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Histoire de Bagdad dans les temps modernes

Cet ouvrage repose sur trois sources principales : l'-Le Gulchèn-i Khulèfâ de MourtdzâNazhmî-Zâdè, en turc, qui est le septième des ouvrages publiés par l'imprimerie fondée à Gonstantinople en 1141 de l'hégire (1728), grâce aux soins du Hongrois Ibrahim Mutéferriqa. Ce volume contient l'histoire de la ville de Bagdad depuis sa fondation jusqu'en 1130 (1718). Écrit à la demande d"Omar-Pacha, alors gouverneur de la province, il n'a pas été composé tout d'une pièce : la préface nous apprend qu'il a été terminé en 1100 (1688), tandis que sa lecture nous montre qu'il a été continué plus tard jusqu'en 1130; en outre, il en avait été fait des rédactions manuscrites qui ont été plus tard modifiées et délaissées, ce que l'auteur appelle des « brouillons désordonnés ». Mouriézâ était un Turc né à Bagdad, et fils du poète Nazhmî. Lors de la prise de Bagdad par Châh-'Abbâs, la plupart des Turcs émigrèrent. Le père de notre auteur, après s'être caché quelques jours, se déguisa en derviche, et accompagné de sa seule mère, tête et pieds nus, sans provisions, se dirigea vers l'Asie-Mineure. Après s'être reposé quelque temps dans les bourgades de Hilla et de Kerbélâ, il se rendit auprès de Hâfyzh Ahmed-Pacha qui revenait en 'Iraq, pour tenter, infructueusement d'ailleurs, de délivrer Bagdad des mains de ses nouveaux maîtres. Le général et lui se connaissaient de longue date. Le poète suivit Ahmed-Pacha en Asie-Mineure, et se consola de

n INTRODUCTION

l'éloig-aernent de son pays d'origine en fréquentant la société de plusieurs hauts dig^nitaires du rang- de vizir et de inirmiran, et en s'enrichissant en leur compagnie, probablement par les cadeaux qu'il en obtenait en échange de ses panégyriques rimes. Notre auteur cite des vers de son père^ qui figurent dans le divan ou recueil de poésies qu'il a laissé, et entre autres, les deux premiers vers d'une ode composée à l'occacasion de l'arrivée de Mourâd IV à Orfa, en marche sur Bagdad (1048 r= 1638). Ce poète revint dans son pays, après la prise de la ville par les Turcs, lorsqu'on apprit la nouvelle de la mort de Chàh-Çafi, roi de Perse, le 14 séfer 1032 (14 mai 1642) ; il était suivi de ses enfants et petits-enfants. Il vivait encore en 1069 (1658-o9), année où il composa un chronogramme qui fixe la date de la construction de la mosquée du Silihdâr Mohammed-Pacha, monument qui ne fut achevé que vingt-cinq ans après, en 1094 (1683).

Quant à Mourtézâ, il avait connu personnellement des gens qui lui avaient rapporté une anecdote relative aux préparatifs du siège de la ville en 1035 (1625-1626), alors que celle-ci était encore aux mains de Çafî-Qouly-Khàn, gouverneur pour les Persans ; sous le gouvernement du vizir Mélèk Ahmed- Pacha, il vit celui-ci, qu'on avait surnommé mélèk (l'ange) à cause de ses vertus, réciter lui-même la prière des morts sur le corps d'un manœuvre écrasé un jour sous l'écroulement d'un mur : « Celui qui est mort en gagnant sa vie est mort martyr », disait cet homme de bien. Il connut Mourtéza- Pacha, renommé pour sa bonne chance, qui servait de divinité tutélaire aux pêcheurs du Tigre et rapporte deux anecdotes à ce sujet. Il composa enfin de nombreux chronogrammes, sur la reddition de Candie en 1081 (1670-71), sur la naissance du sultan Ahmed III en 1084 (1673), sur la réparation du mausolée du saint musulman Ma'roùf Karkhî sous ^Vbd-ur-Ra^i-

INTRODUCTION |ll

mâu-Pacha, de 1085 à 1087(1674-1676), et sur l'achèvement de la mosquée du SïWhdàr ]^a.i' h sildh-choùr Mohammed-Bey , en 1094 (1683). H a donc été témoin des événements qu'il rapporte dans la dernière partie de son ouvrage. Il est mort en 1133 (1720) selon Ahmed Hanîf-Zâdè ', ou en 1136 (1723) d'après Ilammer'.

Un manuscrit turc de ma collection, sans titre ni nom d'auteur, me paraît être un de ces « brouillons désordonnés » qui formaient la rédaction primitive du Gulchèn-i Khulèfâ. C'est un petit in-4'' de 109 feuillets ; les titres des chapitres sont tracés à l'encre rouge, et les pages sont encadrées de deux filets rouges entourés d'un filet bleu. Ce livre a été mouillé, probablement par le jet des pompes dans quelque incendie. II est consacré à l'histoire de la ville de Bagdad depuis l'établissement des khans mongols de la Perse jusqu'à l'année 1088 de l'hégire (1677); il ne comprend, par conséquent, ni la période des khalifes abbassides ni les dernières années du xi^ siècle de l'hégire. Le texte suit d'ailleurs exactement celui qui a servi de base à l'imprimeur Ibrahim ; on n'y relève que de légères différences de rédaction. L'existence de ce manuscrit semble prouver qu'à l'origine l'ouvrage de Mourtézâ ne traitait pas de l'histoire des khalifes abbassides, simple compilation qui y a été ajoutée plus tard, et ne portait pas encore le titre sous lequel il est connu, et qui s'applique d'ailleurs assez mal aux matières qu'il contient pour sa plus grande partie.

Les sources historiques citées dans le cours de ce manuscrit, comme dans le texte imprimé, sont le Nokhbèt-et-Téwârikh de Mohammed ben Mohammed, écrit sous le sultan 'Os-

1. A la suite de Hâdji-Khalfa, dans l'édition de Fluegel, t. VI, p. 574, 578 et 606.

2. Geschichte der osman. Dichtkunst, i. IV, p, 132. Comparez Ch. Rieu, Catalogue of the turkish Mss. of the British Muséum, p. 41.

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