LIVRE TROIBIÈMB
n'était ni loyal, ni juste, ni généreux. C’était la personne la plus entêtée qui fût jamais, et comme il avait la résolution d’être souverain absolu, il prétendait le devenir ou cesser de régner. » Quiconque saura le fond de l’Angleterre au dix-septième siècle ne démentira pas madame Hutcbinsou. Sa sévérité sur Charles I®' n’est que de l’équité. Cette femme supérieure, si exacte dans son éloquence persuasive et dans sa grâce puritaine, a été une Clio incorruptible. Sou arrêt est l’arrêt même de l'histoire. Elle, ennemie, elle a buriné une sentence que les amis ont presque tous crayonnée avec des circonlocutions et des ambages d’église ou de cour.
Charles, dont l’idée fixe était le droit divin, avait sans cesse levé des taxes illégales, s’était joué des chambres et ne se comprenait que comme un roi sans contrôle. 11 avait soulevé l’orage populaire ; il l'avait attisé, tourmenté, par des provocations, des déceptions, des parjures, des dissolutions de chambres. En 1642, cet orage ne murmurait plus, il rugissait, et plu-s il rencontrait d'obstacles, plus il déracinait de traditions. Il y avait enfin un parlement sérieux, qui avait obtenu de la faiblesse du roi une permanence ; il discuta d'abord, puis il accepta la guerre.
Les nobles, leurs vassaux et la haute bourgeoisie se groupèrent autour du roi, beaucoup plus certainement par fidélité de race que par conviction. Us formèrent le parti des cavaliers. La petite bourgeoisie des villes et des campagnes, les tenanciers et les marchands composèrent , sous le nom de IHes rondes, le parti du peuple et de Dieu. C'est de cette couche intermédiaire que sortit la première armée du parlement. Elle se compta à Northampton comme l’armée royale à York.
Charles n’avait que six mille hommes, Essex en avait seize mille. Cette disproportion était de mauvais augure pour le roi. Il se détourna de l’ennemi et marcha sur les frontières du })ays de Galles. Il séjourna à Shrewsbury, où il battit monnaie et où son armée s’accrut peu à peu jusqu’à dix-huit mille hommes. Le comte de Lyndsey la commandait.
Les deux armées à peu près égales partirent l’une de Shrwesbury, l’autre de Northampton, et se joignirent dans le comté
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
de Warwick, à Keynton, entre Stratford, le village natal de Shakespeare, et Banbury.
Le 23 octobre 1642, Essex était campé à Keynton avec douze régiments d’infanterie et quarante escadrons de cavalerie, — en tout dix mille hommes. Il avait dispersé trois régiments à Worcester, à Coventry et à Banbury, pour la sûreté des places et pour la sécurité de ses opérations ultérieures. Il attendait deux régiments, dont les colonels, Hampden et Grantham, devaient lui amener un surcroît d’artillerie de huit canons. Tout à coup Essex fut en éveil. Ses coureurs lui annoncèrent que le roi occupait une colline voisine, la colline de Edge-Hill, avec quatorze mille fantassins et quatre mille chevaux. Le lord général se mit aussitôt en bataille dans la plaine, en face de la colline. Il plaça trois régiments de cavalerie à l’aile droite, ving escadrons à l’aile gauche, à l’avant-garde la brigade de sir John Meldrum, à l’arrière-garde son propre régiment, celui de lord Brook. Il massa au centre l’infanterie sous ses ordres immédiats.
L’armée du roi descendit la colline. Le centre était conduit par le comte de Lyndsey, l’aile gauche par lord Wilraot, l’aile droite par le prince Rupert, qui arrivait d’Allemagne avec son frère Maurice. Il y avait deux réserves sous lord Byron et sous lord Bigby. La cavalerie du prince Rupert, et même celle de lord Wilmot, accélérée par les réserves, qui s’ébranlèrent à l’élan du prince, enfoncèrent les deux ailes de l’armée parlementaire et les poursuivirent dans leur fuite. Le prince Rupert fut aussi épique et ne fut pas plus stratégiste qu’un Niebelung du Necker. Au centre la mêlée fut plus savante. Le comte de Lyndsey avait électrisé son infanterie. Il avait fait tout haut cette prière : - Seigneur, si je t’ai oublié autrefois, ne m’oublie pas aujourd’hui, » et il avait ajouté : « En avant, mes compagnons ! " Malgré ces paroles, appuyées par le plus magnanime exemple, Essex l’emporta. Son infanterie défit successivement l’infanterie de Lyndsey. Les deux généraux en chef avaient été frères d’armes au delà des mers. Ils se connaissaient. Ils furent dignes de leur renommée et de leur estime mutuelle. L’un et l’autre, une pique à la main, donnèrent des ordres en capitaines