Voir la carte topogr., fig
Quant à l’assiégé, son artillerie se composait de :
Bombardes.
Sur les plates-formes des trois grosses
tours du Nord 3
Dans les batteries casematées de ces
tours »
Sur l’épaulement en avant du boulevard du Nord »
Dans le boulevard du Nord. .... 1
Dans les boulevards B, C, H, I, K. 5 Sur le cavalier commandant le pont. 1
Réserve dans l’abbaye et le château. 4
Coulai vriiics.
Totaux 14 28
L’assiégeant commença dès le 10 septembre un cavalier en fer à cheval à 3oo pas du boulevard E, vers le Nord- Est, afin d’enfiler sa gorge (fig. 53) en A. Ce cavalier fut armé de deux bombardes et d’une spirole. Au Nord, sur le côté de la route, un second cavalier B fut armé aussi de deux bombardes. Puis un épaulement oblique avec traverses fut commencé pour aller de ce cavalier dans la direction du Sud-Ouest, jusqu’au bord du plateau, près du retranchement C, D, de l’assiégé. Le gros boulevard E de la défense était armé d’une bombarde et de deux couleuvrines-, deux autres couleuvrines flanquaient le retranchement C, D. Le 17 septembre au matin, les quatre bombardes. de l’assiégeant envoyèrent dans le boulevard des boulets de pierre de 200 livres-, lesquels endommagèrent fort la gorge et démontèrent vers le milieu du jour la bombarde et une des couleuvrines. L’assiégé avait répondu de son mieux aussi bien du boulevard que des deux grosses tours G, H. Mais, seuls, les boulets de la bombarde mon-
tée sur la plate-forme de la tour H atteignaient le cavalier A. Ceux de la tour G ne faisaient que rouler jusqu’au bas du talus du cavalier B. Le gouverneur aurait pu faire mettre en batterie d’autres bombardes sur le boule-
vard E, mais il craignait de perdre ces pièces et préférait les réserver pour la défense rapprochée. Le 18, l’assiégeant avait terminé son épaulement jusqu’au point I, et là, il amena un veuglaire pour démonter la couleuvrine de flanc C. De part et d’autre sur ce point, on perdit quel-
ques hommes, car l’assiégé envoyait contre les travailleurs de gros boulets de pierre et balles de plomb lancés par la bombarde de la tour G et par des traits à poudre.
Le 18 septembre, dès la pointe du jour, les bombardes des cavaliers A et B redoublèrent leur leu contre le boulevard, puis, messire Charles d'Amboise ayant fait masser une troupe de quatre cents hommes à la pointe I, couverts par des gabions et fascines posés pendant la nuit, à un signal donné, cette troupe s’élança sur le flanc C qui fut vigoureusement défendu pendant une heure. Après quoi, le sire de Montcler, voyant que l’assiégeant envoyait continuellement des renforts sur ce point, fit retirer son monde dans la barbacane K et dans le boulevard E. Ce qui permit aux artilleurs postés dans la tour G, de tirer force coups de leur bombarde et de leurs traits à poudre contre l’assaillant.
Du boulevard E, les assiégés, malgré les projectiles qu’ils recevaient à revers, en s’abritant du mieux qu’ils purent, envoyèrent des volées de pierres avec leurs deux couleuvrines sur le point occupé par l’ennemi. Celui-ci se dérobait en descendant quelque peu au-dessous de la crête du plateau ; mais il n’en était pas moins exposé là aux feux de la tour G. Il amenait des gabions, des fascines, et essayait de se loger sur ce flanc, non sans perdre du monde, lorsque vers trois heures après midi, une autre attaque se dessina contre le flanc D. Débordant l’extrémité du retranchement, et filant au pas de course le long des rampes, l’ennemi essaya de prendre à revers les défenseurs. Cette attaque réussit mal. Les bombardiers et couleuvriniers de la tour H envoyèrent à propos contre cette colonne d’assaillants des volées qui firent de longues trouées dans les bataillons. Puis, les gens retirés dans la barbacane, venant à la rescousse, précipitèrent sur les pentes ceux des
ennemis qui avaient déjà débordé le retranchement; le combat cessa vers le soir, l’assiégeant n’occupait que la pointe G sans pouvoir s’avancer. Il cherchait à s’abriter là, tant contre les projectiles que contre un retour offensif. Les gens de la ville n’avaient perdu que quelques hommes et une couleuvrine. L’ennemi comptait cent cinquante morts et bon nombre de blessés.
