‹ Histoire d'Olivier Cromwell (volume 2)Chapitre 13 sur 56 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

buvait trop, et ses affabilités étaient parfois équivoques. Il avait de la naïveté et de la corruption, de la pédanterie et de l'abandonnement. Faible sur ses jambes grêles, il s'appuyait pour ne pas tomber; soit à un meiible, soit à un arbre, soit à la première personne qui se présentait. Ce qui le rendait comique d'aspect, c'est que, d'une taille moyenne, l'amplitude de ses habits augmentait outre mesure son embonpoint. Il avait une mode à lui. Le plus peureux des hommes et des princes, le roi de la peur, il portait un pourpoint matelassé à l'épreuve du poignard. Et ce pourpoint, il le déboutonnait comme sa conversation, plein de réserve en théorie, sans souci du décorum dans sa vie facile. Charles P^ eut de la morgue par contraste, et cette morgue, malgré la beauté du prince, fut blessante. Telle était par moments sa gaucherie , qu'en voulant obliger il désobligeait. Il n'avait pas plus l'insinuation électrique de Marie Stuart, que sa jeune femme, la reine Henriette, n'avait l'habileté sérieuse de Jeanne d'Albret , Marie Stuart et Jeanne d'Albret pourtant leurs deux grand'mères.

A cette époque, Charles ne s'inquiétait pas de continuer le règne maritime de son père ; car tandis que Jacques méditait sur l'oraison dominicale et commentait l'Apocalypse, l'Angleterre, dont il ne s'occupait seulement pas, s'était agrandie par des expéditions en Asie et par des colonies dans l'Amérique septentrionale. Charles ne se souciait pas de ces progrès magnifiques. Il ne songeait qu'à fonder et à concentrer plus énergiquement dans la royauté le pouvoir suprême, en même temps qu'il avait résolu de recouvrer sur la maison d'Autriche le Palatinat de son beau-frère l'électeur Frédéric V, roi de Bohême. Ce double plan était contradictoire. Comment auraitil réussi? Vouloir reconquérir le Palatinat, c'était vouloir la guerre ; or pour la guerre, il fallait de l'argent, et pour trouver de l'argent, il fallait le vote des communes et des lords. Telle était la logique d'un esprit futile comme Buckingham et d'un esprit court comme Charles P^ de viser à l'impossible.

Le roi, tout entier à son favori, négligeait jusqu'à la jeune reine. Elle en était naïvement surprise et haïssait Buckingham. Charles, lui, assemblait parlement sur parlement et en pronon-

«ait inévitablemeot la dissolatioji, dès que les parlements touchaient au favori, et ils y touchaient tous. Ils Taccusèrent sans relâche de 1625 à 1628. Le comte de Bristol en parlait la rougeur au front dans la chambre des lords. Il Taccusait d'avoir scandalisé TEspagne par le cjnisme de ses immoralités, par Tâudace de ses débauches. Sir Dudlej Diggs et plusieurs aatres membres des communes accumulèrent sur lui les délits et les crimes. Il avait usurpé le monopole des emplois les plus considérables; il avait pillé à son proât le trésor^ comblé ses parents, ses créatures au détriment de la nation ; il avait ruiné le commerce, volé la compagnie des Indes orientales, vendu les charges publiques, trafiqué de son crédit, attenté même à la vie du feu roi, son bienfaiteur, en lui administrant une potion suspecte sans Tordonnance des médecins. « C'est un Séjan, s'écria sir John Elliot (8 mai 1626), le mal des maux est en lui et sur lui le remède ! »

Voilà ce qujB le comte de Bristol, d'une part, et d'une autre part, sir Dudley Diggs et sir John Elliot articulèrent devant les lords contre le duc de Bockingham. C'étaient là quelques-unes des plaintes qui grondaient sourdement, lorsqualles n'éclataient pas contre Buckingham. Elles avaient des rejaillissements qui montaient jusqu'au roi et qai le rendaient fou de colère. 41ors il dissolvait ou prorogeait ses parlements. Mais comment s'en passer? Il envoyait en prison les adversaires et les ennemis. Sir Dudley Diggs et sir John Elliot étaient jetés dans des cachots, les comtes de Bristol et d'Arundel étaient écroués à la Tour« Charles^ qui n'avait pas de subsides et qui avait une guerre à mener contre la maison d'Autriche, un peuple à gouverner, des maisons à entretenir, d'innombrables dépenses k supporter, était conduit à des actes d'une vraie tyrannie. Il taxait les approvisionnements «de la cour, et tout était acheté pour elle à un prix fixé arbitrairement. Il condamnait à des emprunts forcés que chacun était obligé de payer illégalemient. Il percevait, sans l'autorisation des chambres, les droits de tonnage et de fiondagê, qui étaient le meilleur du budget, car ils s'étendaient aux exportations et aux importations dans tout le royaume. Charles abordait cet élément de ropinion,fii fertile en

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naufrageSp avec la témérité de rignoraBca, comme un pilote inexpérimenté aborde la mer.

