‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 40 sur 217 · LI\TIE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LI\TIE TROISIÈME

rade, et gardés sur une frégate du roi. Avertis par le colonel Hurry, — Argyle et Hamilton ne sortirent pas le soir indiqué pour le guet-apens, et se retirèrent le lendemain à Kinneil, où ils étaient en sûreté. Le roi désavoua les ordres qu’on lui imputait, et les deux lords furent rappelés sur leurs sièges.

Tel est Yincideiit, c’est le nom de cet événement fortuit, qui porta au comble l’animosité du parlement d’Angleterre contre le roi, et du roi contre ce parlement séditieux. Charles connaissait par Montrose les relations des presbytériens de Londres avec les presbytériens d'Edimbourg. Au lieu de jeter un voile sur sa tyrannie ancienne et sur la mort récente de Strafford, au lieu de sauver peut-être la monarchie en choisissant ses ministres dans l’opposition, au lieu de ménager du moins, s’il ne les employait pas, le vieux Pym et son génie calculateur, l’irrésistible Hampden, d’une prudences! amlacieuse, l’entreprenant Denzil Hollis et le séduisant lord Kimbolton, qu’allait faire le roi? Rendre, par ses attaques, tous ces chefs plus irréconciliables. Le roi avait tout pardonné au delà de

Berwick, il avait créé Argyle marquis et Hamilton duc, il avait »

comblé les Ecossais pour s’en aider à l’heure de la 'lutte. Il se disposa par une stratégie contraire, aussi imprévoyante qu'inopportune, à écraser sous les preuves de leur trahison les tacticiens éprouvés des deux chambres qui avaient pour eux la force des forces : l’opinion publique. Le roi le prit donc de haut avec le parlement. Il lui tint des discours sévères. Il s’entoura d’aventuriers, de jeunes nobles exaltés qui tenaient les propos les plus étranges et qui étaient prêts à tout. Le colonel Lunsford était le lieutenant de cet escadron doré dont lord Digby, un réactionnaire violent depuis le procès de Strafford, était comme le capitaine. Toute cette organisation militaire s’agitait dans l’ombre de White-Hall. Mais la provocation, pour être secrète, n’en était pas moins irritante. Elle accroissait le désir du parlement d’avoir à lui aussi un noyau de troupes. En attendant, il ne fléchissait pas devant les rodomontades de la cour. Le roi tenta un acte imprudent. Désirant frapper le parlement dans ses chefs, il ordonna à sir Edward Herbert, procureur général et membre des communes, d’accuser de haute trahison

HISTOIRE d’olivier • CROMWELL

cinq de ses collègues, MM. John Pym, John Hampden, Denzil Hollis, William Strode et sir Arthur Hallerigh. Un membre de la chambre des pairs, lord Kimbolton, fut enveloppé dans la même procédure. Le procureur général les déclara conspirateurs. N’essayaient-ils pas chaque jour d'attribuer aux sujets la dictature, n’embauchaient-ils pas les troupes de Sa Majesté, n’envahissaient-ils pas le gouvernement, n’en modifiaient-ils pas la forme par leurs intrigues au grand détriment de l’Angleterre, du roi et même du parlement? Les communes prirent les accusés sous leur protection et envoyèrent en prison le procureur général.

Charles résolut de se faire justice lui-même. Escorté de sa garde àe pensionnaires, à laquelle s’étaient joints plus de deux cents des aventuriers de White Hall, il se rendit bruyamment à Westminster. Il entra néanmoins à la chambre des communes avec un seul homme, qui était le prince Charles, son neveu, l’aîné des trois fils de l’électeur palatin Frédéric V. Le roi considéra d’abord avec attention la place de M. Pym, à la droite de la barre de la chambre; cette place était vide. Il se dirigea ensuite vers le fauteuil de l’orateur, et s’y assit. Il parcourut d’un regard scrutateur et rapide toute l’étendue de la salle, mais ne reconnaissant pas les députés conspirateurs, il s’écria : « Les oiseaux se sont envolés. »» Se tournant alors vers Lenthall dont il occupait le siège ; « — Monsieur l’orateur, dit-il, voudriez-vous m’indiquer où sont les représentants Pym, Hollis, Hampden, Hallerigh, Strode, et même lord Kimbolton?

— Sire, répondit Lenthall avec une fermeté respectueuse, ici je n’ai des yeux, des oreilles, une bouche qu’à une condition, c’est que cette assemblée me permette de voir, d’entendre, de parler. «

— « C’est bien, « reprit le roi impatiemment. Puis, s’adressant à la chambre, il dit qu’en venant au milieu d’elle il n’avait pas voulu faire violence mais justice, qu’il respectait ses privilèges, qu’il souhaitait seulement une chose du parlement, c’est qu’il lui enverrait les cinq députés séditieux, qu’ autrement il saurait bien les trouver. Se levant ensuite de son fauteuil, le roi sortit de l’assemblée émue avec le prince palatin. Plus la colère des communes avait été muette et comprimée, plus elle

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