‹ Histoire d'Oliver Cromwell Par J.M. DargaudChapitre 39 sur 177 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

fat vigoureusement lancée par son rapitaine, sir Philippe Stapleton. On remarquait dans cette garde du lord général plusieurs noms, qui plus tard devinrent célèbres, tels que Ludlow, Fiennes, Flutwood, Harrisson et Tornlinson.

Ce fut le colonel Middleton qui arracha aux mains sanglantes de Varney, mort, l’étendard royal. Il le remit au comte d’Essex, qui le confia à M. Chambers, l'un de ses secrétaires. Le capitaine Smith s'étant ceint d’une écharpe orange, couleur des armoiries d’Essex, déroba l’étendard et le porta au roi à fond de train. Charles P'' remercia le capitaine en le faisant chevalier.

Les pertes du roi furent plus considérables que celles des patriotes. Le comte de Lindsey, son général en chef, le colonel Monroy et le colonel Lunsford périrent glorieusement. Lord WUlougbby, fils du comte de Lindsey, fut fait prisonnier. Du côté des parlementaires expirèrent aussi lord Saint-John, de la maison de Bolingbroke, le colonel Essex et le lieutenant-cocolonel Ramsej". Ces trois héros eurent comme une allégresse du trépas en songeant au drapeau pour lequel ils mouraient.

Le comte d’Essex était vengé de la cour qu’il détestait. Le roi se retirait devant lui. L'épée que son père, le favori d’Élisabeth, avait tirée dans une sédition de palais pour une ambition personnelle, lui l’agitait dans une révolution pour les droits de l’Angleterre. 11 souhaitait d’accomplir par des succès éclatants une conciliation entre le roi et la nation. C'était un noble but.

Essex coucha sur le champ de bataille. Mais s’il sut vaincre, il ne sut pas profiter de la victoire. Bien loin de poursuivre l’ennemi, comme le lai conseillaient Hollis et Hampden, qui avaient avec eux quatre mille hommes frais, il marcha sur Warwick. Ce fut une faute; car le roi s’avança sans obstacle jusqu’à Banbury, s’empara de la ville, môme du château, et fit chanter un Te Derm à Oxford comme le parlement en faisait chanter an à Londres. Charles n’eût pas osé donner le change à l'opinion si le comte d’Essex l'eût chassé devant lui. Il le pouvait. Sou excuse est dans l'organisation de son armée, qui avait besoin d'ètre recrutée et exercée sans cesse.

HISTOrRE D OLIVIER CROMWELL

La bataille avait été terrible. Elle dura depuis deux heures de l’après-midi jusqu’à cinq heures du soir. Six mille hommes périrent et furent enterrés dans cette plaine de Keynton.

Des survivants, beaucoup étaient blessés ; tous étaient exténués de fatigue, de faim ou de froid. Edmond Ludlow lui-même, un démon de jeunesse, de patriotisme et de guerre, était aux abois. Il avait l’estomac vide. Il s’était battu comme un lion, et la sueur ruisselait de son visage. Ne trouvant pas son domestique, auquel il avait remis son manteau, il se promena toute la nuit pour se réchauffer. Le lendemain, il eut beaucoup de peine à manger, et ses mâchoires, engourdies par un long jeûne, autant que par un froid aigu, avaient perdu presque toute énergie, presque tout mouvement.

Essex, après un court repos à Warvvick, se replia sur Lon-, dres. Le roi prit la direction d’Oxford et s’avança jusqu’à Brentford, tout en assurant une députation du parlement de ses désirs pacifiques. Malgré cette déclaration, il attaqua inopinément le régiment de Hollis, afin de traverser Brentford et d’enlever l’artillerie du lord général à Harnmersraith. Ce régiment de Hollis, déjà écharpé à Edge-Hill, aurait été exterminé complètement à Brentford, sans les régiments du colonel Hampden et du lord Brook qui le soutinrent. Ils arrêtèrent avec une poignée de braves tout l’effort de l’armée royale. On entendait de Londres la canonnade.

Le comte d’Essex, qui siégeait à Westminster sur son fauteuil de législateur, le quitta brusquement pour la selle de son cheval. Il réunit en quelques heures toute son armée et se porta sur Brentford. Les milices de Londres le suivaient sous les ordres du major général Skippon, qui courait de compagnie en compagnie de volontaires et qui disait : •• Allons, mes enfants, mes braves enfants, prions de bon cœur et battons-nous de bon cœur. Je serai avec vous. Souvenez-vous bien que c’est ici la cause de Dieu et qu’il s’agit de défendre vos femmes, vos filles et vous-mêmes. Allons, mes braves enfants, prions de bon cœur et battons-nous de bon cœur, et Dieu nous bénira! » Le 14 novembre, à Brentford, le comte d’Essex, qui avait vingt mille hommes pleins d’enthousiasme, aurait peut-être pu écra-

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