LIVRE PREMIER
Aussi le génie de cette maison des Stuarts est un génie fatal. Même lorsque Jacques eut hérité du trône d'Elisabeth et du trône de Marie Stuart, quoique protestant, il ne fut pas sage. Les folies du droit divin le possédèrent. Il le« rendit savantes afin de leur donner plus de poids. Son fils Charles P^, un protestant aussi, ne renonça pas au droit divin; seulement il le fit chevaleresque. Van Dyck marquera dans une toile immortelle la noblesse suprême de ce roi gentilhomme, mais le peuple anglais s'exaspérera contre ce théoricien du pouvoir absolu. Il le combattra de la parole, de l'arquebuse et de la hache.
Remonter des effets aux causes, c'est faire la lumière en histoire aussi bien qu'en métaphysique.
Le droit divin, le grand principe des Stuarts, fut un ciel orageux d'où la foudre extermina cette dynastie. Marie Stuart croysrft au droit divin et mourut en l'invoquant; Charles I®^ eut le même principe et la même destinée que sa belle et pathétique aïeule.
Entre la grand'mère et le petit-fils, Jacques P"^ soutint aussi le droit divin. Il le prêcha et le professa avec un sérieux grotesque. Ce pédant couronné fit du droit divin sa thèse de prédilection. Cette thèse stupide, tolérée par Bacon, applaudie par Buckingham, fut adoptée par Charles P^
Charles P'', pour son malheur, eut plus qu'aucun de sa race le fanatisme du droit divin. Les parlements étaient, selon lui,, en dehors de ce droit. Ils n'avaient à ses yeux qu'une fonction, celle de lui fournir de l'argent. Dès qu'ils lui refusaient de l'argent, iis^ devenaient rebelles. Et voilà ce qui devait le perdre à la longue, car les conflits avec les parlements étaient inévitables, et il ne sut pas comprendre que ces représentants du droit divin des peuples le briseraient dans un choc formidable, en même temps que le droit divin et suranné des rois. .
Une dictature permanente et sacrée, telle avait été, nous le répétons, la doctrine de Jacques P^ d'Angleterre : ce roi mort (1625), ce ne fut pas moins la doctrine de Charles P^. Buckingham, le favori du fils comme du père, les fortifia l'un après Tautre dans leur préjugé d'orgueil contre les parlements, dont dont il était l'ennemi naturel en sa qualité de voleur public. .
18 HI.STOIRE d'olivier CROMWELL
Pea de semaines arant d*expirer, Jacques ayait enrojê à Pari5 une ambassade afin d^ négocier on mariage entre le prince de Galles et la princesse Henriette, sceor de Louis Xm, fflte de Henri lY et de Ifarie de Médicis. Le 1^ mai, ses noces arec le prince de Galles, devenu le roi Charles I*', furent célébrées par procuration à Notre-Dame de Paris. Une grande pompe fut déployée en cette cérémonie. Le duc de Buckingham, qui vint quelques jours après, éclipsa tout luxe officiel. Il étonna par ses prodigalités. Il jetait à pleines mains les gninées. Il voulait plaire à la reine Anne d'Autriche, femme de Louis Xni, et il j réussit. II plut moins à Louis Xm, qui se montra jaloux, tandis que le cardinal de Richelieu écrasa le présomptueux insulaire d'un mépris d'autant plus lourd qu'il tombait de très-haut , — des lèvres d'un homme de génie sur les broderies d'un fat.
La connétable de Luynes , qui n'avait pas perdu de temps, s'était remariée en 1622 avec le duc de Chevreuse. Ce fut ce due qui reçut dans son hôtel Buckingham , et qui logea une suite anglaise de sept cents personnes. La duchesse de Chevreuse, maltresse de lord HoUand, un protégé de Buckingham, entoura de ravissements l'hôte nouveau et traita son second mari comme le premier. Elle était fetcîle aux entraînements, toujours prête à se jeter, à travers une intrigue amoureuse, dans l'intrigue politique dont elle brouillait étourdira ent les cartes, selon ses goûts et sous les auspices de ses amants..
Son début en amants , si Ton ne compte pas le duc de Chevreuse, son second mari , avait été ce beau et efféminé comte de Holland qui, à la fin de 1624, demanda la main de la princesse Henriette, sœur de Louis XTII, pour le prince de Galles, depuis Charles I*'. Lorsqu en 1625, Buckingham vint chercher la princesse, au nom de son maître, madame de Chevreuse, la surintendante et la corruptrice d'Anne d'Autriche, aima pour elle-même le favori de Whitehall, si Ton en croît Retz, qui se connaissait à cela mieux qu'aucun philosophe du dix-neuvième siècle. Impudique et entremetteuse à la fois, la belle duchesse essaya d'ouvrir à Buckingham les bras d'Anne d^Autriche.
Ce favori de deux rois frappa vivement Hmagination de la