‹ Histoire d'Olivier Cromwell (volume 2)Chapitre 31 sur 56 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

à sa conscience politique, et son devoir envers an sujet à son devoir envers sa dynastie. Ils lui conseillèrent tous, excepté révoque de Londres, Juxon, de confirmer le bill du parlement et d'envoyer StraflFord au bourreau. La reine Henriette, une Eve homicide, se joignit aux interprètes de la loi et de la religion. Jusque sur Toreiller des insomnies de Charles, elle le supplia, au nom de leurs enfants, de sacrifier le comte de Strafford. Un assentiment apaiserait tout; une obstination provoquerait des tumultes où elle-même serait engloutie avec le trône, Le 10 mai au soir, Charles résistait encore; il ne résista pas longtemps. Il fléchit, se redressa^ fléchit de nouveau, se rétracta plusieurs fois, pleura et finit par signer le bill fatal. Cela fait, Charles dépêcha son secrétaire Carleton pour informer Strafibrd des raisons qui avaient déterminé, lui, le roi : la principale, c'était le consentement du comte lui-même. Strafibrd, comme étonné, demanda au secrétaire si réellement le roi l'avait chargé de lui parler ainsi. « Oui, » répondit Carleton. Alors, malgré sa résignation, le comte eut un jnurmure contre cette indignité. Il se leva de la chaise de sa prison, parcourut à pas convulsifs sa sombre cellule, et, la main isur son cœur, il s'écria dans l'amertume : Nolite confidere inprincipibus etjîliis Aominum, quia non est salus in illis. Ne mettez point votre confiance dans les princes, ni dans les enfants des hommes, car le salut n'est pas en eux ! *»

Cependant, après une nuit sans sommeil, le roi, qui avait scellé le bill de san approbation le 10 mai, envoya le 11 un message aux lords afin de solliciter du parlement une commutation de la peine de mort en une détention perpétuelle. Le porteur de ce message était le prince de Galles. Il avait la séduction de la naissance, de la jeunesse et de la grâce; mais tous ces avantages et le désespoir du roi furent comptés pour rien. La cour, travaillée par la reine, était aussi indifférente ou hostile, que les chambres et le peuple, remués par Pym, étaient implacables. Un sursis de trois jours, le sursis jusqu'au samedi, fut même refusé.

Le comte de Strafford, qui, depuis la signature du roi, n'avait

plus d'espérance, était prêt Iç matin du 12 mai, lorsque Usher, archevêque d'Armagh et primat d'Irlande l'instruisît de la part du roi que toutes les demandes qu'il avait faites pour son fils et pour ses amis lui étaient accordées. Le roi avait dit au primat : « Assurez le comte que s'il ne se fût agi que de ma vie, jamais je n'aurais signé le bill. »» Strafford avait à peine reçu ces confidences, que le lieutenant de la tour vint lui annoncer que c'était l'heure. Le comte, s'adressant au primat, dit : «Partons. « n s'était habillé lentement et avec soin; la décence du costume était relevée par la majesté simple et naturelle du comte. Il avait retrempé sa force d'àme dans deux autres forces, le sommeil et la prière. N'ayant pu s'entretenir avec Laud, il avait été convenu entre eux, par l'intervention dlJsher, que Laud, renfermé aussi à la Tour, bénirait Strafibrd à son passage. Une foule de cent mille personnes avait envahi les cours de la citadelle et les abords de Tower-Hill, le lieu de l'exécution, lieu barbare qui avait tellement bu le sang que le sang y coulait dans les filons dfe la terre, comme il coule dans les veines de l'homme. Le comte de Strafford désira se rendre à pied de sa cellule à la colline tragique. Il s'avança gravement, tout vêtu de noir et ganté de blanc, à travers la multitude ennemie qui contenait sa colère, mais dont la physionomie était menaçante. Strafford regardait à droite et à gauche avec sérénité, consolait le comte de Cleveland, le primat d'Irlande, et son frère, et ses serviteurs, qui lui servaient de cortège. Par instants, il dirigeait de loin ses yeux vers une petite fenêtre grillée de fer du donjon que l'archevêque Laud occupait. Lorsqu'il fut près de ce donjon et sous cette fenêtre, le comte s'arrêta. Les gardes et le lieutenant de la Tour s'arrêtèrent aussi, attentifs et respectueux comme si Strafford eût été encore le grand ministre d'autrefois. Lui, tout absorbé dans une espérance religieuse, contemplait deux mains tremblantes et 'amaigries que Laud lui tendait par des barreaux de fer. Tout à coup, s'agenouillant, il dit de sa voix sonore : <« Votre bénédiction, monseigneur! » Les deux mains s'agitèrent, puis disparurent aussitôt. Laud, qui n'était pas seulement un prélat, mais un ami, avait été suffoqué par son émotion, et il était tombé évanoui sur les dalles

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