‹ Histoire de Bèarn et Navarre 1517 à 1572Chapitre 27 sur 169 · Dax (Landes · texte numérisé non relu

Dax (Landes

de La Palisse 1 , luy fut substitué. Ayant receu l’armée il marcha droit à Baionne et de là à Saint-Jean-de-Lus, où, ayant mis toutes ses forces ensemble, print le chemin de Hendaye, attandant l’armée de mer que le capitaine Lartigue, vice-amiral de Bretaigne, menoit pour ravitaillement. Mais la nécessité des assiégez estoit tant extrême, que sans avoir nouvelles dudit Lartigue, La Palisse fut contraint de passer la rivière et approcher les ennemis qui n’osans entrer au combat en gros, après quelques escarmouches deslogèrent la nuict et se retirèrent par les montaignes encore qu’ils fussent égaux en nombre d’hommes aux François. Leur inopiné deslogement resjouit beaucoup les assiégez qui craignoient tout autre effort des assiégeans. La Palisse refreschit la garnison et avituailla la place. Lanusse, dit le capitaine Franget, gentilhomme béarnois et lieutenant de la compagnie des gens d’armes du défunct mareschal de Chastillon, avec une compagnie de 50 hommes d’armes que le Roy luy donna, et le capitaine Pedre Navarre avec mille hommes de pié, Gascons, Basques et Navarrois, furent laissez dedans, en la place de Lude et de ses soldats qui furent ramenez en France. Le gouvernement de la place et le principal commandement sur les gens de guerre furent donnez à Franget. L’année suivante l’Empereur, avec l’aide du roy d’Angleterre, entreprit d’assaillir la France tout à la fois par la Champaigne, Picardie et Guienne et de recouvrer Fontarrebie. Le commandement de l’armée pour l’expédition de Fontarrebie et Guienne fut donné à Philibert de

1. Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice, maréchal de France en 1515, tué à Pavie en 1525.

Chaloon, prince d’Orenge qui commença de marcher le sixième de setembre 1523, avec espérance de prendre non - seulement Fontarrebie mais aussi Baionne. Mais le seigneur de Lautrec, gouverneur de Guienne, le prévint avec toute la célérité et prudence qu’une telle entreprise requéroit. Estant donc Lautrec arrivé à Baionne, fit conduire en diligence dedans Fontarebie tout ce de quoy on pouvoit avoir besoin, tant d’hommes, vivres que munitions de guerre pour attendre un long siège et soustenir un grand effort et fit retirer dedans Baionne les vivres et bestails qui se trouvèrent au pais de Labour, tant pour la provision de la dite ville qu’à ce que l’ennemi ne s’en peut prévaloir. Et d’autant qu’il n’avoit assés de forces pour attendre l’ennemi à la campaigne , estant les plus grandes forces de France empeschées en Italie , Picardie et Champagne, et qu’il n’avoit moyen de pourvoir Baionne du nombre de gens de guerre qu’il estoit requis et craignoit que l’ennemi, faignant de vouloir attaquer Fontarrebie, se jettast tout d’un coup sur Baionne, se resolust de demeurer lui-mesmes dedans la ville. Cela fut la sauvation de cette place, car les Espagnols estans arrivez le 1 6 du dit mois de septembre 1523 à Saint-Jean-de-Lus, vindrent Lendemain assaillir Baionne par eau et par terre, avec telle impétuosité, que, sans la présence de Lautrec, il est aparent qu’ils l’eussent forcée, veu le peu de gens de guerre qui estoient dedans. Mais la vertu et diligence de ce grand capitaine les empescha, qui de trois jours et de trois nuits ne bougea de dessus les

I. Philibert de Chilien, prince d’Orange et de Melfi, né en 1502, tué à Pistoye en 1530.

murailles, commandant toutes les choses nécessaires, selon que l’occurence et la nécessité monstroit estre à faire, et confortant, tant de parolle que par son propre exemple, le peuple avec tel visage et magnanimité que les habitans (qui du commencement se monstroient fort estonnez , n’estans accoustumez à telles escrimes et voyant les grands efforts des assaillans et la multitude de leurs vaisseaux) tant hommes, femmes qu’enfans, prindrent courage et mirent si bien la main à l’œuvre que bien tost toutes les avenues et entrées des rivières furent bouchées, et les plus couards devenus hardis se présentoient au combat, avec la mesme hardiesse, asseurance et persévérance qu’ont accoustumé faire les plus vaillans et mieux aguerris, de manière que l’ennemi trompé de son attente, pour ne perdre tems, se mit à sa retraitte et alla assiéger Fontarrebie. Mais il n’y trouva pas semblable résistance qu’il avoit fait à Baionne, encore qu’elle fut pourveue de plus grand nombre de gens de guerre et de toutes autres choses nécessaires pour la défendre un bien long tems , car Franget , après avoir tenu peu de jours, la rendit fort mal à propos et sans avoir enduré grande batterie et point d’assaut. Voilà combien peut aux affaires de la guerre la vaillance ou la pusillanimité des chef. Cest homme cstoit en estime de bon capitaine et avoit beaucoup d’expérience en l’art de la guerre et avoit toute sa vie bien fait, néantmoins fit cette lourde faute. Il n’y a jamais eu si grand capitaine, qu’une fois en sa vie n’ait fait quelque pas de clerc, car Dieu, duquel seul vient la hardiesse et la vaillance, oste souvent l’entendement et le cœur aux plus sages et aux plus hardis, afin qu’on

connoisse telles vertus procéder de sa seule grâce, non pas des forces et longs labeurs des hommes et qu’on apprenne de despendre de luy et l’invoquer en toutes actions. Franget excusoit cette sienne faute, partie sus l’infidélité de Pedro Navarre, qu’il disoit avoir intelligence avec , l’ennemi, partie sus l’impatience des soldats qui faschez de la longueur de cette guerre ou craignans de tomber à la discrétion des ennemis se desroboient tous les jours. Toutesfois scs excuses ne feurent receues par le Roy, ains fut Franget à Lion sur un eschafaut dégradé des armes et de noblesse, et luy et ses dcscendans déclarez roturiers, pour avoir esté négligent et failly de cœur à prévoir et prouvoir à l’inobéissance des soldats et à la conspiration de Pedro, laquelle fut clerement vérifiée pour ce que, quittant le service du Roy, il se retira avec l’ennemi, et l’Empereur le remit en tous ses biens et l’apointa beaucoup mieux que ne faisoit le roy de France. Tous les Navarrois suivirent Pedro et les François se retirèrent en France, mais tous ceux qui tomboient ès mains de Lautrec estoient incontinent pendus comme infidèles à leur Prince et déserteurs de son service.

Estant le prince d’Orenge maistre de Fontarrebie, il la rempara, fortifia et avituailla et y mit bonne garnison de Castillans. Après cela, solicité par Luxe, il entra en Guienne du costé de Baionnc, et ayant passée la rivière du Gave 1 (fleuve tellement impétueux qu’il semble plustot torrent que rivière) entra dans Sorde 2

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