Pendant la nuit, le sire de Montcler fit sortir des fascines, des tonneaux, des débris de charpente avec lesquels il établit une première barricade réunissant la barbacane au boulevard le long de la route et une deuxième rattachant l’extrémité orientale du retranchement D, à la fausse braie de la tour H, le long de l’arête du plateau. Il fit approcher une des couleuvrines de réserve et la mit en batterie au centre de la première barricade, puis avec des gabions il renforça les abris et parados du boulevard. La bombarde fut tant bien que mal remise en batterie et dirigée contre le point C du retranchement.
De l’abbaye, une deuxième bombarde fut amenée sur la plate-forme de la tour G.
De son côté messire Charles d’Amboise n’était pas resté inactif. Au point I, un terrassement fut élevé avecgabionnades et deux bombardes y furent amenées. La pointe conquise fut renforcée de gros gabions bien couverts par des fascines et bien munie de traits à poudre. Ces travaux étaient à peine terminés quand le jour parut (19 septembre). Ce furent les assiégés qui commencèrent à tirer du boulevard E avec leur bombarde contre la pointe C.
Aussitôt une des bombardes de la plate-forme I riposta, pendant que l’autre envoyait des boulets sur la tour G dont les pièces ne tardèrent pas à répondre. Puis se mirent de la partie, les bombardes des cavaliers A et B contre le boulevard, comme la veille. Les feux convergents de ces cinq pièces tirant à la fois sur ce boulevard eurent bientôt
bouleversé les gabionnades, tué la plupart des artilleurs et démonté une seconde fois la bombarde. Cette défense n’était plus guère tenable. Toutefois le gouverneur ne voulait pas encore abandonner l’ouvrage avancé ; faisant abriter son monde du mieux possible le long des talus intérieurs, il envoya quérir cinq cents Allemands tenus en réserve dans l’abbaye et quand il les eut sous la main, à un signal convenu, toutes les pièces de la tour G, les couleuvrines de la barricade et une autre couleuvrine restée en batterie sur le boulevard, tirèrent à la fois sur la pointe C, et aussitôt se mettant à la tête des Allemands et d’une centaine de volontaires parmi lesquels se trouvaient la plupart des gens d’armes Bourguignons, il franchit la barricade et se précipita au pas de course contre le logement de l’ennemi, qui, surpris par cette attaque hardie, se défendit assez mollement et fut en partie jeté sur les rampes du plateau. Messire Charles d’Amboise qui était sur la plate-forme I, voyant ce désarroi, jeta deux gros bataillons tenus en réserve derrière l’épaulement contre le retranchement entre le point C et le boulevard.
Ses hommes franchirent l’obstacle assez promptement, malgré les abatis et les défenseurs postés sur ce point et attaquèrent la troupe des assiégés en flanc et à revers. Au milieu de cette mêlée, les artilleurs, de part et d’autre, ne pouvaient tirer-, c’était un combat à l’arme blanche. Le sire de Montcler se trouvait fort compromis quand, de la barbacane et du boulevard, les hommes qui assistaient au combat, bien qu’ils eussent reçu l’ordre de ne pas quitter leurs postes, vinrent fondre à leur tour sur la troupe des assiégeants. Partageant immédiatement son monde en deux batailles, avec l’une, le gouverneur sut maintenir les assaillants jetés sur les rampes, et avec l’autre, il se retourna contre les Français pris à leur tour entre deux attaques.
La mêlée fut sanglante. Les assiégeants acculés contre
HISTOIRE D’üNE FORTERESSE.
le retranchement, ne pouvaient se déployer ni manœuvrer. Messire Charles d'Amboise envoya du renfort, mais les bombardiers de la tour G, quitte à tuer quelques-uns des leurs, envoyèrent sur ces nouvelles troupes des boulets de pierre et balles de plomb par-dessus le retranchement. Quelques coups bien pointés mirent le désordre dans ce bataillon qui ne voyait pas ce qui se passait à l’intérieur et qui recevait, en outre, des projectiles lancés par des défenseurs remontés sur le saillant du retranchement.
