I. Voyez la figure
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côté de la rivière d'Abonnc, s'étaient mis en relation avec les troupes de la coalition et manifestaient leur impatience et leur colère même contre cette poignée de brigands qui tenaient la \illc haute et prolongeaient une lutte inutile. Le général allemand ne demandait pas mieux que de voir les choses s'accommoder; il avait déjà plus de quatre cents hommes hors de combat et trouvait que c'était beaucoup pour prendre ce nid qu'on croyait dépourvu de garnison et de munitions. Les nouvelles qu'il recevait du Nord depuis quelques jours étaient meilleures-, mais on le pressait d'en finir.
Un des plus fougueux parmi les ro3^alistes qui ne quittaient pas le camp des Allemands, proposa donc d'aller trouver le' commandant de place, afin de lui apprendre la retraite sur tous les points des armées de Napoléon, la prise imminente de Paris, l'entrée très -prochaine des Bourbons aux acclamations de la France entière, et l'inutilité, par conséquent, d'une défense plus longue.
Le général Werther se prêta volontiers à cet!e démarche, et le 2 mars, le baron de X*** se présenta aux avancées avec un parlementaire allemand. Le colonel reçut l'officier allemand et le baron dans une chambre d'une des casernes eflbndrées de la place. Le parlementaire allemand demanda d'abord un échange des prisonniers. — Ce qui fut accordé sans difficulté par le colonel. — Puis à son tour, le baron de X*** voulut exposer l'objet de sa démarche....
Dès les premiers mots le colonel l'arrêta : « Je ne sais et ne désire pas savoir, monsieur, lui dit-il, si vous venez ici en votre nom seul ou au nom d'un certain nombre de vos compatriotes. Mais )e vous repondrai brièvement et clairement. Je suis ici en vertu d'ordres supérieurs pour défendre la place contre les ennemis du pays. Tous les motifs politiques que vous me faites entrevoir me sont in-
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différents. Je ne veux même pas les supposer. Je ne rendrai la place que contraint par la force ou sur un ordre du gouvernement de F Empereur.... Permettez-moi d'ajouter, monsieur, que vous remplissez aujourd'hui un rôle qui ne vous fait point honneur. Qu'en pense monsieur le capitaine? » ajouta-t-il en se tournant vers Tofficier allemand. Celui-ci se contenta d'incliner la tête, k Les prisonniers seront échangés dès aujourd'hui, si vous le désirez, tête pour tête , dit le colonel en se levant \ quant à vous, monsieur, si vous n'étiez pas entré ici , protégé par le drapeau parlementaire, je vous ferais juger et probablement fusiller devant la garnison , avant le coucher du soleil. » Et en congédiant ses deux interlocuteurs, le commandant de place recommanda cà l'officier chargé de les reconduire aux avancées de ne les laisser communiquer avec personne.
L'assiégeant, à dater de ce jour, ne poussa ses travaux d'approche qu'avec lenteur; il se contenta de terminer la deuxième parallèle et d'établir trois batteries de six pièces chacune, lesquelles le 8 mars ouvrirent le feu contre les faces droite et gauche des bastions II, III, et contre la face gauche de la demi-lune n" 2, avec l'intention évidente de faire brèche à quatre cents mètres. Trois batteries de mortiers couvrirent ces ouvrages de bombes. Il paraissait que les Allemands cherchaient cà occuper la garnison, à la décourager en attendant les événements politiques qui mettraient la place entre leurs mains. Sur les quatre mille hommes qui étaient sous les ordres du général Werther, et qui étaient réduits à trois mille cinq cents par suite des pertes subies, mille hommes avaient dij être dirigés sur Troyes; il ne restait donc plus devant la Roche-Pont que deux mille cinq cents hommes. De plus, le général avait reçu l'ordre de ne rien compromettre, de se contenter de surveiller les passages de la Saône à la Marne et de tenir
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bloquée la garnison de la Roche-Pont, en Toccupant assez pour qu'elle ne put prendre rollensix'e, mais sans perdre du monde pour posséder cette bicoque. D'autre part, les royalistes de la \'ille basse ne cessaient d'annoncer la lin des hostilités et l'entrée des Bourbons.
Le 12 mars, on recevait au quartier général la nouvelle de réchec subi par Napoléon devant Laon, la déroute du corps de Marmont et la marche prononcée des troupes alliées sur Paris. Les royalistes crurent que le moment était venu de faire une nouvelle tcntativ^e auprès du général Werther pour l'engager à en iniir. Ils tenaient à être les premiers en Bourgogne à se déclarer pour les Bourbons, et la prudente lenteur du général des troupes alliées les exaspérait. Celui-ci eut de son côté désiré tenir la place avant la cessation prévue des hostilités. Il en\'oya donc un nouN'eau parlementaire au colonel Dubois, pour lui faire connaître les dernières nouvelles des armées de la coalition, l'entrée prochaine des alliés dans Paris, désormais découvert, et pour le sommer de rendre la place, afin d'éviter une eftlision inutile de sang-, mais que s'il se refusait à capituler, il devait s'attendre à des rigueurs regrettables et dont seul il porterait la responsabilité. La réponse du colonel Dubois fut identiquement la même que la précédente. Il ne pouvait capituler, puisqu'aucun ouvrage de la place n'était entamé.
Pendant la nuit du 1 2 au i 3 mars, deux batteries de mortiers furent établies sur les rampes des coteaux de la rive droite et ouvrirent leur feu dans la soirée, sur le faubourg de la rive gauche. La flèche qui ser\'ait de tête de pont fut bouleversée par les obus. Le général allemand comptait ainsi déterminer les gens de la Roche- Pont à exiger du commandant de place une capitulation prompte. Le feu prit à un certain nombre de maisons dans ce faubourg, et les habitants se réfugièrent dans la \'ille haute.
Au tir des batteries de mortiers, la garnison ne pouvait répondre, n\a3'ant plus de pièces de gros calibre. Les six pièces de vingt -quatre étaient employées à contre -battre les batteries du Nord, et on ne pouvait désarmer les bastions de ce côté. Pour comble de misère, le typhus se déclara parmi les blessés de la cité.
Les vivres commençaient à devenir rares et la garnison était à la demi-ration.
Sur le plateau, la canonnade de part et d'autre continuait, et les escarpes des deux bastions II et III étaient fort endommagées. L'ennemi n'ayant plus rien à détruire et à brûler dans la ville basse de la rive gauche, commença ses cheminements le 1 5 mars, et établit une demi-parallèle avec deux nouvelles batteries pendant la nuit et la journée du i6 mars, de quatre pièces chacune*. Ce ne fut pas toutefois sans difficultés, car ces batteries n'étaient qu'à trois cents mètres des faces du bastion II et III, dont les cavaliers conservaient encore leurs pièces de gros calibre. Les i8 et ig mars, vingt-six bouches à feu tirèrent cependant contre les ouvrages et parvinrent à bouleverser les parapets et à démonter les pièces de l'assiégé.
Pendant la nuit du 19 au 20 mars, le colonel essaya de remettre en batterie les canons qui lui restaient, mais ces pièces de faible calibre ne pouvaient rien contre les ouvrages ennemis. Toutefois les brèches faites aux saillants de la demi-lune n° 2 et du bastion II n'étaient pas praticables, et le colonel, voulant réserver le peu qui lui restait de son artillerie pour le moment de l'assaut, fit remparer la gorge du bastion II, rentrer son canon et attendit. Pour ne pas laisser démoraliser son monde, il l'occupait la nuit dans de petites sorties qui fatiguaient l'assiégeant. Il faisait maintenir en état les chemins couverts autant que le