‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 51 sur 217 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Winchester, à Chichester, i\ Malmesbury, à Hersford. Les têtes rondes le nommèrent Guillaume le Conquérant. Malheureusement il fut battu à Bath par le prince Maurice, le frère du prince Rupert (3 juillet), et à Devizes par lord Wilmot (13 juillet). Pym alors eut recours à la générosité du comte d*Essex, qui de nouveau, et d’un magnanime élan, se dévoua à la cause parlementaire.

Cette cause était en péril. Les avantages ne se balançaient pas dans les deux camps. Les royalistes semblaient près de l’emporter. Seulement l’héroïsme était sous toutes les bannières.

Lord Brooke, général pour le parlement, tomba au siège de Lichtfield d’une balle dans la tempe. Il ne se releva pas. Sa dernière prière avait été celle-ci : « Seigneur, si la querelle que je défends n’est pas équitable, je vous demande une mort prompte. »• Il fut exaucé, selon les cavaliers, qui interprétèrent ce hasard comme un jugement de Dieu.

Le comte de Northampton, un rival de lord Brooke, un autre très-grand seigneur, ^ quelques jours et à quelques lieues de h\, fut tué d’un coup de hallebarde. Il avait dit le matin même à ses fils et à ses amis qui lui reprochaient ses témérités : « Je ne trouverai jamais une aussi noble occasion de mourir que dans ces guerres. »»

Hampden, lui, était dans l’Oxfordsliire. Plusieurs fois il avait proposé de marcher sur la capitale de ce comté où le roi s’était fortifié. Le lord général ajournait toujours cette expédition. Hampden s’était avancé jnsqu’ù Chalgrave-field pendant que le prince Rupert, qui avait battu deux régiments du comte d’Essex il Vycomb, oj)érait sa retraite sur Oxford. Le grand citoyen et le prince se rencontrèrent et se chargèrent avec impétuosité dans le champ de Chalgrave. Hampden fut blessé mortellement à l’épaule d’un coup de feu (18 juin lOlSi.

Les cavaliers avaient bien reconnu le régiment de Hampden, mais ils ignoraient la présence du colonel. Aussi la nouvelle de sa blessure ne se répandit qu’indirectement à Oxford. Ce fut le docteur Gilles, ministre’ presbytérien, ami et voisin de Hampden, qui, abordant fortuitement dans une rue .sir Philippe de Warwick, lui annonça le tragique événement. Aussitôt le cour-

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tisan mena le théologien au roi. « Le roi, dit Warwick, pria le docteur d’envoyer un messager chercher des nouvelles fraîches du blessé. Je vis que Sa Majesté aurait désiré lui dépêcher un de ses chirurgiens s’il en avait manqué, pensant qu’il était de son intérêt de gagner l’affection du colonel, ce qui eût été un excellent moyen pour entrer en accommodement avec les chambres. » Le docteur obéit au roi ; mais lorsque son messager arriva au lit où l’on avait transporté Hampden, le grand patriote expirait.

Hampden était avec Pym le plus grand chef de la révolution. Il avait quarante-sept ans. Sa maturité était virile. Jeune encore, l’inspiration animait en lui et fécondait l’expérience. Ce n’était pas la Bible qu’il portait toujours avec lui comme la plupart de ses contemporains. Son livre , c’était l’histoire de Davila, de cet Italien d’origine espagnole qui a raconté les luttes religieuses de la France. Homme de guerre civile, Hampden ne se séparait pas d’un récit de guerre civile. Il s’y instruisait dans une austère et profonde méditation. Hampden était le plus doux parmi les plus forts. Il était aussi hardi que circonspect. Dans les extrémités suprêmes, il conservait son calme. C’était un soldat déterminé, un citoyen sublime, un orateur accompli, le plus beau et le plus insinuant des hommes. Ce n’est pas pour rien, ni pour peu, que sa mémoire est encore sacrée à l’Angleterre. Il est du petit nombre de ceux dont le nom fait battre le cœur. Il avait vécu le plus éloquent, le plus adroit, le plus ferme des patriotes; il en mourut le plus pur. Très-riche, très-puissant, très-populaire, jusqu’où aurait-il suivi la révolution ? Probablement jusqu’à la république. Il est permis de penser que Cromwell eût trouvé en lui un adversaire formidable. Mais je ne saurais aller aussi loin queSheridan. Quelqu’un lui disant: « Hampden aimait trop Cromwell pour lui résister efficacement, »» Sheridan répliqua : « S’il eût duré davantage , Hampden eût aimé Cromwell comme Brutus aima César. »* Je né puis voir dans cette réponse qu’un trait d’esprit. Hampden, tel que nous le connaissons, aurait combattu Cromwell de la parole et de l’épée , jamais du poignard.

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