LIVRE CINQUIÈME
Dëroat« du roi. — Défaite de Montrose à Philiphaup. Retraite du roi à Oxford.
— Sa fuite en Ëcosse à Newark (mai 1646). — Sa retraite à Newcastle. — Le roi livré parles Écossais (16 janvier 1647). — Sa captivité au château de Holmsby.
— Ireton, gendre de Cromwell. — Prise de Ilolmsby par Joyce. — Eulêveineiit du roi. — Ses marches, les stations. — Mécontentement de l’armée. — Sa marche sur Londres. — Terreur du parlement (26 juillet 1647). — Chute du parti presbytérien. — Mort d’Essex (14 septembre 1647). — Translation du roi à Hampton- Court. -yTactique de Cromwell.# — Harrison. — Fuite du roi à Elle de Whigt (13 novembre 16*17). — Son emprisonnement au château de Carisbroot. — Le roi traite avec les Écossais. — Il reconnaît le presbytérianisme. — Convention. — II rejette les bills du parlement. — Leikoit Basiliki. — Insurrection. — Seconde guerre civile. — Siège de Pembroke par Cromwell. — Prise de Maidstone par Fairfax. — Expédition do lord Lolland (juillet 1618).
Cependant Charles I®*" avait été traqué de château en château, de ville en ville, jusqu'à Newark. Il vit successivement toutes ses espérances trompées. La reddition trop prompte pour la renommée du prince Rupert de la place de Bristol (11 septembre 1645) et la défaite de Montrose par Lesley à Philiphaugh, près de Selkirk (23 septembre), achevèrent les catastrophes du roi des armées. Le roi des peuples n’était plus depuis longtemps. L’infortuné Charles était au bord d’une phase nouvelle qu’avait ensanglantée sa grand’mère Marie Stuart, et, pour lui comme pour elle, les palais allaient devenir des prisons. Peut-être même son oreiller se changerait-il en un billot. La rébellion domestique se joignait déjà à toutes les rébellions, et mettait le comble aux afflictions du monarque errant. Les princes Rupert et Maurice, ses neveux, ses offi- * . ciers intimes, jaloux de lord Digby, troublèrent cruellement le .
HISTOIUE D OI.IVIKR CROMWELL
dernier sdjour du roi • à ÎSewark. Ils forcèrent sa chambre (octobre 1015), l’accusèrent de les sacrifier tolÉ au favori Digby, et prodiguèrent à leur maître fugitif les plus durs reproches. Charles entra dans une colère royale. Il expulsa du geste et de la voix ces .séditieux du foyer, leur rendant la liberté et les autorisant à demander au parlement des passeports. Lui-même n’avait pas à temporiser. 11 c’avait qu’un instant et il le saisit pour se glisser de Newark à Oxford par le château de Belvoir, à travers les escadrons ennemis qui parcouraient la campagne (novembre 10-15).
Jusqu’à la bataille de Philiphaugh, Charles avait rêvé sa restauration par Montrose. Malgré la dernière déroute de ce général, le roi lui rendait justice, et l’iiistoire la lui doit aussi. Montrose était un Graham. D’abord éloigné de Charles I®'' par la malveillance du duc de Hamilton, il se fit covenantaire. Mais sou instinct était royaliste, et il finit par se dévouer aux Stuarts. Cet ennemi de Hamilton et d’Argill, avec un corps de onze cents Irlandais que lui avait fourni le marquis d’Antrim et avec un nombre triple de montagnards écossais, remporta successivement les victoires de Perth , d’Aberdeen et ' d’Innerlochy. Il battit Raillie et Urrey. Excommunié par l’Eglise pre.sbytérienne, proscrit par le parlement d’Ecosse, il s’attacha d’un effort d’autant j)lus héroïque à Charles P®, jusqu’à ce que ce prince, après s’être remis entre les mains des Écossais, lui eût ordonné de déposer les armes. Montrose obéit en réservant l’avenir. 11 était très-versé dans les lettres. Il avait beaucoup voyagé en Europe. Son intelligence était lumineuse, son imagination vive. Sou esprit devenait du génie, dès qu’il l’appliquait à la guerre.
Il n’en était pas de même du roi, qui était resté médiocre au milieu des épreuves. Durant ces longues années de guerre civile, le roi n’avait pas grandi dans l’opinion. Les historiettes des cavaliers ne suffisent pas à la postérité pour en faire un Henri IV. H dina quelquefois moins bien que d’habitude. H fit de temps en temps de longues courses à cheval. Il soupa tantôt , dans une hutte, et tantôt il coucha sous la tente dans une bruyère. Mais presque toujours il logeait dans un palais