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et des adresses de félicitation, parties de tous les comtés d’Angleterre, de toutes les villes d’Irlande et d’Ecosse, encombré- • rent White-Hall.
Ainsi Cromwell, le représentant de l’armée, de conseil eu conseil d’officiers avait usurpé le pouvoir suprême. Son fauteuil de lord protecteur était un trône. Comment il y était parvenu, je l’ai raconté. Son chemin fut signalé par une suite mémorable de victoires, de violences et de ruses, par son coup d’État contre le long parlement et par son guet-apens contre le parlement Barebone. Ce dernier acte fut tellement ménagé, si diplomatique et si habile, que le protecteur, né de la force et de la fourberie, sembla presque l’élu providentiel d’un suffrage légitime. Le droit était dans le long parlement : Cromwel l'avait pris à la façon des brigands, et il l’avait communiqué tout souillé au parlement Barebone, qu’il avait créé exprès pour le lui rendre purifié. Il avait essayé de le consacrer encore, ce droit, par l’intervention des autorités municipales. Ce n’était toujours pas le droit, mais c’était une comédie du droit que Cromwell, par une alchimie savante, s’efforcait de transformer de plomb en or. Son espérance était de se faire sanctionner par un vrai parlement. Toutes ses pensées se concentrèrent sur ce but.
La famille était son seul repos. Entre la guerre d’Irlande et la guerre d’Écosse, il s’était installé au Cockpit; après Worcester à White-Hall; après la chute des deux parlements, il s’était familiarisé avec toutes les résidences de la couronne. Le soldat du Dieu vivant, comme il se désignait, plus grand par le génie que les princes par la naissance, s’établit peu à peu sans scrupule dans les châteaux d’Elisabeth et de Charles I", où il n'avait fait jusque-là que des séjour.s passagers.
Au milieu de ces splendides résidences, Cromwell conserva une certaine bonhomie et ne perdit pas ses tendresses. Il aimait tous les siens, mais il avait trois préférences de cœur irrésistibles : sa vieille mère, une femme biblique, vénérable par son austérité mêlée d’une sensibilité inquiète; sa fille Claypole, mobile d'imagination, et d’autant plus touchante à Cromwell,
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qu’elle était comme sa néophyte et son élève en théologie. La troisième personne très-chère à Cromwell était sa petite-fille, connue depuis sous le nom de mistriss Bridget Bendysh. Cette enfant d’Ireton avait un tempérament , un esprit, qui rappelaient Cromwell, comme ses traits et sa physionomie rappelaient les traits et la physionomie du protecteur. Dissimulée, sincère , diplomate , imprudente , capricieuse , éloquente , appuyant ses fantaisies sur des versets sacrés, tellement liguée avec Dieu, qu’ils ne faisaient plus qu’un , elle réussissait dans tout ce qu'elle entreprenait. Elle était résolue, quelquefois intraitable, toujours respectueuse et douce pourtant avec son grand-père, qu’elle admirait passionnément. Cromwell l’adorait. Il se plaisait à la tenir sur ses genoux, et il la gardait de cette façon contre sa poitrine pendant de longues conférences. « Ne craignez rien, disait-il à ses interlocuteurs souvent indécis à cause de la présence de cet enfant, ne craignez rien. Je réponds d’elle autant que de moi. Je lui ai confié des secrets, et j'ai prié soit sa mère, soit sa grand’mère de les lui dérober par des caresses ou de les lui arracher par des châtiments, Rien n’y a fait. La petite est une Romaine, ou plutôt c’est une Judith, une fille de ma droite. Elle sera la femme forte de l’Ecriture et la bénédiction de ma vie. » Et il n’exagérait pas. Quand il avait été enfant avec Bridget quelques minutes, il était plus homme le reste du jour avec Thurloe et il dirigeait plus facilement les affaires du monde.
Dans le premier mois du parlement Barehone, il y avait eu un combat de mer admirable non loin du Texel. La flotte anglaise, commandée par Blake et Monk, avait bloqué le golfe de Zuyderzée. Van Tromp en sortit au bout de sept semaines employées à réparer les navires hollandais. Le 30 juillet, il attaqua les Anglais. La nuit sépara les combattants. Le lendemain, Tromp, réuni à de Witt, fit un eflfort suprême. Il avait pris des dispositions qu’il croyait infaillibles. Il donnait ses ordres sur le tillac, le parcourant l’épée nue à la main, en grand uniforme, animant tous les siens, soldats et officiers, bravant la mitraille, défiant Blake et Monk. C’est au milieu de cette inspiration navale et dans l’élan d’une grande âme servie par le
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génie le plus prompt, le plus instinctif, que Tromp fut atteint (l’une balle au cœur. Il tomba roide sur le pont. Les Hollandais, atterrés, se dispersèrent. Leur retraite eût été une fuite sans les mano'uvres de leur vice-amiral, qui continua de faire son devoir malgré la fortune. Les Anglais coulèrent vingt na- . vires, et ils envoyèrent beaucoup de prisonniers i Londres. Monk, qui était un bon général, fut un bon marin ce jour-là, un marin digne de Blake lui-mème. Il s’illustra et illustra l’Angleterre, qu’il devait trahir plus tard. Les pertes des vainqueurs furent considérables. Ils eurent un grand nombre de blessés et huit de leurs plus braves capitaines tués : Chapman, Owen, Newman, Cox, Crisp, Peacock, Graves et Taylor.
Le parlement, de l’aveu de Cromwell, donna à Blake et à Monk deux chaînes d’or de la valeur de trois cents livres sterling chacune.
Van Tromp avait assisté à cinquante-quatre combats sur l’océan. Il était, par ses qualités d’initiative, l’idole de tous les marins du globe. Il savait tout de son métier sans avoir jamais eu de maîtres. C’était un homme spontané qui devinait toujours et qui n’était, en aucune occasion, ni embarrassé ni surpris. Il estimait peu d’hommes, mais de tous Blake était celui qu’il estimait le plus. •< C’est le démon de l’algèbre, » disait-il de Blake, tout comme Condé aurait pu le dire de Turenne. Blake rendait à Tromp admiration pour admiration ; il y mêlait même une affection très-rare dans un ennemi et dans un émule de gloire. Rien ne m’a plus touché que de les entendre, un soir, au bord de la Tamise, de la bouche d’un vieux amiral en cheveux blancs. Le vétéran nous disait : « Blake n’était pas une femme, je vous en réponds; c’était un homme terrible qui a fait de l’Angleterre en quelques années une nation nouvelle, et par qui cette nation en un clin d’œil a grandi de vingt coudées dans le sang. Eh bien ! lorsque Blake apprit la mort de Tromp, il le pleura si amèrement, que la douleur lui <3ta la conscience de lui-même et qu’jl laissa flotter les rênes du commandement durant plusieurs heures. » Larmes sublimes d’un héros sur un héros, et qui les honorent l’un et l’autre.
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Tel est encore le souvenir que les plus rudes marins gardent üi 131ake. « 11 fut bon toujours, me disait un autre officier de mer, mais il ne fut faible que deux fois : pour sa mère et pour Tromp; sans cela, on n’aurait jamais su qu’il eût de l’eau salée dans les yeux. «