‹ Histoire d'une ancienne famille de ProvenceChapitre 6 sur 16 · MAITRE DES COMPTES · texte numérisé non relu

MAITRE DES COMPTES

Antoine Pellicoi , raînc des trois iils d" Honoré , était avocat au Parlement d'Aix lorsque la charge de secrétaire archivaire à la Chambre des Comptes devint vacante, par la mort de maître Honnorat Digne. Il se mit sur les rangs pour le remplacer ; mais déjà un nommé Louis Ricci avait su. malgré sa qualité d'étranger, se faire accorder la survivance du secrétaire archivaire par le comte de Tende, grand sénéchal et gouverneur de Provence. Pellicoi ne se tint pas pour battu ; il partit pour Paris , (it valoir les services de sa famille et obtint du roi François!", des lellres do nomination avec lcs(]uelles il esi)érait faire annuler celles du grand sénéchal . qui, du reste, avait commis une illégalilé en i\\\\)clanl un étranger aux lonclions di* secrélaire archivaire de la Chandjre des Comptes de Provence.

La nomination de Ricci n'est pas mentionnée dans les lettres royales ; mais l'intention qui les a dictées est évidente ; on y lit que Digne était le dernier possesseur de la charge octroyée à Pellicot , et que tout détenteur illicite de cette charge doit en être débouté. (1)

(1) Voici le texte même de ce document dont la copie authentique est entre mes mains.

« François par la grâce de Dieu , Roi de France , comte de Provence , Forcalquier et terres adjacentes savoir faisons que, pour la bonne et entière confiance que nous avons de la personne de notre cher et bien-amé Antoine Pellicoti, et de ses sens, suffisance, loyauté, prudhommie et bonne diligence à iceluy, pour ces causes et autres à nous mouvant, avons donné et octroyé, donnons et octroyons par ces présentes l'office et état de secrétaire rational et archivaire en notre Chambre des Comptes, archives d'Aix, du dit pays et comté de Provence, vacant à présent par le trépas de feu Me Honnorat Digne, dernier paisible possesseur d'iceluy, si donnons en mandement par ces présentes à nos amés et féaux les gens de nos comptes rationnaux et archivaires , que pris et reçu le serment du dit Pellicot , en tel cas requis et accoutumé, iceluy mettent et instituent, de par nous, en possession du dit office... Mandons ainsi le faire sans aucune difficulté, car tel est notre plaisir, oste et déboute d'iceluy tout autre illicite détenteur, non ayant sur ce de nous depuis le trépas du dit Digne, précédant en date.

Donné à Paris, le 3 avril 1534 (a). »

(a) Ce document et les suivants , relatifs à la nomination d'Antoine Pellicot, sont copiés sur un extrait du folio 248 du registre intitulé : Salamandra, extrait qui fut délivré à Messire Esprit-Joseph de Pellicot , des seigneurs de Seillans, docteur en droit , en vertu d'un arrêt de la Cour des Comptes en date du 8 avri 1788 II est à remarquer que le greffier de la Cour des Comptes a cru devoir en faisant cet extrait , substituer son ortographe àt celle du XVI» siècle.

Soit que ce fut Tusage, soit (ju'il eût hâte de rendre définitif 1 acte du souverain , Antoine Peilicot s'empressa de verser le même jour , entre les mains du receveur Bernard qui lui en délivra quittance , la somme de 700 écus d'or au soleil, « Pour Toffice de » secrétaire rational et archivaire en la Chambre » des Comptes et archives d'Aix , au pays et comté » de Provence , vacant par le trépas de feu M. Hon- » norat Digne , auquel office le dit Pellicoti , a ce » jourd'hui été pourvu. Fait à Paris , le troisième » jour de février 1534, signé Bernard (l). »

Le nouveau secrétaire rational et archivaire se croyant parfaitement en règle, vint se présenter à la Chambre des Comptes et demanda à MM. les Président et Maîtres rationaux de vouloir bien l'installer; mais on lui opposa les lettres précédemment accordées à Ricci pai' le Comte de Tende. MM. les Président et Maîtres rationaux avaient reçu, disaientils , les lettres du Roi , avec le plus grand respect ; mais, objectaient-ils, il leur était impossible d'inslaller M. Pellicot dans un office dont maîlro Louis Ricci était déjà poiuvu , en vertu d'un ordre du comle de Tende , grand sénéchal et lieutenant général i)our le Roi en Provence , le dit Ricci .ly.iiil

(l) Archives do la Cour tics Comptes, registre SalauKunlra.

du reste été régulièrement installé et se trouvant, par suite , en exercice et en possession.

