LIVRE SEPTIÈME
Telles sont quelques-unes des correspondances de Cromvrell. soit avec l’Angleterre, soit avec l'Irlande. Ces communications traversaient la terre et la mer pendant que le généralissime de l’armée d’Ecosse, après avoir assuré son triomphe par ses prévoyances, faisait son entrée à Edimbourg. Il s’y établit et l’administra merveilleusement, tout en continuant son duel doctrinal , soit avec les ministres presbytériens , soit avec le gouverneur du château. Le château était pour tous un poste admirable. C’est ici l’occasion de signaler l’étrange méprise d'un écrivain distingué, qui confondait dans une publication récente Holyrood et le château d’Edimbourg. Holyrood est le palais des Stuarts, au bord d'une plaine délicieuse qui confine à la mer, tandis que le château est au sommet de High-Street, la forteresse redoutable de la ville. Les ministres et le gouverneur avec des troupes étaient donc là, sous l'abri du canon. Cromwell, avant de les assiéger en règle-, entama une négociation théologique. Plein de déférence pour les presbytériens, de bons calvinistes, il essaya de les convaincre de la supériorité des indépendants, lesquels revendiquaient, en faveur des laïcs, le droit de choisir une foi et de prêcher, eux aussi , l’évangile. C’est une grande passion et l’un des plus vifs plaisirs de l’esprit que la controverse religieuse pour ceux que préoccupent les choses éternelles. Cromwell se livra à la discussion avec une joie profonde. Il en dégagea la liberté de conscience et la tolérance universelle. C’est par là , on ne saurait trop le redire , que le vainqueur de Dunbar s’attacha Milton et le parti de l’avenir; par là qu’il fut incomparable, par là que l’on pénètre le sens caché, mais glorieusement historique de toute sa vie. Il ne se démentit jamais sur cette question capitale. Aussi le fit-elle le lord protecteur de l’Angleterre, en le faisant le roi des sectes, leur conciliateur, leur providence. Au dix-neuvième siècle, son influence dure encore. En 1650, à Édimbourg], il faut l’entendre. Parlerait-on mieux aujourd’hui?
•< Etes-vous mécontents, écrivait-il aux ministres retranchés dans le château , êtes-vous mécontents de ce que l’on prêche le nom de Jésus- Christ? La prédication vous paraît-elle exclusivement attachée au sanctuaire? Notre liberté scandalise-
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
t-elle vos églises ? Est-elle contraire à la loi ? Anathème à la loi, s'il en est ainsi !... Ce serait une jalousie injuste et déraisonnable de refuser à quelqu’un l’exercice d’un droit naturel, sous prétexte que l’abus de ce droit est possible... Lorsqu’un homme s’exprime follement, sou£Frez-le parce que vous êtes sages. S’il se trompe, reprenez -le, fermez-lui la bouche par des paroles judicieuses, irréfutables. S’il blasphème et trouble la tranquillité publique, lai.ssez aux magistrats civils la tâche de le punir. S’il dit vrai, réjouissez- vous de la vérité! »
Trois mois après ce beau siège théologique , le 24 décembre 1650, le château capitula. Le gouverneur fut accusé de s’être rendu aux guinées de Cromwell, plus qu’à ses arguments. Du milieu de son tourbillon de diplomatie et de guerre, Cromwell songeait au Cockpit; il songeait à tous les siens. Il s’entretenait affectueusement et pieusement avec sa femme.
« Ëdimbonrg, 3 mai 1651.
« Ma bien-aimée,
« Je n’ai pu me décider à laisser partir ce courrier sans en profiter, quoique j’aie peu de chose à dire; mais, en vérité, j’aime à écrire à celle qui est au fond de mon cœur. Je me réjouis d’apprendie que son âme prospère : que le Seigneur augmente de plus en plus ses faveurs envers toi ! Le grand bien que ton âme puisse désirer, c’est que le Seigneur jette sur toi la lumière de sa face, ce qui vaut mieux que la vie. Que le Seigneur bénisse tous tes bons conseils et ton bon exemple donné à ceux qui t’environnent; qu’il entende toutes tes prières et qu’il te soit toujours propice !
« Je suis bien aise d’apprendre que ton fils et ta fille (Richard et Dorothée) sont auprès de toi. J’espère que tu trouveras quelque occasion de donner de bons conseils à lui. Présente mon respecté ma mère, et mes amitiés à toute la famille. Prie toujours pour ton
<• Olivier Crouwkll. ■