LIVRE TROISIÈME
avec beaucoup de chaleur ce qu’ils avaient dit ; les témoins et autres personnes eng^ôes dans le débat, étant rustres et grossiers, interrompaient avec clameurs l’avocat et les témoins de la partie adverse, lorsqu’on disait quelque chose qui ne leur convenait pas, de sorte que moi, dont c’était le devoir de maintenir, dans l’ordre les personnes de tous rangs, j’étais obligé d’adresser de vifs reproches et de faire des menaces pour que l'affaire pût être entendue tranquillement. Cromwell me reprocha avec beaucoup de véhémence d’user de partialité et d’intimider les témoins. J’en appelai au comité, qui m’approuva, et déclara que j’agissais comme je devais le faire; cela enflamma encore Cromwell, déjà trop irrité.
« Quand lord Mande ville voulait être entendu sur quelque point de fait ou de formalité ou sur le moment de la clôture, et qu'il racontait avec beaucoup de modération ce qui avait été fait, ou expliquait ce qui avait été dit, Cromwell répliquait avec tant d’indécence et se servait d'un langage si insultant, que tout le monde reconnaissait que leurs natures et leurs manières étaient aussi opposées que leurs intérêts. A la fln, les procédés de M. Cromwell furent si durs et sa conduite si insolente, que je me vis obligé de le reprendre, et de lui dire que s'il se comportait de cette sorte j’ajournerais immédiatement le comité, et porterais plainte à la chambre le lendemain. Cromwell ne me pardonna jamais. »
M. Hyde ne fut pas moins inexorable que Cromwell; il le fût peut-être plus. Tous deux étaient de ces caractères entiers chez qui la haine ne s’efface pas. Cromwell la comprimait davantage, il la subordonnait à ses desseins. Son suprême bon sens dominait déjà ses âpres instincts de sectaire. Violent avec les pui'i tains, il était logique avec Saint-John, enthousiaste avec Hampden ; il s’assouplissait dans des conversations avec lord Falkland, qui lui plaisait et auquel il plaisait par suite, peutêtre, de cette admiration que lord Clarendon reproche à son ami pour les grands talents même pervers. Cromwell,, que lord Falkland devinait déjà, eut peu d’assiduité avec Pym, un tacticien comme lui cependant. Il avait une antipathie contre Denzil Hollis, qui la lui rendit au centuple.
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
Tel était Cromwell au commencement de la guerre. Hostile aux anglicans, il attisait les presbytériens, et il ménageait les puritains pour l’avenir. 11 prévoyait un grand rôle. Il n’aurait jamais été le premier par le parlement; il lui fallait l’armée. Aussi avec quelle ardeur, en 1642, au mois de février il leva une compagnie, et, au mois de juillet un régiment de cavalerie! A cette seconde date, qui est l’aurore de sa fortune, Cromwell était colonel.
Rien n’est plus intéressant que de le voir à l’œuvre. Il quitta les souliers rustiques des marécages pour chausser les bottes aux longs éperons, l’habit provincial dont s’est moqué sir Philippe Warwick pour endosser la cuirasse de fer, pour ceindre la grande épée de combat, le baudrier et l’écharpe. Il remplaçait de temps en temps le chapeau par le casque. Il n’était plus un patriote parlementaire, mais équestre. Il équipait ses soldats et ses officiers. Il les mettait à de rudes épreuves, renvoyait les lâches, les faibles, et ne gardait que les braves des braves. Ceux-là il les honorait de son estime. Il les prêchait et le résumé de tous ses sermons était : « Ne buvez jamais, ne jurez, ne blasphémez jamais ; chantez intérieurement les psaumes et faites-vous tuer comme il convient à des saints. Heureux ceux qui meurent pour le Seigneur. »* C’est ainsi que, leur parlant et les exerçant, il ébaucha dans sa compagnie et dans son régiment l’idéal de la future armée révolutionnaire.
Cromwell payait de sa bourse et de sa personne. Il donna huit cents livres sterling pour l’organisation des milices du royaume, bien qu’il s’occupât spécialement des comtés de Lincoln, d’Essex, de Cambridge de Hertz et de Norfolk. Il visitait les centres royalistes, les châteaux des nobles, les presbytères des ministres suspects. Il recommandait la patrie, les Écritures, s’emparait des vivres et des armes. Il suscitait la révolution partout, intimidant les royalistes, protégeant, enflammant les puritains. Il interceptait avec une vigilance infatigable les migrations des gentilshommes qui s'efforçaient de rejoindre le drapeau des Stuarts. Ces migrations se dirigeaient du Midi, sur lequel dominaient les chambres, vers le Nord, où le roi prévalait. L’une des tâches que s’était imposées Cromwell était de tro-