La question fut soumise au Roi; on fit valoir les services rendus par la famille Pellicot et surtout.... le versement des 700 ècus d'or. D'ailleurs la signature du souverain était engagée , elle devait prévaloir nécessairement sur celle du grand sénéchal. Une dernière considération fut invoquée, on fit remarquer que Ricci n'était pas français et que par ce seul fait sa nomination devait être annulée. François P' se rendant à ces considérations révoqua les lettres du comte de Tende et ordonna itérativement d'installer PeUicot dans l'office de secrétaire et arclîivaire de la Chambre des Comptes (1).

Les nouvelles lettres patentes du Roi ne furent entérinées par le Parlement qu'un mois après, c'està-dire le 1 2 mars (2) . Le même jour, M^ Antoine Pellicot se présenta, vers quatre heures de l'après-midi devant les Président et Maîtres rationaux de la Chambre des Comptes, réunis en séance pubUque, et leur soumit une requête tendant à l'entérinement des lettres royales.

(1) Lettres patentes de François 1er, en date du 11 février 1534.

(2) Arrêt d'entérinement prononcé par le comte de Tende en sa qualité de Président du parlement.

Il ne sera peut être pas sans intérêt de suivre le nouveau secrétaire archivaire, dans toutes les démarches qu'il dut faire pour obtenir son admission. Les formalités remplies à cette occasion, les formules elles-mêmes et jusqu'à la cérémonie de l'installation, tout doit être recueilli avec soin si l'on veut s'initier exactement aux mœurs de l'époque. C'est dans ce but que j'ai recherché et que je vais transcrire ou analyser les divers documents qui se rattachent à cette affaire .

La requête du postulant était conçue en ces termes :

Magnificis dominis presidentibus et magistris rationalibus placeat interinare et exequi litleras regias patentes, tam doni quam déclarationis facto super otiicio secretarii rationalis et archivarii regii hujus cainerœ, in favorem Antoni Pellicotî in eisdem nominati a regia magestate obtentas rétro alligatas et exequendo preripi magistro Ludovico Riry in eisdem, etiam .nominati de ponendo claves ejusdem camere et regiorum archivorum in manibus vestris ad fuies et effectas in eisdem lilteri regiis eontentoset expressos ollicium Pollicoti.

Les Président et Maîtres rationaux , après avoir pris connaissance de la requête de M Antoine Pellicot, ordonnèrent de faire comparaître M" Ricci )e lendemain pour qu'il fût entendu.

Le lendemain, en eiïet. à !) heures du maiiii fh4ira irrlifinnu de mancj. M" Louis Ricci comparut

devant la Chambre des Comptes et produisit une cédule avec divers documents , extraits des archives mêmes de la Chambre , demandant que le contenu delà cédule fût exécuté (1).

De son côté , M" Antoine Pellicot , requit que nonobstant la cédule et les titres produits par son adversaire, ses lettres fussent entérinées et leur contenu exécuté (2).

Après mûre délibération les Président et Maîtres rationaux rendirent une sentence motivée, dont voici la traduction sommaire :

« Vu les lettres royales portant don de l'office de secrétaire rational et archivaire de cette Chambre, en faveur de M' Antoine Pellicot , datées de Paris le 3 février dernier ; les lettres de déclaration subséquentes , sur le même don , délivrées et concédées par le Roi, en date de Paris 1 1 février, le Président et les Maîtres rationaux disent et déclarent que les

(1) Comparuit dictus magister Ludovicus Ricy, intimatus in propria citra dicta, producens cedulam una cum documentis a regiis Provincie archivis extratis in eodem mentionatis inserens, petens, dicens et fieri requirens ut in eadem cedula continetur.

(2) Comparuit magister 'AntomusPellicoti, in propria citra etc., petens nonobstante ex adverso cedulatisetproductis, suas litteras interinari et exequi et aliis fieri ut in eisdem litteris continetur cum ipsi magnifici domini non sint insi meri executores. {Archiv. camere comput, ut supra).

dites lettres peuvent et doivent être exécutées et entérinées ; ils ordonnent de les exécuter et entériner, de mettre le dit Pellicot en possession de l'ofiice susdit après qu'il aura prêté le serment d'usage ; ils ordonnent à iM^Louis Ricci de ne pas le troubler et de lui remettre les clés de la Chambre des Comptes et des dites archives sous peine de cinquante livres d'argent fln , nonobstant l'opposition ou contestation du dit Louis. »

Le même jour, 13 mars, Antoine Pellicot prêta le serment d'usage, sur les Saints Evangiles , entre les mains de M. Honorât Arbaud , Maître ralional , à ce commis et député , qui procéda ensuite à son installation.

