CHAPITRE IV
DES IDÉES DE M. PAUL EN MATIÈRE D^ART, ET COMMENT ELLES FURENT MODIFIÉES.
« Avant de reprendre le crayon, » dit le grand cousin, dès que Ton fut réinstallé dans le cabinet de travail, « il faut savoir ce que vous voulez. Nous avons tracé l'esquisse des plans. Nous savons qu'ils peuvent s'élever, que la construction ne présentera pas de difficultés; que les murs séparatifs des étages sont d'aplomb les uns sur les autres ; que les portées des planchers sont raisonnables, que les ouvertures sont aux places convenables. C'est très-bien... . Maintenants voyez-vous ces plans en élévation? C'est-à-dire voyez-vous la maison debout, avec ses étages, ses combles, ses baies, etc. ?
— Mais.... non.
— Eh bien , il faudrait d'abord vous représenter cette bâtisse comme si elle existait réellement.... Je sais que cela ne vous est guère possible, puisque beaucoup d'architectes ne sont pas plus avancés que vous lorsqu'ils ont tracé sur
le papier les plans horizontaux, et qu'en traçant ces plans, ils ne voient pas leur bâtisse s'élever en idée. Réfléchissez un peu, examinez bien ces figures, et tâchez, par la pensée, de leur donner, en élévation, une apparence quelconque avant de vous servir du crayon.... Prenez votre temps. J'ai une lettre à écrire, quelques comptes à mettre en ordre *, pendant ce temps-là, tâchez de me donner l'élévation d'une des faces de la maison, de celle de l'entrée par exemple, côté nord, et nous raisonnerons sur ce projet. Je ne vous recommande qu'une chose, c'est de ne rien mettre sur le papier sans avoir réfléchi, au préalable, sur la convenance, Tutilité de ce que vous projetterez.
« Allons, courage *, et n'oubliez pas l'échelle de proportions ! »
M. Paul était fort embarrassé, et trouvait la besogne bien difficile. Les idées qui lui étaient venues abondamment lors de son premier projet lui refusaient leur service. Cependant, au bout d'une bonne heure et demie il présentait à son cousin un croquis.
(c Cela pourrait être plus mauvais, dit le grand cousin. Vous avez donné 4 mèt. 5o de hauteur au rez-dechaussée entre planchers, c'est bien ce que nous avions dit *, mais pourquoi la même hauteur au premier étage ? Les pièces sont plus petites, on est mieux aéré -, donc il n'est pas besoin de donner à cet étage une hauteur pareille, et4mètres suffiraient largement. Puis, pourquoi des fenêtres rondes à rez-de-chaussée? Les fenêtres rondes sont difficiles à garnir de châssis, et cela s'arrange mal avec les fermetures, volets, jalousies ou persiennes. Bon ! vos fenêtres de l'escalier principal ne ressautent pas et seraient coupées r^u milieu par l'emmarchement, ce qui empêcherait de les ouvrir et ferait que d'un coup de pied on pourrait casser un carreau. Puis votre cage d'escalier ne s'élève pas au-dessus de la corniche et ne pourrait permettre d'entrer dans l'étage sous comble.
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11 en est de même pour Pescalier de service. Vos combles sont faits en bresis, c^est-à-dire avec deux pentes. Gela ne vaut pas grand'chose dans des pays comme ceux-ci. Il faut des combles à pente simple et sans arêtiers qui exigent un entretien difficile. Mieux valent les pignons. Vous avez marqué des chaînes de pierre aux angles. Je n'y vois pas de mal *, mais comment construirez- vous vos tableaux de croisées encadrées par des sortes de pilastres ? Aucune souche de cheminée ne dépasse votre comble ; cependant vous sentez qu'il faudra bien qu'on les voie. Vos mansardes sont trop basses et on se cognerait la tête pour regarder dehors. Faut-il que les linteaux de ces lucarnes soient au moins à 2 mètres au-dessus du plancher. Et pourquoi des lucarnes ovales ? Cela est fort incommode et difficile à fermer. Vous avez indiqué le perron en perspective, comme font les Chinois... -, mais c'est un détail. En quoi bâtirez- vous vos murs ? Est-ce en pierre de taille, en moellons, en pierre et moellons ou en pierre et briques ?
« Etudions cela ensemble. Lorsque l'on compose un plan par- terre ou horizontal, indépendamment des distributions, la chose dont il faut se préoccuper, c'est de savoir comment on couvrira les bâtiments. Car ce qui .importe le plus dans une construction, c'est le moyen de la couvrir, puisque toute construction destinée à un usage intérieur est un abri. Cela est indiscutable, n'est-ce pas ? Eh bien, dans votre bâtisse, dont les plans sont maintenant sous vos yeux, que voyezvous dans la masse du corps principal ? Deux parallélogrammes qui se coupent ainsi (fig. 3). Un premier parallélogramme a b cd, coupé par un second parallélogramme e f ^/î.Nous laissons de côté les bretêchesetles escaliers. Donc si nous montons des pignons sur les murs a c, b dont les rampants seront égaux à la ligne a c, nous aurons deux triangles équilatéraux dont les bases seront a c oxb <i, et les pentes à ôo'', ce qui est la pente la plus convenable pour de
Tardoise, en ce que la neige ne s^y arrête pas et que cette pente ne donne pas de prise au vent. Si, de même, sur les murs efy g h, nous élevons deux pignons ayant une pente semblable, ces murs étant moins longs que ne sont ceux a c, b les triangles seront plus petits et leur sommet n'atteindra pas la hauteur des premiers. Alors le comble élevé sur le plus petit parallélogramme pénétrera celui élevé sur le grand et formera par ces pénétrations des angles rentrants que nous appelons noues ; je trace ces noues en / k l, m n, m o. Car les pentes des deux combles étant égales, en projection horizontale, ces noues partageront Tangle droit
en deux angles égaux *, vous savez assez de géométrie pour comprendre cela.
