint-Yves. — Sa nomination an parlement, 1628. •— Sa situation en 1640. — Cliarles !"■; — Son mariage. — Buckingham en France. — Arrivée d’Henriette à Donvres. — Rencontre du roi et de la reine. — Voyage à Cantorbéry. — Arrivée à Londres. — Pierre de B:iruUe.

— Instructions de Richelieu à la reine. — Opposition du parlement k Buckingham, 1625. — Couronnement du roi, 1626. — Dissolution du second parlement.

— Emprisonnement de John EUiot, Hampdcn. Thomas Wentworth. — Doctrine de l’arminianisme. — Parlement de 1628. — Pétition des droits. — Lutte de l’impôt. — Remontrance au roi contre Laud et Buckingham. — Troubles k Londres et en province. — Mort de Buckingham. — Ses funérailles.

Olivier Cromwell naquit (1599) à Huntingdon sur l’Ouse, pays crépusculaire et mélancolique, dont j’ai traversé les marécages en allant à Fotheringay, la dernière prison de Marie Stuart. Ce fut sous un ciel gris, au murmure lent des flots vaseux, dans une atmosphère de brouillards, mais parmi les saules argentés et les prairies vertes, que le jeune Olivier vécut ses premières années. Paysage du Nord bien fait pour refouler la pensée du dehors au dedans et pour créer dans l’àme, en pesant sur elle, une concentration de poésie biblique et de sombre fanatisme! Contrée de méditation néanmoins, plutôt que de spleen !

HISTOIRE d’olivier CROMAVELL

^ Par sa mère, Élisabeth Stuart, alliée à la famille royale d’Écosse, Olivier Cromwell confinait de loin à un trône ; par son père, Robert Cromwell, il touchait, quoi qu’en disent les généalojiistes, plus au peuple qu’à l’aristocratie.

Robert Cromwell vécut à Huntingdon avec Élisabeth Stuart et leurs dix enfants, dont Olivier, qui fut depuis lord protecteur, était le cinquième. La dot de sà femme avait augmenté le petit bien de Robert, qui cultivait son domaine avec intelligence et activité. Son aisance se composait de trois produits principaux ; le bétail qu'il engraissait, le blé qu’il vendait, l’orge qu'il brassait avec d’autres ingrédients et dont il composait une bière excellente.

Le frère aîné de Cromwell, qui s’appelait Olivier comme le futur protecteur, possédait le manoir de la famille, le manoir d’Hinchinbrook. C’était un modeste château, avec une terre d’environ mille livres sterling de revenu, qu’Olivier avait hérités de son père Henri Cromwell. Henri Cromwell les avait reçus au.ssi de son père Richard. Lui, Richard Cromwell, avait créé ce fief d’Hinchinbrook d’une abbaye de religieuses confis- ' quée à son profit, et complétée de beaucoup d'autres spoliations.

C’était le plaisir, et ce fut le métier de Richard Cromwell de chasser les moines, de piller et de dévaster les monastères. H est neveu de Thomas Cromwell , le ministre de Henri VIH, en même temps que bisaïeul du futur protecteur de l’Angleterre, lord Olivier Cromwell. Richard fut un terrible instrument de destruction dans la main de Thomas Cromwell, qui, luimême, dans la main de Henri VIH, est l’exterminateur des couvents, maîleus monacliorvm.

Thomas Cromwell est le plus grand ancêtre de celui qui fut lord protecteur d’Angleterre. Quel était-il donc ce Thomas Cromwell que Henri VIH osa faire comte d’Essex, au scandale de toute l’aristocratie des trois royaumes?

J’ai rencontré déjà ce personnage dans mon Histoire de Jane Greÿ, et je l’ai peint.

Il était secrétaire de Wolsev'. Lorsqu’au mois de décembre 1529, un bill d’accusation menaçait la tête du cardinal, son bienfaiteur, Cromwell eut la hardiesse de parler et le bonheur

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