‹ Histoire d'une pipe, Volume 1Chapitre 1 sur 38 · CH. BLÉRIOT, LIBRAIRE-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

CH. BLÉRIOT, LIBRAIRE-ÉDITEUR

Directeur de l'Ouvrier et de la Gazette des Campagnes 55, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS

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Dca 15, 1815

PRÉFACE

Histoire d'une pipe. Quelle futilité ! diront en haussant les épaules certaines personnes habituées à juger les gens sur la mine et les livres sur la couverture.

Comme si un titre ou même des titres n'étaient pas trop souvent une affiche trompeuse destinée à déguiser fa marchandise ou le marchand.

Un filou trouVe plus facilement à se procurer une carte de visite armoriée avec un beau nom de comte ou de baron , qu'un simple livret d'ouvrier régularisé par le patron.

Que de livres sont des filous qui , grâce à leur fausse carte de visite, s'introduisent là où ils n'auraient jamais dû pénétrer.

Pourquoi ne pas en citer quelques-uns?

Il n'y a pas longtemps , il en, parut un splendidement imprimé, sur la couverture duquel on lisait en gros caractères : Vie de Jésus , par un membre de V Institut, Quel titre ! se dit M. Prud'homme, la science se prosternant devant la divinité!'

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PREFACE

voilà ce qui me convient, et aussitôt il entra, paya le livre fort cher et remporta précieusement pour en faire en famille une lecture édiflante. ^

Heureusement Jean Loysèan rencontra ce pauvre badaud au moment où il rentrait chez lui.

— ^^ Voilà qui est beau, voilà qui est savant, lui cria Prud^homme en lui montrant sa nouvelle acquisition.

Jean Loyseau , qui a la mauvaise habitude de ne pas se contenter de ces beaux semblants, ouvrit le volume ; vous savez ce qu'il y a trouvé.

Mais comme il était trop tard pour le rendre au libraire, la dupe continua à soutenir que rien n'était aussi admirable, seulement il se garda bien de le lire à son épouse et à sa demoi^ selle.

Quelque temps après, à la devanture d'un libraire, il remarqua deux nouveaux livres bien séduisants : le Maudit, par Vàbbé TroiS'Étoiles , une remarquable étude théologique, et la Bible de l'humanité, par M. Michelet.

C'était bien tentant, deux fois il mit la main à la poche, il lui manquait trois francs cinquante. Je repasserai ce soir, se dit-il: Ce fut^ une heureuse chance, car dix pas plus loin il rencontra Henry Lasserre.

— Que pensez-vous du Maudit? demanda-t-il au critique.

— C'est une hottée d'ordures, répondit celui-ci à demi asphyxié par Ik nauséabonde lecture de l'œuvre du faux ahbé.

— Et de la Bible de V humanité? r

— C'est une hottée de blasphèmes.

— Aussi ne les ai-je point achetés, fit Prud'homme d'un air

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PREFACE. m

capable, mais je veux faire à ma ûlle la surprise d*un charmant volume de poésies, plein de sentiment, de fraîcheur et d'élévation.

Et conmie il se trouvait en fonds, il rentra chez son libraire, qui fut tout charmé et tout aise de se défaire en sa faveur des Chansons des Rties et des Bois, par un membre de l'Académie française , un joli petit choix d'inepties heureusement difGciles à comprendre, tant le susdit académicien a maltraité la langue française. • Fiez- vous donc à un titre.

Certes l'Histoire d'une Pipe, j'aurais pu tout aussi bien Tintituler : Victorieuse réfutation de quelques erreurs, par l'illustrissime savant Trois-Ëtoiles, n'est pas appelée à un retentissement semblable à celui des ouvrages que je viens de citer. EUe n'a été écrite que pour faire un peu de bien, ce qui , aux yeux de son auteur, est infiniment préférable à la triste gloire de pouvoir faire beaucoup de mal.

Humble, elle a pris un humble titre qui, ne promettant rien, ne trompera du moins aucun de ceux qui la liront.

Tout homme qui écrit se propose un but. Les uns, c'est le plus grand nombre, ne travaillent que pour gagner le plus possible d'argent, beaucoup cherchent à se faire un nom, quelques-uns chercïient surtout à gagner des prosélytes à la cause qu'ils défendent, soit par ambition, soit par conviction.

J'appartiens à la classe des écrivains convaincus et je m'en fais gloire.

Mon récit a donc un but essentiellement moral , attaquer quelques-unes des erreurs grossières dont l'histoire fourmille.

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IV PREFACE

erreurs d'autant plus dangereuses qu'elles sont plus généralement admises comme vérités et enseignées comme teHes.

Mais parce que je m'adresse surtout à une classe de lecteurs auxquels leurs occupations interdisent de longues recherches, je n'ai pas cru devoir leur imposer mes assertions comme un dogme, ni leur présenter comme des faits des opinions plus ou moins contestables. Ce qu'ils ne pouvaient pas faire, je l'ai fait pour eux , j'ai fouillé de nombreux volumes, j'ai pesé le pour et le contre et ce n'est que lorsque j'ai crû être parfaitement sûr d'un fait que je l'ai avancé. Puis enfin par une dernière précaution , pour écarter tout soupçon et répondre à toute objection , j'ai dressé, chapitre par chapitre, la liste des ouvrages principaux dans lesquels j'ai puisé les documents sur lesquels s'appuie mon récit.

Cette liste suit ma préface, ami lecteur, jetez-y les yeux, vous verrez que je me suis adressé aux ennemis comme aux amis, leur demandant à tous la vérité, rien que la vérité.

Une cause juste comme celle que je défends appelle la lumière bien loin de craindre qu'elle se fasse.

Uoissons donc nos efforts pour dissiper les ténèbres qu'accumule la fausse science.

ur et le mensonge chacun avec les armes

capables de manier.

irasse de sophismes, l'irréligion se croit à

s et semble les mépriser. Ne nous effrayons

pas pour cela. Goliath était un géant bardé de fer qui provoquait avec insulte tout Israël au combat, et il suffit à David le petit berger d'une pierre pour renverser le colosse.

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PREFACE

Ramassons chacun notre pierre, nous ne sommes pas tous des David , j*en suis convaincu , mais je suis convaincu aussi que rirréligion scientifique n'est qu'un faux Goliath dont la cuirasse, soi-disant impénétrable, pourrait bien n'être que du carton.

Essayons toujours.

A. DE Lamothe.

Nîmes, i 2 janvier 1866.

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