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Ce fui le développement lent el sûr d’un siège méthodique. L’artillerie française a tiré de 15 à 10000 coups de canon; l’artillerie romaine trois fois autant. On peut juger du nombre de projectiles dont les tranchées étaient assaillies : aussi, les cheminements de jour étaient presque impossibles. Le feu cessait vers dix heures, le soir, et on en profitait pour cheminer à la sape volante.
La tranchée fut ouverte le 4 juin; le 9, elle avait un développement de 1-200 mètres. Les travaux exigèrent vingt-six nuits de tranchée, sur lesquelles le 52e en passa dix. Il prit part aux deux assauts du 21 et du 50 juin.
La journée ou la nuit de travail était payée Ofr. 25 aux soldats, 0 fr. 50 aux caporaux, et 0 fr. 40 aux sergents. Cette indemnité était destinée à améliorer la nourriture, et à compenser l’usure plus grande des effets d’habillement.
Le service était pris de quatre heures du matin à quatre heures du soir, et de quatre heures du soir à quatre heures du matin. Il comprenait les travailleurs et la garde de tranchée. Chaque travailleur, en capote, le fusil en bandoulière, recevait au dépôt de tranchée : une pioche et une pelle. On ne saurait trop insister, dit le colonel Niel, sur les précautions à prendre pour mettre de l’ordre dans ces nombreuses réunions d’hommes, chargés de rôles différents, et ayant à opérer, la nuit, sur un terrain qu’ils ne connaissent pas. La garde de tranchée doit toujours précéder les travailleurs qu’elle protège par des postes et des sentinelles. S’il faut se battre, c’est à l’arme blanche.
Le rôle des travailleurs consiste à élargir et approfondir les parallèles, ainsi que les communications entre les batteries. Ils poussent les cheminements en avant des parallèles; il comblent les tranchées en certains points, pour ouvrir des passages aux pièces destinées aux batteries; ils refont les plates-formes de ces batteries; ils construisent des traverses; ils sont artilleurs et sapeurs. Le zèle du travailleur n’a pas besoin qu’on l’excite. Chaque pelletée de terre arrachée au sol, jetée dans le gabion qui le couvre encore mal, accroît insensiblement ses chances de salut : à mesure qu’il descend, son rempart monte.
Dans la nuit du 8 au 9, une pièce de seize, destinée à l’armement d’une batterie, échappa dans la descente d’une pente assez raide, chassa devant elle les chevaux de derrière, et fut lancée, avec une extrême rapidité, dans la direction de Rome. Au bas de la descente, une roue tomba heureusement dans un fossé; la pièce s’arrêta alors: elle avait parcouru ainsi 250 à 500 mètres; elle était à peine à 400 mètres des avant-postes ennemis,
et exposée à être prise. Le bataillon du 52e, de garde à la tranchée, fournit un poste qui en défendit l’approche toute la journée du 9. La nuit suivante, les attelages purent, sous la protection d’une compagnie de voltigeurs, ramener la pièce dans sa batterie.
Pendant que les batteries écrètent, sans relâche, la partie supérieure de l’escarpe des faces des bastions 0 et 7, les hommes de garde de tranchée, embusqués dans les parallèles, font un feu nourri contre les embrasures des pièces de la place. L’ennemi dut les fermer avec des sacs à terre.
Le 14, le colonel Bosc, qui était de jour dans la tranchée, reçoit un éclat d’obus qui lui fait une forte contusion au bras droit.
Dans la nuit du 17 au 18, vers dix heures, pendant qu’on traçait la sape volante à l’extrémité gauche de la 3e parallèle, l’ennemi tira quelques coups de fusil, dont l’un traversa les deux cuisses du capitaine Renaud (grenadiers du 1er bataillon), au moment où cet officier disposait ses hommes pour protéger les travailleurs. On était arrivé à 60 mètres de l’escarpe, bonne portée pour battre en brèche la courtine, en même temps que les deux bastions.