Il est dit dans le procès-verbal de cette cérémonie que le magnifique seigneur Honorât Arbaud, Maître rational et commissaire spécialement député, tant au nom de Sa Majesté royale, qu au nom des magnifiques seigneurs Président et Maîtres rationaux de la dite Chambre des Comptes (i) , voulant mettre à exécution les lettres royales , « vint au devant du » docte M' Antoine Pellicot, (après avoir traversé la » Chambre des Comptes , le petit bureau où se

(1) La Chambre des Comptes ne prit le, titre de Cour que plus tard, en vertu des lettres royales du 10 juin 1555. (Cahasse. Essai sur le Parlement de Provence , toiue II , page 154.)

» réunissent lesdits magnifiques seigneurs pour

» traiter les affaires royales, ou examiner les comp-

» tes, ainsi que la salle des séances), et, pour mettre

» ledit Antoine Pellicot en possession réelle et cor-

» porelle de l'office de secrétaire rational et archi-

» vaire du roi , le prit par la main droite , le

» conduisit là où les secrétaires rationaux et archi-

» vaires ont l'habitude de siéger pour entendre les

» causes et lui remit la clef des dites archives

» royales. PelUcot, ayant parcouru et lu ces

» documents en signe de pleine et parfaite posses-

»> sion , le dit commissaire le déclara installé ,

» ordonnant à toute personne quelconque , et aussi

» à M' Louis Ricci de ne pas le troubler ou inquiéter

» directement ou indirectement dans la possession

» de son office, sous peine de cent marcs d'argent

» fin (1). »

Antoine Pellicot fut donc mis en possession de l'office de secrétaire rational et archivaire de la Chambre des Comptes, malgré Claude de Savoie, comte de Tende , qui en conçut un vif ressentiment. Cependant il ne put empêcher que ce magistrat, qui était aimé du souverain, ne fut élevé à la charge de

(1) Traduction sommaire du procès-verbal d'installation, dont la copie authentique, rédigée en latin, fait partie des papiers de famille de M. A. Pellicot, président du Comice Agricole de Toulon.

Maître rational , comme il sera dit un peu plus bas.

Parmi les papiers consen'és par la famille Pellicot et dont je dois la communication à l'obligeance parfaite de l'un de ses membres, j'ai trouvé un document qui prouve combien les moindres questions étaient étudiées avec soin à l'époque où vivait Antoine Pellicot; c'est une autorisation solennellement accordée à ce magistrat , en 1 559 , par la Chambre des Comptes au sujet de l'avancement de sa maison sur la voie publique et des caves souterraines qu'il désirait construire (I)

(1) Voici la traduction de ce document, qui peut donner une idée de l'état de la législation en matière de voirie, au commencement du xvie siècle :

« Le Président et les Maîtres rationaux de la Chambre des Comptes et archives , etc. , etc. , signifions à tous , qu'ayant égard à la demande verbale qui nous a été faite par le noble homme maître Antoine Pellicot , secrétaire rational et archivaire royal, citoyen d'Aix, tendant à être autorisé : 1*» A avancer d'un palme et demi le mur de sa maison qui regarde sur la place des Prêcheurs, confrontant d'un côté la maison de noble Jean-François, greffier de la sénéchaussée, et de l'autre le couvent dos Prêcheurs ; 2» à creuser devant et derrière sa maison, jusqu'au milieu de la rue, pour y établir des caves ; — considérant qu'il est évident pour nous que cette autorisation no peut porter aucun préjudice ni à la Cour royale ( aux int«''rêti» du roi) m à la chose publique, ni à aucun particulier, mais qu'elle est, au contraire, avantageuse à la maison de Mo Antoine Pellicot , nous avons , on réservant les droite de

Cette maison était située à l'angle de la place des Prêcheurs et de la rue Peiresc, M. Roux Alphéran, dans son excellent ouvrage sur les Rues d'Aix, consacre quelque lignes intéressantes aux Pellicot qui l'habitèrent (1).