Au miUea de ces orages politiqaes, il avait des troubles domestiques. Le même bomme qui le séparait de la nation rélûdgnait de la reine. Pour que Buckingbam fût le maître dans rÉtat et dans le palais, il était nécessaire que Cbarles fût en hostilité avec TAngleterre et avec Henriette de France. Le favori divisait pour régner.

Cbarles, couronné à Westminster, le 2 février 1626, avait dissous son second parlement le 15 juin. Le mois d*août ne s'écoula pas sans qu'il eût cbassé les serviteurs français de la reine. Ce fut une exécution. Tandis que le roi entraînait Henriette au cbâteau de Nonsucb, le .secrétaine d'État Conway payait les gages des cbapelains, des officiers et des domestiques non anglais de la reine. Cette petite suite était dirigée militairement sur Somerset-House, puis sur la France. Plus enfiévr-é que Buckingbam, Cbarles écrivait A ce favori : « Délivrez-moi de ces étrangers, forcez-les, poussez-les comme des botes sauvages, et que le diable les accompagne. » Ce qui acheva de révolter la reine, c'est qu'on lui nomma trois cbapelains inconnus et six dames insulaires, dont quatre étaient scbismatiques.

Heureusement Bassompierre arriva comme ambassadeur à Londres. Il mit de l'buile dans sa diplomatie. Cbarles I^ tromr vait sa femme inconvenante, remuante et séditieuse ; Henriette trouvait -son mari pesant, despote, taciturne, à mille lieues des a^éments du Louvre et de la gaieté française. Bassompierre ne prit pas de parti exclusif. Il calma le roi par des arguments d'bomme d'esprit et par des fiatteries d'bomme de cour; il adoucit la reine» avec l'approbation du roi, par l'organisation autour d'elle d'un groupe nouveau où il entrait une minorité française, un évéque, deux confesseurs et dix prêtres. Cette petite-fille de Jeanne d'Albret ne se contentant pas de la chapelle qu'elle avait à Saint-James, on promit de lui en bâtir une à Somerset-House.

La concorde fut ainsi rétablie entre les deux époux; mais la lutte continua entre le roi et son peuple, entre les gouvernements de la France et de i'Ai^eterre. Ce qu'il j a de certain.

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c'est que Buckingham était Tinstigateur de ces dissensions, soit intimes, soit nationales, soit étrangères. Le roi subissait aveuglément la fascination du fayori et lui sacrifiait tout sans effort : femme, nation, considération européenne.

Après la dissolution du parlement de 1626, qui succomba comme les autres pour avoir flétri Buckingham et qui s'était retiré sans voter de budget, sir John EUiot, Hampden et sir Thomas Wentworth furent emprisonnés pour s'être refusés au prêt forcé. Cette noble opposition éclaira chacun de ces hommes d'une auréole.

Hampden, cousin d'Olivier Cromwell, se servit de sa popularité pour faire nommer ce jeune puritain des marais d'Ely au parlement de 1628. Cromwell, à ce moment, marchait avec l'opinion publique, il ne la précédait pas. Il avait applaudi le roi comme tout le monde, lorsque le roi, après bien des hésitations et dans l'intérêt de Buckingham menacé, donna son assentiment à la péûition des droits. Par cet assentiment, le roi semblait consacrer la liberté personnelle, Ykabeas corpus; il semblait renoncer aux prêts forcés et aux taxes illégales. Ce n'était malheureusement pas son dernier mot. Quand il comprit que le parlement ne retranchait pas un des coups destinés à Buckingham, il se démentit, mais vainement. Le peuple anglais s'attacha si bien à la pétition des droits, il la serra si fortement dans sa main vigoureuse, qu'aucun monarque ne put l'arracher. Cette pétition était de papier, l'amour d'une grande nation la fit de métal. C'est sous cette forme qu'elle subsiste encore aujourd'hui.

Olivier Cromwell s'intéressait à ces questions sans aucun doute, mais les questions religieuses le saisissaient tout autrement. L'arminianisme épouvantait alors l'imagination de l'Angleterre, et Cromwell le redoutait comme un fléau.

Qu'était-ce donc que l'arminianisme, dont on a tant parlé pour l'obscurcir et qu'il est indispensable pour l'intelligence de cette histoire de dévoiler un peu? L'arminianisme ne fut d'abord qu'une doctrine théologique. Son fondateur, Jacques Arminius, était un simple ministre de l'Évangile à Amsterdam. Il mourut en 1609. Il n'entendait pas la prédestination à la manière de

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