‹ Histoire d'une maisonChapitre 40 sur 50 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

LA MENUISERIE

« Tous les détails de la menuiserie, continua le grand cousin, devraient être donnés avant de commencer la construction d'une maison, car la première condition d'une œuvre de menuiserie est de choisir les bois et de n'employer que ceux qui sont bien secs et débités depuis plusieurs années. Nous sommes pris de court et nous n'avons pu nous occuper de cette partie importante de notre construction. Heureusement je connais à Ghâteauroux un menuisier qui possède des bois en magasin, qui en est avare et ne les emploie qu'à bon escient; j'obtiendrai de lui de nous les fournir. Votre père lui a rendu quelques services ; il ne fera donc pas, je pense, de difficultés pour prendre dans ses magasins les bois secs et de bonne qualité qu'il réserve avec un soin jaloux pour les bonnes occasions.

« Mais s'il est nécessaire de n'employer, dan s les œuvres de menuiserie, que des bois sans défauts et bien secs, il ne l'est pas moins de combiner ces sortes d'ouvrages en raison de la

nature des matériaux et de ne pas sortir des conditions qu'ils imposent. Les bois sont débités suivant certaines dimensions données par Pusage et la grosseur des arbres. Ainsi, par exemple, une planche n'a en largeur que de 0.20 à 0,2 5 c. (8 pouces anciens), parce que les arbres propres à la menuiserie n'ont guère plus que ce diamètre, aubier déduit; donc, si Ton fait des panneaux, il est sage de ne leur pas donner plus de 0,20 à 0,2 5 c. de largeur, afin de les prendre dans une planche. Si pour faire un panneau on assemble deux ou plusieurs planches, celles-ci, en séchant, se disjoindront et laisseront voir entre elles un intervalle ; tandis qu'en donnant seulement à chaque panneau la largeur d'une planche, en admettant que celle-ci subisse un retrait, ce retrait se produit dans la languette et il n'y a pas disjonction. Faut-il toutefois que ces languettes soient assez larges pour qu'elles puissent subir le retrait sans sortir de la feuillure. Vous allez mieux comprendre tout à l'heure.

Dans le dernier siècle, on a fait beaucoup de portes à grands cadres^ c'est-à-dire dont les panneaux encadrés par des moulures ont une largeur de 0,40 à o,5o c; c'était la mode. Mais on n'employait alors que des bois très-secs, coupés et débités depuis un grand nombre d'années, et ces panneaux, faits de deux planches assemblées ou simplement jointives, ne subissaient pas de retraits. Vous voyez des portes ainsi faites dans le salon de votre père, et il n'en est qu'une dont le panneau se soit ouvert. Aujourd'hui, pour or ou argent, on ne trouve plus de ces bois ; il faut donc en prendre son parti et renoncer à ces larges panneaux. Ou si on veut absolument en faire, faut-il les prendre dans du bois blanc, dans du grisard qui est une sorte de peuplier, parce que ce bois sèche vite, ne se fend pas, ne cofjîne pas, ce qui veut dire qu'il ne se courbe pas en travers du fil. Mais le grisard est un bois tendre qui se pique des vers assez facilement, surtout à la campagne. Tenons-nous-en donc au

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chêne et combinons nos portes de telle sorte que les panneaux n'aient que 0,20 c. environ de largeur. Nous avons des portes à deux battants et des portes à un battant. Celles à deux battants ont i'°,2o^ de largeur-, celles à un battant 0,80 à 1^,00. Leur hauteur varie entre 2"\io et 2"',2o*'; car il est fort inutile de leur donner plus, puisqu'on ne se promène pas dans les appartements avec des croix et bannières et que la taille humaine ne dépasse guère I™,8o^ Les trop hautes portes ont bien des inconvénients ; elles sont sujettes à voiler, elles se ferment difficilement, et, s'il fait froid, chaque fois qu'on les ouvre, elles laissent pénétrer dans les intérieurs un cube considérable d'air humide et glacial qui refroidit d'autant les pièces habitées.

« Commençons donc par tracer une porte à deux battants. Nous ferons les bâtis et traverses de cette porte en bois de 0,04 c. d'épaisseur (ancien 2 pouces). On appelle bâtis (fig. 56), les pièces d'encadrement, battements ou battants, les pièces A*, traverses, les pièces horizontales intermédiaires; chaque montant aura 0,11 c. de largeur, les petits montants intermédiaires, o,o5 c. Chaque vantail, en déduisant 0,01 5 m. pour la feuillure milieu, aura donc 0,596 m. puisque la porte doit avoir en largeur i™,20 c.*, déduisant 0,11 + o,o5 + 0,095 m. pour les trois montants, total : 0,255, il reste pour les deux pannaux 0,84 c. et pour chacun d'eux 0,17 c. Il faut poser la traverse de façon que son axe soit à i",oo au-dessus du sol; car c'est sur cette traverse que se pose la serrure, et il est nécessaire de donner à cette traverse 0,1 5 c. de large, afin que déduction faite des moulures, soit o,o5 c, il reste encore 0,10 c. pour la place de cette serrure dont la boîte a généralement 0,08 à 0,10 c. de largeur. Ces sortes de portes sont dites : à -panneaux de glaces; tous les assemblages étant laits d'équerre, sans onglets, les panneaux étant étroits, ces portes ne jouent pas et se maintiennent parfaitement.

