‹ Histoire de Bèarn et Navarre 1517 à 1572Chapitre 35 sur 169 · Pau, Morlaas, Nay, Olorou, Ortlicz et Sauveterre · texte numérisé non relu

Pau, Morlaas, Nay, Olorou, Ortlicz et Sauveterre

au fait de la guerre, à chacun desquels furent payez tous les ans seulement le sergent, l'enseigne et le tabourin. Et afin que le peuple se trouvast armé à la nécessité, il fît faire dedans le pays et apporter de dehors grande quantité d’harquebuses qui furent départies à tous ceux qui avoient moyen de les payer, les entretenir et maintenir. Tousjours depuis cest ordre de militie a esté entretenu et se treuvent aujourdhuy plus de six mille harquebusiers ensemble dedans vingt et quatre heures, toutes les fois que ces six capitaines leur commandent. Pareillement se souvenant de n’avoir peu jouir ne disposer de sa fille, qui a voit esté tousjours nourrie en France sous la puissance de son oncle le roy François, estant grosse pour la seconde fois, il la fit venir faire ses couches en Béarn, afin que l’enfant fut nourri auprès de soy, et au pays auquel avec le tems il devoit dominer. Elle s’accoucha donc à Pau, le douze décembre 1 553 de Henri III, à présent régnant en France et Navarre *. De son tems advint une chose mémorable en Béarn, laquelle plusieurs ont escrit, à savoir l’an 1543 et le 14 de may la ville de Nay (lieu de ma demeure) se brusla tout à plat avec ses fauxbourgs et ne demeura le feu (chose esmerveillable) plus de trois heures , et l’endemain on ne trouvoit de tout ce grand embrasement charbons, brasier ne cendres. Et estoit la flamme si violente qu’elle ne donnoit respit ne loisir de l’esteindre, car elle sauteloit d’un costé à l’autre avec telle vitesse, qu’à peine ceux de l’une rue estoient accourus au secours de l’autre

1. Co passage indique que La rédaction de 1’ « Histoire de Béarn et Navarre »* est postérieure à i589.

qu’ils voioent leurs maisons embrasées. Et combien que le clocher fut fort haut, si se print le feu plustot au sommet d’iceluy qu’au corps du temple 1 , et tout ce qui se monstroit dessus l’eau des meubles qu’on y jettoit pour les conserver estoit incontinent allumé et se brus^ loit jusques à fleur d’eau. Bodin 2 a voulu rendre quelque raison naturelle de ce feu ; quelques autres ont escrit qu’il estoit provenu du ciel, mais il est certain qu’un petit garçon, qui est encores aujourdhuy vivant, par inadvertance, comme il cerchoit un esteuf 3 4 sous le lict, y mit le feu avec une chandelle et les bastimens qui estoient faits de bois de sapin et couverts de bardeau de fau \ prinrent incontinent le feu et jettèrent sy prompte flamme, qu’elle fut aussi tost espandue par toute la ville.

Ce Boy fut gouverneur et amiral de Guienne, car le roy François joingit ces deux estas pour plus honnorer ce prince son beau-frère. De son temps l’an 1 548 fut la sédition des gabeleurs en Guienne, esmeue premièrement en Santonge par le peuple menu, à cause de quelques imposts nouveaux que le roy Henri II a voit mis sur les salines. Cette furie populaire s’espandit incontinent par toute la Guienne, avec tant d’insolences et cruautez que plusieurs officiers du Roy et autres notables personnages furent massacrez et leurs maisons pillées, et ne falloit pour incontinent fere massacrer

1. Ce clocher avait été construit en 1504 (Arch. des Basses- Pyrénées, E. 1715).

2. Jean Bodin, né en 1530, mort eè 159G. Auteur de La République, La Démonomanie, Theatrum universce natures.

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