Ces derniers venus ne firent au total que faciliter à leurs camarades une retraite devenue fort périlleuse.
L’avancée était donc reprise par l’assiégé*, pouvait-elle être gardée ?
Messire Charles d’Amboise voyait bien qu’il n’était pas prudent de brusquer une attaque et qu’il fallait se décider, en face d’une garnison résolue, à procéder méthodiquement. Aux dernières lueurs du jour, les assiégeants avaient tous repassé le retranchement conquis la veille et laissaient sur le champ du combat plus de cent morts, des blessés et des prisonniers.
Ils avaient dû abandonner la couleuvrine dont ils s’étaient emparés. Les blessés furent transportés dans l’abbaye et remis aux moines qui les soignèrent aussi bien que l’étaient ceux des assiégés. Quant aux prisonniers, on les enferma dans le château où ils furent bien traités. Parmi eux étaient quelques Suisses.
Il en coûtait au sire de Montcler d’abandonner l’avancée après ce succès*, mais il était évident que l’assiégeant ferait de nouveaux efforts pour s’en emparer, puisque la place n’était abordable que de ce côté et que, pour garder cet ouvrage, il fallait sacrifier beaucoup de monde. Or, la garnison avait, pendant ce dernier combat, fait des pertes équivalentes au moins à celles de l’ennemi, et ces pertes ne pouvaient être réparées, tandis que les troupes du roi de
France recevraient des renforts, s’il était nécessaire. Les prisonniers suisses interrogés n’avaient pas caché que ces troupes devaient compter sur un nouveau corps de cinq cents de leurs compatriotes, avant peu.
La nuit venue, le gouverneur réunit donc les capitaines des quartiers, les seigneurs bourguignons et leur parla ainsi : « Messieurs, nos gens ont montré, pendant cette journée, du cœur et l’entente de la guerre, ce qui nous assure le succès avec l’aide de Dieu. En nombre inférieur à l’ennemi, nous avons défendu et repris l’avancée, nous pourrions donc la garder. Toutefois, nous ne le pouvons faire qu’en portant sur ce point tous nos moyens de résistance et en donnant une rude besogne à la garnison. Nous épuiserons rapidement nos forces, tandis que l’ennemi, beaucoup plus nombreux que nous, peut agir chaque jour avec des troupes fraîches. 11 paraîtrait sage, peut-être alors, d’abandonner cette avancée, exposée aux batteries de l’ennemi, et de nous retirer derrière les remparts-, mais, outre qu’il n’est guère dans le sentiment des gens d’honneur de se retirer après un succès et de ne pas chercher à profiter de leurs avantages, si nous abandonnons le boulevard, cette défense sera retournée contre nous par l’assiégeant et lui sera un appui pour attaquer notre front. J’ai donc résolu de réunir ce boulevard aux extrémités des courtines par deux retranchements qui seront flanqués par les tours. Dès cette nuit, il faut travailler à ces ouvrages et si nous ne les avons terminés demain matin, défendre le retranchement actuel pour nous laisser le temps d’achever le nouveau. Veuillez donc réunir les gens de la ville dans chaque quartier et, avant une heure, les disposer sur le terrain pour travailler auxdits retranchements. »
Les ordres du gouverneur étaient précis, et, vers neuf heures, quatre cents travailleurs et des femmes même sortaient par la porte du Nord pour faire les terrassements
tracés sur le terrain par l’ingénieur (fig. 64). Ce retranchement consistait en un petit fossé avec épaulement couronné de pieux, de débris provenant des démolitions de la ville, de fascines et de tonneaux remplis de terre.