Dans la nuit du 20 au 21, le capitaine des grenadiers du 2e bataillon, Nenon, fut chargé d’enlever une maison qui tenait encore, et d’où l’ennemi inquiétait nos travailleurs et nos servants. Au milieu de l’obscurité, une partie des hommes s’égara dans les vignes qui couvraient le terrain. Les premiers arrivés voulurent incendier la maison; les défenseurs avertis firent feu de toutes les croisées : les grenadiers ne purent briser les portes. Le coup de main avait échoué, et la compagnie se retirait, emportant son capitaine tué et onze morts. Le lendemain, elle demanda à faire partie de la colonne d’assaut pour venger son échec et son chef. Heureux ceux qui se font aimer ainsi!
Le 21, dans l’après-midi, les trois brèches sont reconnues et jugées praticables.
Voici l’ordre général de l’armée pour l’assaut du 21 juin; il donnera la physionomie d’une opération du genre :
« 6 compagnies d’élite (5 de grenadiers et 5 de voltigeurs), complétées à 100 hommes au moins, seront désignées aujourd’hui pour monter à l’assaut; elles seront sous les ordres des chefs de bataillon de Cappe , Dantin, Sainte-Marie, et seront fournies par les régiments auxquels appartiennent ces officiers supérieurs (56e, 52e, 55°). Ces 6 compagnies formeront trois colonnes d’assaut; à chacune d’elles seront attachés 50 sapeurs du génie. Ces trois colonnes d’assaut seront sous le commandement du chef de bataillon de Cappe. Chacun des autres régiments de
Il ISTOin K IHJN II KG IM EN T.
la même division (22" léger, 00° et OS") fournira également 2 compagnies d’élite pour former la réserve. Ces 6 compagnies seront sous les ordres du commandant de Tourville, du 00*.
« Les colonnes d’assaut de la réserve auront pour commandant supérieur le lieutenant-colonel Tarbouriech, du 50e, qui restera provisoirement avec la réserve.
LA 52e DEMI-BIUGADE.
« Les 16e et 25e légers fourniront les travailleurs de la brèche. A cet effet, 2 compagnies d’élite de chaque régiment fourniront deux détachements de 150 hommes chacun. Les travailleurs seront dirigés par les officiers du génie.
« Les colonnes d’attaque, la réserve et les travailleurs seront réunis à 9 heures 1/2 du soir, en arrière des batteries de brèche, sur les emplacements qui seront désignés par le major de tranchée.
« (Général de jour, Levaillant; colonel de jour, de Leyritz du 68e.)
« Chacune des trois colonnes d’assaut montera, sans bruit, à la brèche qui lui sera désignée par le colonel JNiel, chef d’état-major du génie —
« Les deux colonnes de travailleurs, portant des gabions, iront, à la suite des colonnes d’attaque, et sous la conduite des officiers du génie, occuper la gorge des deux bastions, et y feront un logement dans toute la longueur de ces gorges.
« La brèche du centre, pratiquée dans la courtine, ne sera pas couronnée de gabions, afin de maintenir libres les communications pour les retours offensifs et pour l’arrivée de la réserve....
« La garde de tranchée sera composée, comme à l’ordinaire, de deux bataillons qui seront placés en arrière des batteries de brèche. Ces bataillons, aux ordres de l’officier général de tranchée, seront particulièrement chargés d’observer les sorties.
« Toutes les troupes, non employées à l’assaut ou à la tranchée se tiendront prêtes à agir.
« Une colonne mobile, composée d’un bataillon du 22e léger, sous les ordres du lieutenant-colonel Espinasse, fera une forte diversion sur la rive gauche du Tibre inférieur, avant et pendant l’assaut....
« Les officiers généraux donneront les instructions les plus précises pour qu’il ne reste au camp que les gardes de police strictement nécessaires et les cuisiniers pris parmi les hommes' les moins disponibles.
HISTOIRE D’UN ItfiGIMENT.
« La I m ut* devra être aussi régulière que possible.
« Les troupes composant la colonne d’attaque, la réserve, ainsi que les deux bataillons de tranchée, seront sans sac. Elles auront en sautoir, de gauche à droite, leurs sacs de campement; les quarante cartouches de réserve et une ration de biscuit seront renfermées avec soin dans ces sacs. Les travailleurs seront dans la tenue habituelle.