Le secrétaire rational et archivaire royal Antoine

tous, concédé, en vertu de l'autorité royale dont nous sommes revêtus , et nous concédons par les présentes la dite licence, autorisation et faculté , défendant d'apporter aucun empêchement quelconque à la jouissance de cette concession sous peine de cinquante marcs d'argent. Fait et donné à Aix , dans la Chambre Royale des Comptes, l'an 1539 de la nativité du Seigneur et le 18 du mois de juin faj. »

(1) « Au midi de la maison Duperier et de Portalet , dit l'auteur des Rues d'Aix^ on voit l'ancienne maison des Pellicot, seigneurs de S^-Paul , qui fait actuellement le coin de la rue Peiresc et qui avant la démolition du palais des Comtes de Provence, était attenante à cet édifice. Antoine Pellicot, Maître rational l'avait acquise en 1539, et ses descendants l'ont possédée jusqu'à nos jours. H était frère de Boniface, duquel nous avons parlé plus haut (p. 458), et fut le père de Jean Pellicot, célèbre avocat, assesseur d'Aix en 1565-1566 ensuite premier conseiller à la sénéchaussée de cette ville, lors de sa création en 1572. Celui-ci avait composé plusieurs ouvrages intéressants, oubliés depuis longtemps, et dont le dernier fait époque chez nous comme étant le premier Uvre imprimé à Aix. »

Les Rues d'Aix, t. i., page 619. Voir aussi à la page 161 du même volume une notice sur Henri Pellicot-

(a) Extrait du folio 188 du registre intitulé Accaplo, n" 31, armoire N. Archive* de la Chambre des Comptes.

Pellicot avait acquis par son savoir, son intégrité et ses relations de famille une grande situation personnelle; aussi lorsque, en 1543, François I" crut devoir augmenter le nombre des magistrats de la Chambre des Comptes , fut-il pourvu de l'un des deux offices de Maîtres rationaux nouvellement créés (1). J'ai sous les yeux les lettres patentes qui lui furent délivrées à cette occasion. Elles commencent ainsi : « François , etc. — Comme puis » naguères, par nos lettres de édit et pour les » bonnes causes et raisons en icelles contenues, » nous ayons créé et érigé en chef et titres d'offices » formés deux maîtres des comptes de robbe courte » en notre Chambre des Comptes du dit pays de » Provence , outre ceux qui y sont d'ancienneté , » et quels offices est besoin pourvoir de person-

(1) Les Maîtres rationaux étaient des officiers dont les principales fonctions consistaient à ratifier les impositions que les Provençaux établissaient librement. Ils avaient en outre d'autres attributions, notamment celle de la voirie ainsi que cela résulte des documents mentionnés ]>lus haut. Dans le principe la Chambre n'était composée que d'un grand Président, de deux Maîtres rationaux et de quatre auditeurs-archivaires , d'un avocat, d'un procureur du roi. — Voy. les Essais historiques sur le Parlement de Provence, par Cabasse, t. l. pag. 1IÎ9 et V Aperçu de M. le président Cappcau sur l'ancienne organisation de la justice en Provence, manusc. pag. 24. — Voyez aussi la remarquable étude de M. Charles de Ribbc sur la fin de la Constitution Provençale, pièces justif. pag. 321.

» nages suffisants et capables au bien de nous et

» conservation de nos droits et domaines, savoir

» faisons que pour le bon et louable rapport que fait

» nous a été de la personne de notre cher et bien amé

» Antoine Pellicoti, secrétaire et archivaire de notre

» Chambre des Comptes, etc., etc. {\). »

Ces lettres furent entérinées par la Chambre des Comptes, le 2 août 1543, sous la réserve toutefois est-il dit dans l'arrêt : « Que les Maîtres des Comptes » de robbe longue déjà reçus en la dite chambre » précéderont iceulx de robbe courte. »

Antoine Pellicot avait épousé en 1556 demoiselle Madelaine de Sauvaire , qui lui avait apporté une assez forte dot. Tout semblait lui sourire. Son jeune frère Boniface , qu'il avait élevé s'était acquis une grande réputation dans le barreau. Il jouissait lui-même de beaucoup de considération ; son fils Jean, né en 1537, réussissait parfaitement dans ses études; sa fortune était solidement établie, et il allait acheter les seigneuries des Prés et de Châteauneuf , lorsque son intimité avec le Président d'Oppède et avec M. de Grignan, gouverneur de Marseille, le

(1) Ces lettres sont datées de Villers- Cotteret , le 10 juin 1543. Elles sont consignées dans le registre intitulé Stella^ no 36, fol. 260, armoire A. La copie sur laquelle cet extrait a été fait fut délivrée le 8 avril 1788, en vertu d'un décret de la Cour des Comptes.

firent soupçonner d'avoir pris part à un complot que l'on prétendait avoir été ourdi par ces personnages, dans le but de livrer Marseille au duc de Savoie. Telle est du moins la tradition conservée dans la famille Pellicot.

