LIVRE TROISIÈME
nisés par Strafford seraient congédiés. Après quoi, le parlement voulut une garde. Charles espérait la délivrance du dehors. Il fit un voyage en Ecosse (août-novembre 1641), afin de soulever par toutes les faveurs ce pays contre le parlement d'Angleterre.
« Le roi, la reine, leurs partisans, dit un écrivain distingué (1«' février 1862, Itevue des Deux Mondes, p. 568-569), étaient exaspérés contre Pym. Plusieurs tentatives contre sa vie eurent lieu précisément à cette époque. La peste régnait à Londres. On lui remit en plein parlement un pli cacheté, renfermant, avec une lettre injurieuse, un lambeau d'étofife qui avait servi au pansement d'un pestiféré. Un homme, dont la tournure et le costume étaient à peu près ceux du redoutable tribun, fut poignardé dans le vestibule de la salle des séances. Par un stratagème plus odieux encore, quoique moins tragique, la reine essaya d'atteindre mortellement dans son honneur celui dont la vie échappait aux maladroits sicaires de la monarchie. Il existe des lettres d'elle où elle avait glissé à dessein les insinuations les plus compromettantes sur les prétendues relations établies entre elle et le « roi " des communes. Dans un de ces venimeux paragraphes , elle allait jusqu'à mentionner le chifire d'une somme promise à Pym et « dont, disait-elle, il attendait le payement avec impatience, n (Y. les lettres de la reine dans M. Forster, the Oreat Remonstrance.) « Étonnonsnous maintenant, ajoute l'écrivain, des colères et des haines qu'inspirait cette princesse au parti populaire anglais. »
Pendant son séjour en Ecosse, Charles P' apprit l'insurrection d'Irlande. Si l'on en croit uneMconfidence du comte d'Essex à Burnet, le roi fut étranger à cette insurrection. La reine, au contraire, aurait été dans cette intrigue formidable qui fit couler des torrents de sang et dont les Irlandais attendaient deux avantages principaux : la conquête de leur gouvernement national et la liberté de leur religion, la religion catholique. Ils comptaient s'acquitter de la reconnaissance que leur inspirait le concours de la reine, en afiranchissant Wbite-Hall de Westminster. Tel était le plan primitif, que des passions sauvages dépassèrent par l'accumulation des hécatombes et des massacres. Les prêtres étaient considérés par les Irtandais
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comme des anges, mais c^étaient des anges exterminateurs. (Voir VHùtùire de mon temps^ t. IV, p. 85.) Dans une semaine, près de cent nille personnes, hommes, femmes, en£ants, forent massacrées. (Philippe de Warwick, Mém.y p. 167.)
Le parlement regardait au loin comme auprès. H avait des espions en Ecosse autour du roi, et s'empara de la direction des affaires d'Irlande. C'était la guerre civile avec tontes ses barbaries. La chambre des communes la soutint vivement, écarta le roi qui aurait pu abuser contre la liberté intérieure d'une armée victorieuse, trouva des hommes et de l'argent pour cette expédition terrible, en payant très-cher les volontaires et les créanciers avec les biens confisqués sur les rebelles. Cela enlevé, le parlement réclama une garde pour la sécurité de ses délibérations. Le roi ne se refusait pas à lui en donner une de sa main, mais le parlement voulait la choisir lui-même. Du reste, les chambres empiétaient sans cesse'. Elles blâmèrent la destitution de Balfohr, ce gouverneur intègre de la Tour de Londres qui avait empêché la fuite du comte de Strafford. Ni Lunsford, ni sir John Conjers, les successeurs de Balfour dans ce commandement, ne convinrent au parlement qui le confirma au lord maire.
Ulcéré de plus en plus contre les chambres, le roi, qui fat bien reçu de Londres, changea de ton avec le parlement, comme s'il eût rapporté contre lui d'Edimbourg des armes cachées. Montrose, une sorte de boacanier, avant d'être un héros, lui en avait fourni en effet. Il lui avait remis Içs docaments d'une entente certaine entre le comte d'Ai^yle, le marquis de Hamilton et les chefs de l'opposition en Angleterre. Le roi réserva ces renseignements pour accabler ses ennemis dans les deux chambres,
Montrose avait proposé à Charles, comme mesure politique, l'assassinat d'Argyle et de Hamilton. Pour plus de célérité et de secret, il se chargerait, disait-il, de la besogne. Le roi repoussa vivement ce double crime, et se borna au projet d'une arrestation. Argyle et Hamilton doTaient être sai^s par Crawford et par Cochrane au moment oi ils se rendraient à la cour ; ils devaient être tués, s'ils résistaient, sinon entraînés vers la