Voici le détail de ces assemblages (fig. 67) : soit A le jambage en maçonnerie de la baie ; on pose un dormant B scellé à Taide de pattes à ce jambage. G^est sur lui que sont fixées à Taide de vis les paumelles G sur lesquelles roulent les vantaux. D est le bâti; EE les battants; F le montant intermédiaire; G les panneaux avec leurs languettes embrevées. Les chambranles H forment feuillure autour du bâti. On rapporte le long de la feuilleure des battants les mou-

lures I destinées à donner à cette feuillure plus de résistance et à présenter un arrondi qui n'écorche pas les mains ou n'éraille pas les vêtements. En K, je vous indique la traverse haute avec son tenon L entrant dans une mortaise en M qui doit traverser le battant. Au droit de l'assemblage du montant intermédiaire N, la moulure O est coupée d'équerre pour laisser passer la tête de ce montant, dont le tenon P entre dans une mortaise R. En S, vous voyez les feuillures dans lesquelles viennent s'embrever les languettesT

des panneaux, lesquels sont renforcés à une certaine distance de ces languettes, comme vous le voyez en V, de telle sorte que leur épaisseur soit de o™,o2 2 "".Vous observerez que les chanfreins X des montants s'arrêtent au-dessous des assemblages pour laisser au bois toute sa force au droit de ceux-

ci. Pour des portes de cette dimension, il nous faudra trois paumelles par vantail.

<( Cet aperçu vous donne la clef de toute la menuiserie de bâtiment ordinaire et bonne. La règle est simple : ne jamais affaiblir les bois au droit des assemblages, faire toujours ceux-ci d'équerre et ne pas dépasser les dimensions données par les bois débités.

« Nos portes à un vantail seront établies d'après ce système. Il nous reste à nous occuper des croisées. Nous suivrons le même principe, c^est-à-dire que nous éviterons les assemblages défectueux d'onglet, que tous ces assemblages seront d'équerre. Voici (fig. 58) une de ces croisées qui se composent

d'un dormant A scellé dans la feuillure de maçonnerie B et d'un châssis à deux battants. L'épaisseur des bois de ce châssis sera de 0,04 c. et les montants de battements se réuniront à gueule de loup. Pour éviter la pose de verres d'une trop grande dimension , ou la nécessité de poser des glaces, nous diviserons les battants par un petit bois G.

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Les détails de ces châssis de croisée vous seront nécessaires; je vous les présente tracés par la figure Sg.

« En A )'ai marqué la feuillure du tableau de la fenêtre ; en B, le dormant^ en G, Pun des montants qui entre par une languette dans le dormant pour arrêter le passage de l'air-,

en D, le montant du battement de droite avec sa gueule de loup et le battement E de gauche. C'est sur le renfort interne F que Ton pose le crémone. Le détail G vous donne le profil de la traverse d'appui du dormant et celui de H de la traverse basse des châssis de croisée avec son jet d'eau destiné à empêcher l'eau de pluie ou de neige de pénétrer

dans rintérieur. Mais comme il arrive que, malgré cette précaution, la pluie violemment poussée par le vent atteint la feuillure et est chassée à Pintérieur, il faut ménager dans cette feuillure un petit canal a avec deux exutoires, pour que Peau ne puisse se répandre sur la paroi interne de ( Tallége I. Afin de masquer la jonction de la traverse ' d'appui de bois avec Tappui de pierre, nous rapporterons la cymaise K. En L, je vous marque Tassemblage de la traverse basse du châssis avec le montant, et en M, celui de petit bois avec ce même montant. Vous remarquerez en O les leuillures externes pour recevoir le verre et les chanfreins P avec arrêts à Tintérieur pour laisser aux assemblages toute leur force. Outre les trois paumelles nécessaires à chaque vantail, il faut compter des équerres entaillées hautes et basses pour empêcher les châssis de donner du ne^^ c'est-à-dire de fatiguer les assemblages et de peser sur le milieu de la croisée, car le verre ne peut remplir l'office des panneaux de porte qui raidissent les bâtis. Au contraire, par son poids, le verre tend à déformer ces châssis.

« Vous allez donc, mon cher Paul, vous mettre à ces détails, je rectifierai vos tracés ; puis, muni de ces dessins, vous irez à Châteauroux et vous soumettrez tout cela à Tentrepreneur de menuiserie qui fera ses prix. Vous compléterez les dessins par des explications en retenant bien ce que je vous ai dit et vous rapporterez les propositions de votre entrepreneur. Je vous adresserai d'ailleurs à Châteauroux à un ingénieur de mes amis chez lequel vous serez reçu comme un parent et qui pourra compléter les renseignements qui vous manquent. »

Mme de Gandelau eut quelque peine à consentir au voyage de Paul-, mais sur les assurances que Tami du grand cousin serait prévenu et qu'il serait à la gare pour recevoir le futur architecte, que celui-ci séjournerait au milieu d'une famille

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heureuse de le recevoir, la permission fut accordée. D'ailleurs le voyage ne serait que de trois ou quatre jours et Châteauroux est à quatre-vingts kilomètres de la propriété de M. de Gandelau.

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