Le père Papon, de l'oratoire, mentionne cette tradition dans son Histoire de Provence, mais il en parle de manière à laisser supposer qu'il n'y ajoute aucune créance. Il dit, en effet, « Nous ne connais- » sons point d'histoire, point de mémoires, soit M imprimés, soit manuscrits, qui disent quel'a- » vocat général Guèrin accusait le comte de Gri- » gnan, lieutenant du roi en Provence et gou- D vcrneur de Marseille , le Président d'Oppède , » Antoine Pellicot, Maître aux Comptes, et (piel- » ques autres, d'avoir voulu livrer Marseille au duc » de Savoie. Cependant, ce fait se trouve dans » les papiers de famille de MM. Pellicot (I). »

Avant d'établir jusqu'à quel point cet écrivain est peu fondé dans son assertion, je crois utile de placer ici le passage du journal de l'avocat Pellicot auquel il fait allusion :

a En 1550, voular.l |)asser le contrat d'achat des seigneuries des l*reds et Chùteauiieuf, Antoine Pellicot fut accusé par quelques envieux enscmbicment avec M. de

(I) llisl. de Provence, t. iv, pag. 13(3.

Grignan, lieutenant du roi de cette province et gouverneur de Marseille (apert de la procédure et interrogatoire qui furent faits à M° Antoine Pellicot qui sont dans mes papiers), M. le premier président d'Oppède et plusieurs autres, d'avoir voulu remettre la dite ville de Marseille au duc de Savoye. L'instigateur se nommait Guérin. Us furent détenus durant l'espace de trois ans. Après avoir été interrogés, examinés avec les dits témoins pendant plus de cinquante fois, ledit M« Pellicot fit tant par la puissance de son esprit, qu'il fit trouver variable un des témoins en sa déposition. — Le dit Guérin et autres, par récompense, souffrirent le dernier supplice. — Ce mauvais procès incommoda et ruina tout-à-ftiit la maison, parce que pour survenir aux frais et dépens, le dit M' Antoine fut contraint de rescinder par nécessité le contrat d'achat desdites seigneuries. Étant venu à la notice des parents dudit Guéi in et autres que le dit M" Antoine Pellicot était de retour de Paris à Cavaillon, ils lui envoyèrent une bouteille de muscat empoisonné , de la part de sa femme. Il en but a\ec joie à son souper ; mais cette joie tourna en un malheur pour lui et à la ruine de la maison, car demiheure après son repas il mourut. »

Maintenant examinons si les faits relatés dans ce récit sont contradictoires avec ceux racontés par les historiens. Le père Papon déclare , en effet , )) qu'il ne connaît point d'histoire, point demé- » moires, qui disent que l'avocat général Guérin » accusait Grignan, d'Oppède et Pellicot, d'avoir » voulu livrer Marseille, etc. »

Si le père Papon avait ouvert le i" volume

de V Histoire de Provence, écrite vers le milieu du xvH" siècle par le conseiller Gaufridi, il aurait lu dans le livre xi, que le président d'Oppède n'était pas seulement accusé d'avoir outre-passé les ordres du roi François I", en faisant massacrer les religionnaires de Mérindol ; mais que l'avocat général Guérin son ennemi personnel, s'efforçait de prouver qu'il était coupable de trahison envers l'État.

