LIVRE SIXIÈME
Prise de Pembroke par Cromwell. — Bataille de Preston (20 août 1648). Cromwell à Edimbnrg. — Reddition de Colehester. ~ Pression de l*armée sur le parlement. — Coup d^Etat de rarmée contre les prei-bytériens. — Retour de Cromwell (7 décembre). Translation de Charles I** au château de Hurat, à Windsor, à Saint- James, à WUte-Hall (janvier 1649). ^ Son procès, sa mort.
Au moment d’affronter cet orage avec une énergie surhumaine, Cromwell ne cessait pas d'ètre diplomate jusqu'à la fourberie la plus raffinée. •• Lorsqu'il partit de Londres, dit mistriss Hutchinson (Mèm., t. II, p. 157-161), les principaià^ chefs des niveleurs l’accompagnèrent jusque hors de la ville, pour prendre congé de lui; il leur fit une fort belle profession de foi et les assura qu’il était bien déterminé à rechercher tontes les choses justes et honnêtes qu’ils désiraient euxmêmes si vivement, de sorte qu’ils rentrèrent fort satisfaits des bonnes paroles qu'ils venaient de recevoir. Mais bientôt ils apprirent qu’une voiture remplie de prêtres presbytériens qui les suivait, avait ramené ceux-ci non moins contents de leur entrevue ; par où il fut évident qae Cromwell avait dissimulé avec les uns aussi bien qu’avec les autres, et cette conduite ébranla son crédit auprès de tous.
•> Quand il arriva à Nottingham, le colonel Hutchinson alla lui rendre visite. Cromwell l'accueillit en l'embrassant et en lui prodiguant tons les témo’ignages de tendresse d’un ami qui retrouve on ami... Le colonel lui dit que ce serait une tache éternelle à sa gloire qu’il devint l’esclave de sa propre ambi-
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HISTOIRE d’olivier CROMWELL
tion, et se rendit coupable de ce que le monde n’avait que de trop justes motifs de redouter de sa part... Cromwell lui fit alors les plus solennelles protestations d’afifeqtion et de sincérité, mais il est certain que les paroles du colonel et sa conduite toujours franche et loyale le lui avaient rendu redoutable et qu'il mit sans cesse un soin extrême à le tenir éloigné de l’armée. »
Cromwell cependant, soupçonné des presbytériens, des républicains, des indépendants, des niveleurs, de tout le parti national, redevint devant Pembroke l’homme nécessaire de la révolution. Il est magnifique à ce moment. L’ambition et la piété se mêlent en lui. La patrie lui parle au dedans. Il est fertile en ressources, inaccessible aux terreurs, aux présages; il se montre tour à tour patient et rapide, prudent et audacieux, plus avisé que les circonspects, plus hardi que les téméraires. Ses bulletins le racontent. Ils sont tantôt comme les pulsations héroïques et précipitées de son cœur, tantôt comme les battements réguliers et lumineux de son cerveau. Cet homme est calme dans un tourbillon. Écoutons ce grand politique et ce ■ grand capitaine qui se possède si bien dans le feu de l’action.
« A Vhonorahlt William LentKall, écuyer.
t Dcrant Pembroke, 14 juin 1648.
. Les assiégés commencent à être dans un besoin extrême de vivres, tellement qu’ils ne peuvent passer quinze jours sans avoir un famine complète. Nous apprenons qu’il y a environ trois jours iis se sont mutinés et qu’ils ont crié : « Faut-il que <• nous périssions pour le plaisir de quelques hommes? Il vau- « drait mieux les jeter par dessus les murailles. » On nous donne comme certain que dans quatre on six jours ils couperont la gorge à Foyer et passeront tous de notre côté...
•• Nous nous réjouissons beaucoup de ce que le Seigneur a fait pour vous dans la province de Kent. » (Allusion aux succès