« Les troupes qui n’auront pas de service spécial, mais qui seront prèles à agir, auront leur havre-sac; mais elles n’emporteront ni les tentesabris, ni les couvertures, ni les elï'ets de campement.
«Les officiers généraux auront leurs ceintures en signe de commandement.
« Le général commandant en chef,
« OüDINOT DE PiEGGIO. »
A 11 heures du soir, tout est prêt, les fausses attaques ont eu lieu, le signal de l’assaut est donné. Les soldats montent franchement à la brèche et courent sur l’ennemi à la baïonnette, sans s'arrêter pour tirer. Aussi, nos pertes sont faibles. Le capitaine Bouvier et 7 grenadiers et voltigeurs furent tués. Nous restions maîtres du terrain en arrière de l’enceinte. Au haut de la brèche de la courtine, on installe une batterie, d’où l’on peut battre Borne tout entière.
Dans la nuit du 27 au 28, le combat d’artillerie, qui durait depuis deux jours, prend fin à l’avantage de l’attaque. Le succès était décisif; la ceinture de feux qui enveloppait les logements dans les bastions était brisée, et le génie pouvait cheminer dans l’intérieur de l’enceinte.
Restait le bastion 8. Le tir en brèche continua jusqu’au 29. A 2 heures de la nuit, le nouvel assaut est livré. La compagnie de grenadiers Biron (premier bataillon) fait partie de la colonne d’assaut qui s’élance sur la brèche du bastion 8. Les voltigeurs du 1er bataillon, capitaine Félix Douav, franchissent, dans la 2ecolonne, la brèche du bastion 7, et tuent les canonniers romains sur leurs pièces. Le capitaine Douay en tue trois de sa main ; il est blessé d’un coup de baïonnette et d’un coup d’épée au bras gauche, d’un coup de feu à l’oreille. Les colonnes d’assaut se retranchent solidement dans le bastion.
Le 5 juillet, le 52e entrait dans Rome, un mois juste après le jour où le siège avait commencé. Il avait fait preuve d’une discipline et d’une constance dignes d’être signalées. Les chaleurs très fortes étaient surtout difficiles à supporter dans l’intérieur de la tranchée, où dardait un soleil
LA 52e DEMI-BRIGADE.
brûlant. Les soldats étaient impatients d’en finir; mais jamais ils n’ont laissé échapper un murmure.
RafTet, cet admirable dessinateur, qui a si bien compris, et rendu avec tant de vérité, la physionomie et le caractère du soldat des guerres de la Révolution et de l’Empire, assistait aux opérations du siège. Il y composa un album destiné à l’histoire de l’expédition. Cette inestimable collection est la propriété de M. le duc d’Aumale : les calques de ces portraits de tous les officiers, sous-officiers et soldats qui se sont distingués, figurent à la Bibliothèque Nationale dans l’œuvre de RafTet, pieusement et habilement reconstituée et groupée par son fils, Sous-Conservateur des estampes. Voici les dix-sept portraits du Régiment1 :
Colonel Bosc , fait commandeur de la Légion d’honneur le 19 août 1849.
Commandant Dantin, . (Assaut du 21.)
Capitaine Aune. (Assaut du 50.)
Capitaine Piron (grenadiers du 1er). (Assaut du 50.)
Lieutenant Planchut, # (grenadiers). (Assaut du 21.)
Lieutenant Toucjas (grenadiers). (Assaut du 50.)
Lieutenant François (grenadiers).
Lieutenant Hébrard (voltigeurs).
Sous-lieutenant Destenaij (voltigeurs).
Sergent Maisch , (voltigeurs).
Grenadier Gazel.
Voltigeur Charlut, # .
Sergent Roustan, (grenadiers).
Grenadier Lacombes.
Grenadier Rischmann,
Voltigeur Dumeil.
Voltigeur Fris.
Le Régiment fit partie de la division d’occupation, et ne rentra en France que le 6 novembre 1852.
t. M. le duc d’Aumale a autorisé la reproduction de ces 17 portraits que notre éditeur a offerts à la salle d’honneur du 32e. Le Régiment est fier et reconnaissant de ce don.