Fils d'un président au Parlement de Provence, allié par sa femme aux Vergons, qui occupaient la charge de procureur général depuis plus d'un siècle, et conseiller lui-même, Gaufridi se trouvait dans d'excellentes conditions non-seulement pour connaître les faits par tradition, mais encore pour en vérifier l'exactitude en consultant les archives du Parlement qui étaient plus particulièrement à sa disposition. Or, voici ce qu'il dit au sujet de ces événements.

a Durant que tout cela se passait (1549 — le

» président d'Oppède venait d'être arrêté), l'avo-

»> cat général Guérin, faisait ses recherches sui-

» vaut l'ordre (ju'il en avait reçu. Il commença

» l'instigation par le baron de la Garde et par

» le seignenr de Grignan ; // les accuse d'avoir

» eu intelligence avec les gens de V Empereur dans

» les dernières guerres.... n Plus loin l'IiLstorien

Gaufridi ajoute, après avoir parlé du procès de Mérindol. « Le roi évoqua à soy l'autre affaire » qui regardait le baron de la Garde et le seigneur » de Grignan. Comme l'un et l'autre étaient des » personnes qui avaient bien mérité de l'État, » il crut qu'il leur fallait donner cette satisfaction » d'effacer la tache d'une prison de 4 ans (1), » par une déclaration d'innocence de sa propre » bouche.... 1552 »

Voilà donc bien établi que Grignan fut accusé de trahison en même temps que le baron de La Garde ; restent le Président d'Oppède et Antoine Pellicot. L'historien Gaufridi , continuant son récit , dit que le Président s'impatientait de ne voir point d'issue à son affaire et qu'il fit représenter au roi , par ses amis « quelle douleur ce luy était de se voir » prisonnier et de sçavoir le baron de La Garde » libre ; que sa cause n'était pas différente de celle du

» baron de La Garde Le roy usant de son

» autorité suprême déclara le Président innocent » des cas à lui imposés (2). »

(1) n y a ici une légère erreur, Gaufridi vient de dire que l'arrestation avait eu lieu en 1549 et il ajoute ensuite qu'en 1552, l'emprisonnement avait duré 4 ans ; c'est trois ans qu'il aurait dû dire, avec l'avocat Pellicot qui donne ce chiffre dans son journal.

(2) Histoire de Provence pag. 484, 489.

L'incident des lettres fausses mentionné dans le journal de l'avocat Pellicot , est également rappelé par Gaufridi. « L'avocat général, dit-il , fut trouvé » chargé de beaucoup de crimes entr'aulres de » péculat , de concussion , de calomnie , d'avoir » voulu perdre le Seigneur d'Antibes par quatre » lettres q u'il avait fabriquées ( i ) . »

Quant au Maître rational Antoine Pellicot, rien ne prouve précisément qu'il fut impliqué dans ce procès , du moins l'historien Gaufridi s'est-il borné à faire connaître les noms des principaux personnages qui y ont figuré ; mais en réfléchissant aux relations d'intimité qui existaient entre Pellicot et ces personnages (2), on n'hésite pas à admettre qu'il pût être enveloppé dans une trame ourdie par des ennemis communs. Le comte de Tende signalé comme un des instigateurs de l'accusation (ô), avait, en

(1) Gaufridi, Histoire de Provence^ pag. 484 à 489. — Voir aussi les Essais historiques sur le Parlement de Provence de Cabasse, 1. 1, pag. 130.

(2) Grignan était un ancien compagnon d'armes d'Honoré Pellicot, père d'iVntoine, ils étaient en outre en relations d'alTaires. Le baron de Cirignan remplissait quelquefois les fomtious de Gouverneur de Provence et ses ordres relatifs aux liniuices étaient contresignés par Pellicot en sa qualité de Maître des Comptes.

(3) Papon, Histoire générale de Provence, t. iv, pag. KU.

effet, des motifs pour en vouloir à celui qui occupait la place de son protégé Ricci.

Vers le même temps où le comte de Grignan, gouverneur de Marseille , le Président d'Oppède et le Maître des Comptes Antoine Pellicot étaient en prison, c'est-à-dire en 1552, un officier de galères nommé S'-Aubin était accusé d'avoir voulu livrer la ville de Marseille à l'Empereur. Ce fait mentionné par tous les historiens, à l'exception du père Papon, a pu induire en erreur l'avocat Pellicot et lui faire dire que Grignan , d'Oppède et son aïeul Antoine Pellicot avaient été accusés du même crime, alors qu'il s'agissait seulement des lettres échangées avec le duc de Savoie par l'un des complices , par le Seigneur d'Antibes dont il a été parlé plus haut. Ruffi, Gaufridi, Expilly et Bouche donnent quelques détails sur le complot attribué à S'-Aubin ; Bouche s'exprime en ces termes :

« C'est à ce même temps qu'il faut référer une

» certaine trahison qui se tramait pour surprendre

» la ville de Marseille pour l'Empereur, entre Ferrand

» Gonzagues, lieutenant-général pour l'Empereur

» delà les monts, et un nommé Saint- Aubin, gentil-

» homme français , commandant à une compagnie

» de soldats entretenus sur les galères ; mais cette

» trahison estant découverte, il y fut si bien pour-

D veu par le maréchal de Brissac et par le sieur de

» Masset, piedmontais, commendant en Provence

» en absence du comte de Tende, que tout le des- » sein fut réduit en fumée ( 1 ) .