« Voilà donc la manière la plus simple de couvrir notre bâtiment -, or, en fait de couvertures, les plus simples sont les meilleures. Maintenant, pour que nos deux escaliers permettent de pénétrer sous ces combles, il faut que leur cage, autrement dit leur enveloppe de maçonnerie, s'élève audessus de la corniche du bâtiment et fournisse un étage supplémentaire, pour eux seuls. Donc nous élèverons ces cages et nous établirons pour elles des combles spéciaux. L'un, celui du grand escalier, sera en pyramide à base quadrangulaire, et l'autre, celui du petit, sera conique.
DES I D ÉES D E M. PAUL.
« Rien ne nous empêche d'élever sur les deux mursq!{, s des loges ou bretêches, de petits pignons, toujours avec une même pente de ôo'', et de couvrir ces loges par deux petits combles qui s'appuieront sur les grands pignons a c, bd. Quant au bâtiment affecté à la cuisine au rez-de-chaussée, et à la lingerie au premier étage, nous suivrons la même méthode, et, élevant un pignon sur le mur u j\ nous aurons un comble sur ce logis, à deux pentes, qui viendra de même s'appuyer sur le grand pignon b d. Nous aurons alors une rencontre à la base du comble sur la loge 5 / et de celui sur le bâtiment de la lingerie. Nous formerons un appentis, pour éviter les chéneaux intérieurs, lequel pénétrera ces deux combles et rejettera les eaux en t. Donc la projection horizontale de cet ensemble de combles sera le tracé que vous voyez sur notre figure 3. Les souches des cheminées traverseront ces combles, ainsi que je vous l'indique, et ces souches, pour que les cheminées ne fument pas, doivent s'élever au moins au niveau du faîtage, c'est-à-dire au-dessus de l'arête supérieure du comble le plus élevé. Quant aux couvertures des dépendances, étant plus basses puisqu'elles n'ont qu'un rez-de-chaussée, nous n'avons pas à nous en préoccuper pour le moment.
u Remarquons que ces pignons s'élevant verticalement, nous permettront de disposer sous les combles des chambres d'amis très-convenables, indépendamment des chambres de domestiques qu'il faudra ménager, en les éclairant par des lucarnes ; tandis que nous pourrons avoir pour les chambres donnant sur les pignons, de belles fenêtres avec balcons, si cela nous convient.
« Cela décidé, en principe, il serait bon de distribuer cet étage sous comble. Mettez un morceau de papier à calquer sur le plan du premier étage. Bien ; maintenant, tracez tous les gros murs qui, nécessairement, doivent s'élever jusqu'à la couverture, puisqu'ils portent des cheminées. Tracez, à un
mètre en dedans des murs goutterots, c'est-à-dire qui ne portent pas pignons, une ligne, laquelle indique la place perdue par suite de 1 inclinaison du comble ; vous allez ainsi avoir l'espace dont vous pouvez disposer. Le grand escalier va monter à cet étage, ainsi que Pescalier de service. A partir du gros mur de refend qui, du grand escalier, va joindre Tangle du corps principal vers le sud-est, qui est la belle orientation, nous allons disposer les chambres d'amis, lesquelles formeront ainsi un quartier séparé mis en communication avec les appartements par le grand escalier. Nous pouvons, dans cette partie, obtenir deux belles chambres A et B, avec leurs cabinets de toilette atl b\ puis deux plus petites chambres G et D, possédant toutes une cheminée. N'oublions pas le water-closet pour ces appartements, en W. De l'autre part, et en communication directe avec l'escalier de service, nous pourrons trouver facilement quatre chambres de domestiques E, F, G, H, des débarras I, et un water-closet L, pour les gens (fig. 4).
« Au-dessus du bâtiment des remises et écuries et de la buanderie, nous pourrons aussi, dans les combles, disposer de trois ou quatre chambres de domestiques, cocher, palefrenier, etc.
« Maintenant, il convient d'esquisser les façades.
« Nous élèverons le sol durez-de-chaussée d'un mètre cinquante centimètres au-dessus du sol extérieur, pour que nos caves soient convenablement aérées et pour soustraire ce rez-de-chaussée à l'humidité du terrain. Nous donnerons au rez-de-chaussée 4^,20*' de hauteur sous plafond. Tracez à ce niveau un bandeau horizontal de o™,3o*' de hauteur qui sera l'épaisseur du plancher. Aux pièces du premier étage, qui sont plus petites que celles du rez-de-chaussée, nous donnerons 3™,70*' entre planchers. Puis tracez l'épaisseur de la corniche avec sa tablette, o™,55^ Alors commenceront les combles, dont la hauteur sera fixée par celle des