LIVRE QUATRIÈME
inexprimable. Dès qu^il fut fini, les communes s^assemblèrent, et Pym leur révéla toute la conjuration. Un comité de poursuites fut à l'instant nommé. Waller et Tomkins furent arrêtés avec une demi-douzaine de complices. Une cour martiale les condamna sans délai à mort. Deux seulement, Challoner et Tomkins, subirent leur sentence.
Waller, le chef du complot, dénonça ses amis, témoigna son repentir, s'humilia devant le comité des communes, se prosterna sous l'éloquence et sous la doctrine des ministres puritains, supplia Pym et se sauva par tant de bassesses. Il était fort riche. La peine capitale fut commuée pour lui en une amende de ^ix mille livres sterling. Il en fut donc quitte pour un peu d'or et pour beaucoup de honte. Il passa sur le continent, se fixa d'abord à Rouen, puis à Paris, où il connut Saint- Evremond. Cromwell continua d'aller voir la mère de Waller. Elle, qui était bonne royaliste, l'accablait de reproches, et Cromwel prenait de là occasion de terminer plus vite le repas. Il jetait sa serviette au visage de mis triss Waller, et il ajoutait* en badinant, que le respect ne lui permettait pas de disputer avec sa tante. Le poëte sut profiter do cette familiarité et de cette parenté pour faire cesser son. exil. Il vécut très-vieux, après Cromwell qu'il chanta, après Charles II qu'il flatta, méprisé de chacun jusqu'à sa mort et recherché de tous.
Telle fut la singulière destinée de Waller. C'était un de ces fats de la métaphysique et de la théologie qui, n'ayant pas la foi dans la p|nsée, n'ont pas le Qourage dans l'action, et qui roulent des tâtonnements de l'intelligence jusqu'au fond des abjections de la peur. Nul homme ne fut plus indéchiffrable que Waller. On ne pouvait ni l'estimer ni s'empêcher de l'admirer, et, tout en détestant son caractère, on aimait son intimité. Sa conversation était incomparable, soit dans la gaieté, soit dans la profondeur. Ses discours parlementaires étaient des chefs-d'œuvre d'inspiration, d'esprit, de science même, où l'éclair toujours, souvent le rayon, traversaient les ténèbres des questions les plus difficiles et les illuminaient. Moins étonnant comme poëte, il était là encore d'une distinction rare. Seulement, ce n'était pas un poëte de la famille du Dante, grand
dans la fiction et. dans la réalité, un héros de la patrie autant que des muses ; non, c'était un poëte de la famille de Lucain, un héros dans Tidéal, un lâche dans la vie. Tacite aurait pu dire de lui ainsi que de l'auteur de la Pharsale : « Promissa impunit ate corruptus, non omittelat passim conscios edere. Corrompu par la promesse de l'impunité, il dénonçait complice sur complice. » Waller; comme Lucain, dénonça ses amis les plus intimes. Il n'atteignit pas néanmoins à l'infamie dénaturée du poëte latin; il ne fut pas le délateur de sa propre mère.
Pour Pym et pour son parti, une excellente conséquence de la conjuration de Waller fut un rajeunissement d'enthousiasme dans la guerre civile. Il y eut un redoublement de furie patriotique et militaire par tout le royaume. Ici les puritains étaient victimes, là les cavaliers.
Un trépas à jamais regrettable fut celui de Sidney Godolphin. C'était un cadet devenu millionnaire. Il était d'une taille lilliputienne. Lord Falklandl'en chérissait davantage, disait-il. en plaisantant, car sans lui, ajoutait-il, il eût été le plus petit des royalistes. Sidney Godolphin avait toutes les puissances du sentiment et de l'imagination, toutes les impuissances d'une santé frêle et débile." La moindre humidité, le moindre froid l'incommodaient. Il vivait solitaire à la campagne dans l'étude de l'antiquité et dans des précautions infinies. Son manoir était un gymnase et une T^oîte de coton. Telle était cependant en .lui la prédominance de l'àme que, s'étant fait volontaire des Stuarts, il renonça à toutes ses habitudes de mollesse et se montra un aventurier intrépide. Il brava la pluie, la gelée, coucha sur la terre, dormit sous le ciel au bivac, enveloppé de son manteau pour toute couverture. Il tomba d'une balle dans la poitrine, au milieu d'un hameau du Devonshire, au premier rarig des plus braves parmi les cavaliers. Ce fut une grande perte pour son parti.
Les puritains s'en réjouirent. Ils gagnaient peu à peu de la popularité sur les presbytériens. Le comte d'Essex leur paraissant trop temporisateur, ils lui opposèrent sir William Waller. Ce général réussit d'abord. Il triompha brillamment à