Je me suis attaché à démontrer que le récit de l'avocat Pellicot et la tradition de famille qui font jouer un rôle à Antoine Pellicot, dans le procès intenté à M. de Grignan et au président d'Oppède , pouvaient être parfaitement exacts. Mon but en agissant ainsi n'aura pas échappé au lecteur. Il ma paru que si le fait raconté dans le livre des Raiscrns et Instructions de cette famille était vrai, Taffaire de Mérindol se trouvait compliquée par une accusation de haute trahison, et que ce point de la procédure, passé sous silence par les historiens, méritait d'être signalé. Ce n'est qu'en les soumettant à une sévère critique que l'on peut tirer parti, pour l'histoire, des traditions ou des récits intimes de la famille ; mais parce que les événements qu'ils nous révèlent ne sont pas mentionnés par certains auteurs, il ne faut pas, non plus, les rejeter absolument. Telles sont les considérations qui m'ont engagé à discuter, peutêtre un peu trop longuement, l'opinion émise par le père Papon au sujet du procès dans lequel Antoine Pellicot aurait été impliqué.

(1) Bouche, Histoire de Provence, t. ii, pag. 105. — Voir Rufil, Histoire de Marseille, pag. 'X\G, qui dit iibsoluinont l;i môme chose. — Voir également E.\pilly,i)ic<ion/iatre' des Gaules, pag. 606.

Antoine Pellicot , mourut empoisonné vers Tan 1 552 , après sa mise en liberté , selon l'avocat Pellicot dont j'ai reproduit le récit.

Il résulte des documents que je viens d'analyser et des faits attestés par des actes authentiques, qu'Antoine Pellicot joua un certain rôle dans les événements politiques de l'époque , et qu'il fut un magistrat distingué. Il appela auprès de lui ses deux jeunes frères Bernardin etBonifacedont il sera parlé bientôt, et les fit recevoir docteurs en droit. Il fut en quelque sorte le chef de cette nombreuse postérité des Pellicot qui pendant plusieurs siècles ont occupé à Aix , à Marseille et à Seillans une situation honorable, dans le barreau , dans la magistrature ou dans les fonctions publiques.

Le nom des Pellicot se rencontre rarement dans les ouvrages qui ont été écrits sur la Provence. Gela ne prouve pas qu'ils aient manqué de valeur; on doit y voir plutôt un indice de leur caractère modeste ; ils n'ont jamais recherché ni obtenu ces grandes situations qui mettent en évidence et obligent l'historien à citer les noms de ceux qui les occupent, toutes les fois qu'ils ont à parler des événements contemporains. Cependant il en est quelques-uns , comme le Président Bonif ace, frère d'Antoine , qui ont été portés par leur mérite exceptionnel au sommet de l'échelle sociale et alors for-

cément leur nom a été prononcé. Antoine lui-même est cité, dune manière assez singulière il est vrai, dans un ouvrage contemporain. Le poète macaronique Aréna ayant à parler des précautions qui furent prises parles habitants d'Aix , pour soustraire leurs trésors au pillage que l'on craignait de la part des troupes de Charles-Quint, prétend, en jouant sur le mot de secrétaire , c'est-à-dire cehii (jui connaît les secrets, qu'Antoine Pellicot, secrétaire de la Chambre de Comptes et ses collègues, enseignaient à leurs compatriotes le moyen de cacher leurs effets précieux ; voici ces vers :

Postea maynngium populus pausabat in illis ;

Id quod poterat carregiare foras ; Pensando raubam nullus gendarma trobarct ,

Et de secretis nemo moveret eam.

Borrilius , Clari, Dalbertis , et Pellicoli , Ponsus, JuUianis, Flota falotus homo,

Per tolani Villam omnes secretarc docebant • Sunt secretari, rite cavaro sciunt (1).

(1) Maijgra cntrepriza. — Edition de18G0, page 34.

BERNARDIN PELLICOT né en 1(97.

ir en droit. — Notaire i Seillans arié à D"* Honorade Testaiiiere.

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