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fissent prou de désordres; car encores qu’ils ne rançonnascent pas ouvertement les personnes, ils fouilloient couvertement dedans les bourses de leurs hostes, et ceux qui gouvernoient dedans les villes prenoient non pas des rançons mais des présens des plus craintif, qui désiroient de demeurer en asseurance en leurs maisons. Cette bénignité de la Roi ne ne peut cependant adoucir le cœur de plusieurs, ains elle sembloit leur avoir plus tôt servi de souflet pour accroistre leur mauvaise volonté; car peu ou point de ceux qui estoient dehors le pais revinrent, et maints qui estoient dedans massacroient tous ceux qu’ils pouvoient attraper portans armes pour la Roine, fussent béarnois ou estrangers; et quelques uns .usèrent de telle cruauté, qu’ils enterrèrent quelques soldats tous vifs.
Pour entretenir à l’avenir le pays en la dévotion de la Roine et retenir le peuple en devoir, l’exercice de la justice fut restabli au mesmes estât qu’il estoit devant la venue de Tarride et les officiers qui avoient esté déposez par 4uy remis, et ceux qu’il avoit faits desmis. Et garnisons et gouverneurs furent ordonnez par toutes les places tenables : Lons fut mis à Pau, Lobié à Oloron, Poqueron à Nay, Espalengue en Ossau, Brasselay à Orthez. Après cela l’armée partit de Pau pour aller vers le Vie-Vieil où le capitaine La Borde 1 fut mis dedans le chasteau de Montaner. De là elle print le chemin de Bigorre où estoit Bellegarde , qui lui fit aussi belle place qu’il avoit fait au passer de la Garonne. Tarbe se remit à sa volonté et le sieur.de
1. Bernard de Laborde, 1570 (Arch. des Basses-Pyrénées, E. 2001 ).
Bénac fut envoyé sommer Lourde 1 et le ehasteau, mais il trouva que le capdet Bertran d’Antin l’avoit jà abandonné ; Caseban fut ordonné gouverneur de la ville et du ehasteau. La reddition de Lourde fascha fort Bonasse qui, partant de Nay, s’estoit retiré aux montagnes de Labedan *, desquelles Lourde estoit la porte. Par quoy n’osant faire plus long séjour là, il pensa de passer par la valée d’Ossau, pour se retirer en Aspe et en la Basse-Navarre où Luxe avoit encore quelques forces en pié. Mais arrivant aux premiers villages d’Ossau , tout le peuple luy courut sus et lui fit rebrousser chemin avec perte de tout son bagage et équipage et vingt hommes morts ou prisonniers. Depuis il print le chemin par Espagne.
Et la Bigorre remise ès mains de sa comtesse , l’armée tourna la teste devers la Chalosse pour faire mesmes exploit sur la viscomté de Marsan, où l’effroy de ses troupes victorieuses n’estoit pas moindre qu’ailleurs. Et Flamarens, séneschal de Marsan et gouverneur de la ville du Mont-de-Marsan, n’eut plus tôt nouvelles que Mongomeri avoit pris cette route, qu’il quitta la ville avec tel espouvantement qu’il ne fut possible aux habitans, qui le prioient de les aider à se défendre ou de capituler avec l’ennemi, selon que l’avantage ou la nécessité leur enseigneroit, del’arrester. Ains pour ce que le maire ne voulut prendre les clef du ehasteau, craignant qu’on iïe lui demandast conte des choses qui s’y esloient perdues durant les
1. Lourdes, chef-lieu de canton de l’arrondissement d’Argelès (Hautes-Pyrénées). Le château est encore une place forte.
c l. Le Lavedan est compris dans le département des Hautes- Pyrénées.
troubles, Flamarens les jetta sur la rue et monta à cheval. Cela fit retirer les Mont-Marsanois à Monluc, duquel ils n’eurent aucune responce, sinon qu’il estoit marri de la kscheté de Flamarens, mais qu’ils fissent comme ils pourroient, car il n’avoit lors moyen de leur envoyer autres forces. Sur quoy ils receurent la garnison que le comte leur envoya et promirent dix mille livres pour la cause. Saint-Sevé 1 fit le mesmes et promit quinze mille livres. Les deux compagnies qui estoient à Sainct-Sevé se retirèrent à Àqs 2 . Le comte fut fort fasché contre Bassillon, de ce qu’il avoit entrepris de faire ladite capitulation, sans son sceu et sans son commandement, et otlroyé la rettraitte aux deux compagnies à d’ Aqs, lequel le comte espéroit trouver despourveu. Ce fut le commencement du supçon qu’on eut de Bassillon, les actions duquel on commença dès lors d’observer.
Le mareschal Danville et Monluc , qui avoient durant ce tems mis sus de belles forces , commencèrent de s’approcher du comte , les forces duquel estoient fort affoiblies par les grandes maladies qui s’estoient mises en son armée, qui ne voulant mettre au hazard d’une bataille le fruict de ses victoires, se retira sur la frontière de Béarn, et de là dedans le païs vers Saliis, pour mettre la rivière du Gave entre »luy et l’ennemi, s’il le vouloit suivre pour l’attirer à un combat désavantageux. Mais Monluc s’adressa vers le Mont-de-Marsan et le print en plein jour par escalade, car il n’y avoit que bien peu de soldats qui mesmes