‹ Histoire d'une forteresse; texte et dessinsChapitre 30 sur 92 · SORTIE DE NUIT DE LA GARNISON DU CHATEAU · texte numérisé non relu

SORTIE DE NUIT DE LA GARNISON DU CHATEAU

HISTOIRE d'une FORTERESSE. I yS

Cette sortie exalta le courage des assiégés ; aucun d'eux, si ce n'est ceux qui avaient fait la guerre outre-mer, ne connaissaient les effets du feu grégeois. Ils se considéraient dès lors comme invincibles. C'était bien là-dessus que comptait le baron Guy en combinant cette attaque, qui n'avait au total, pour les assiégés, qu'un résultat insignifiant.

A la place de la tour de bois brûlée, le duc fit élever une terrasse, composée de clayonnages et de gazon, sur laquelle fut placé un bon plancher de poutres pour recevoir un trébuchct qui battait les lices et atteignait presque la barbacane. Puis, une autre terrasse, au milieu même du front de la contrcvallation avec un mangonneau dont les projectiles tombaient en plein dans cette barbacane. Les assiégés contre-battaient ces engins avec le premier trébuchct et avec un autre dressé dans la barbacane. De part et d'autre, pendant une journée que dura le tir, on ne se fit pas grand mal, car, sitôt que les soldats voyaient abaisser la verge de l'engin opposé, ils se garaient. Les assiégeants élargirent la terrasse centrale et alors purent y installer trois mangonneaux qui parvinrent à briser entièrement le trébuchet des assiégés installé dans la barbacane, les palissades en avant et à écrêter le crénelage. Force était aux gens du château de se blottir contre les murs pour ne pas abandonner l'ouvrage. Quand les assiégeants Jugèrent les palissades indéfendables et les crénelages suffisamment détruits, l'assaut fut ordonné (26 mai).

D'abord, couverts par des mantelets ou leurs pavois, les archers et arbalétriers s'avancèrent jusqu'à soixante pas de la barbacane, formant autour d'elle un arc de cercle, les archers en avant, les arbalétriers derrière. Sitôt qu'un défenseur se montrait sur le chemin de ronde, il était touché. Ceux-ci, garantis comme ils pouvaient par les débris des merlons et par leurs pavois, ripostaient de leur mieux, mais sans succès, car ils étaient fort gênés. Ne voulant

pas risquer la vie de ses hommes inutilement, Anseric les fit coucher à plat-ventre sur le chemin de ronde pour être prêts au moment de Tassaut.

Deux troupes de Bourguignons s'avancèrent alors munies d'échelles à crochets et de planches qu'ils jetèrent sur le petit fossé de la palissade. Quelques hommes déterminés la défendirent; mais elle était tellement brisée par les projectiles, que ses défenseurs durent l'abandonner. Alors une trentaine d'échelles furent dressées contre la barbapàne, et des chapelets d'hommes gravirent leurs échelons; mais les gens du château parvenaient à décrocher les montants et précipitaient les assaillants en bas; d'autres, se servant des débris des merlons, les écrasaient. Ceux de ces assaillants qui parvenaient jusqu'à la crête étaient reçus à coups de fauchards, d'épieux et de leviers.

Le pied de la barbacane était déjà couvert de morts et de blessés, de débris d'échelles et de pierres. Des tours de la porte de la baille, de bons arbalétriers, bien abrités, touchaient la plupart de ceux des assaillants qui parvenaient à enjamber les restes du parapet. L'assaut, trois fois renouvelé, fut trois fois repoussé, avec des pertes considérables chez les Bourguignons. L'assaillant avait brisé la porte de la barbacane; mais le baron, voyant qu'on ne pouvait défendre les lices, avait fait barricader cette porte en ne laissant qu'une étroite issue pour permettre aux derniers combattants des palissades de rentrer. Sitôt ceux-ci en dedans, des chevrons, des tonneaux furent accumulés contre cette porte. Sur ce flanc, les assaillants étaient exposés aux projectiles lancés des tours et courtines de la baille. Ils parvinrent cependant à établir des mantelets pour se protéger, et jetant du soufre et de la résine sur ces débris de la porte, ils y mirent le feu. L'incendie se communiqua à la barricade; mais les défenseurs y apportaient sans cesse de nouveaux débris de bois, et la nuit vint sans

l'assiégeant se loge dans la barbacane

IIISTOIRK DUNE FO RTER liSSE.

que rcnncmi eût pu occuper Touvrage. Il n'en resta pas moins installe autour de la barbacane, se mettant à couvert derrière des fascines et des mantelets, et accumulant contre ses murs des troncs d'arbres, des mottes de gazon, des paillasses prises dans les maisons isolées, pendant qu'un trébuchet ne cessait d'envoyer des pierres sur le terreplein de la défense. Les assiégés Pavaient abandonnée dès le milieu de la nuit et avaient fait tomber le pont donnant entrée dans la baille.

Au lever du soleil (26 mai), les Bourguignons purent donc franchir sans résistance les murs de la barbacane ; mais ils se trouvaient exposés directement aux projectiles lancés des défenses de la baille garnies de hourds. Ce ne fut pas sans perdre du monde que l'assiégeant put se loger dans cette barbacane, dont il fit tomber un grand pan de mur.

Puis, après avoir déblayé la brèche, il se mit en devoir de faire avancer un chat qui avait été charpenté à l'avance, hors de portée de trait, à quelque distance de la contrevallation, pendant qu'on élevait deux terrasses extérieurement aux murs de la barbacane et s'appuyant sur ceux-ci (fig. 41).

Les Bourguignons ne pouvaient entreprendre une nouvelle attaque avant d'avoir complété ces ouvrages. Le baron Guy voulut emplo3^er utilement ce répit. Derrière la courtine de gauche de la porte de la baille, il fit établir sur une plate-forme de charpente les deux trébuchets qui lui restaient, puis réunir par une bonne palissade avec fossé Tangle de la chapelle à l'angle du bâtiment D des écuries'. Les trébuchets étaient montés en dedans de cette palissade formant retranchement intérieur. Les bois des hourds furent bien mouillés et enduits, autant que le tir de l'ennemi le permettait, de terre détrempée. La précaution

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