Du côté de l’Ouest, il s’appuyait au boulevard en N et venait joindre le fossé de la courtine en L, laissant un passage de quatre toises entre son extrémité et ce fossé. Du côté de l’Est, il touchait en O à l’entrée du boulevard et suivait la ligne O M avec passage de même en M. En R
et P, deux couleuvrines étaient mises en batterie, protégées par de bonnes gabionnades. Du côté de l’ennemi, un épaulement avec plate-forme et gabions avait été établi en S et les deux bombardes du cavalier B étaient mises en batterie sur cette plate-forme. En T, messire Charles d’Amboise avait fait placer une couleuvrine protégée par une gabionnade.
Les bombardes du cavalier B étaient remplacées par trois veuglaires pour écraser la batterie S, si, par un mouvement offensif, l’assiégé essayait de s’en emparer.
Le 20 septembre, au matin, les travaux des assiégés étaient presque achevés, ou du moins présentaient assez de relief pour opposer un obstacle à l’assaillant. Pendant cette même nuit, le boulevard E avait été bien garni de fascines et de gabions. La bombarde, remise en batterie, battait la pointe C, et les deux couleuvrines les dehors. Le retranchement C D était fortement occupé par les défenseurs, dès la pointe du jour, avec traits à poudre et bonnes arbalètes à tour. Sur les flancs V et X les barricades étaient renforcées. Dans le boulevard E, le sire de Montcler envoya deux cents hommes avec ordre de se bien couvrir, de ne se montrer et de ne faire usage de leurs armes que si le retranchement était forcé. L’attaque commença vers six heures. Les deux bombardes S envoyèrent des boulets de pierre sur le saillant du retranchement et sur le boulevard ; en même temps tirèrent les deux pièces I et T contre l’épaule C, et l’intervalle S T fut occupé par des arbalétriers et porteurs de traits à poudre, couverts par des mantelets. Du cavalier A, les bombardes continuèrent d’envoyer des boulets à la volée sur le boulevard E comme les deux jours précédents. De la plate-forme de ce cavalier A, messire Charles d’Amboise avait vu le retranchement que les assiégés avaient élevé dans la nuit, aussi résolut-il dé porter tout l’effort de l’attaque sur le saillant et sur le boule-
vard. A cet effet, vers huit heures, il fit amener deux couleuvrines en Y qui, protégées par des gabions, prirent part au feu. L’assiégé ne ripostait que par ses traits à poudre et les deux couleuvrines des épaules G et D, et avec ses arbalétriers. Il ménageait son feu pour le moment de l’assaut. A midi, le saillant du retranchement était bouleversé, et l’escarpe du boulevard très-entamée. Les défenseurs ne pouvaient plus se tenir en Z; leur couleuvrine C était démontée et l’épaule de l’Ouest intenable. Ils se dispersaient ou se réfugiaient le long du retranchement de Z en D moins exposé. Le sire de Montcler donna l’ordre de rentrer dans le deuxième retranchement. On emmena la couleuvrine D qui fut mise en batterie à l’extrémité L-, quant à la pièce C, il fallut la laisser après l’avoir enclouée. Dès que Charles d’Amboise vit l’assiégé abandonner son retranchement, il fit cesser le feu, et, ayant disposé une colonne d’assaut, munie d’échelles, de perches et de couteaux de brèche, il lui donna l’ordre de franchir le saillant bouleversé, et, sans laisser respirer l’ennemi, de donner l’assaut au boulevard. C’était le moment qu’attendait le gouverneur. Dès qu’il vit cette colonne se mettre en mouvement et passer le retranchement, il fit tirer à la fois sur elle des pièces des deux tours G, H, des deux couleuvrines en batterie sur le boulevard et de tous les traits à poudre. La colonne prise ainsi en écharpe et de front, hésita, recula -, alors, des crêtes du boulevard, tombèrent sur elle une grêle de traits d’arbalète. Elle se rallia cependant derrière la batterie S qui envoya une salve sur ce boulevard, et, obliquant un peu sur sa droite, de manière à se couvrir au moins des feux de la tour H, elle franchit de nouveau le retranchement et jeta ses échelles sur l’escarpe du boulevard. Les défenseurs soutinrent résolûment l’assaut. Puis la tour G tirait sur les assaillants, ainsi que les couleuvrines amenées en L et P.
Ceux-ci faisaient des pertes cruelles. Deux fois quelques-