‹ Histoire de Bèarn et Navarre 1517 à 1572Chapitre 54 sur 169 · On a ajouté : prétendues · texte numérisé non relu

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espierles actions du Navaroiset de son frère le Prince. Il les trouva au Mas d’Agenois 1 où il ne fit nul séjour, jasoit qu’il eust tousjours fait démonstration d’estre très affectionné serviteur de ses deux frères et eut esté fort familier du prince de Condé, mais les Guises l’avoient gaigné et attiré de leur costé, ce que rendit son voyage suspect et ses paroles de nulle efficace. Il les vouloit asseurer de la bonne volonté du Roy et de la Roy ne, sa mère, envers eux et de la sincère servitude que le cardinal et le duc de Guise protestoient publiquement leur avoir vouée. Parquoy, disoit-il, ils ne dévoient faire nulle difficulté de s’acheminer en cour où ils estoient grandement désirez du Roy, de la Royne et des Guises et en général de toute la cour, et leur présence y estoit très nécessaire pour aider de mettre quelque fin aux troubles qui affiigeoient la France, en quoy le dit roy de Navarre avoit plus d’intérest que tout autre après le Roy et messieurs ses frères, pour sa qualité de premier prince du sang après la maison du Roy. Ce que ledit mareschal protesta leur avoir dit en fidèle serviteur qui désiroit leur repos, bien et grandeur, sans qu’il en eust receu charge ne commandement, car il n’estoit venu là que pour les visiter seulement et leur offrir son service. Cela retint le roy Antoine de luy faire autre response pour le regard du Roy et de la Royne, protestant que luy ni le Prince, son frère, n’ estoient jamais entrez en nulle deffiance de la bonne volonté de Leurs Mayestés; comme aussi de leur costé, ils n’avoient jamais eu

1. Chef-lieu de canton de l’arrondissement de Marmande (Lotet-Garonne).

autre intention que de leur rendre le fidèle service et obéissance qu’ils leur dévoient, mais qu’ils estoient très bien acertainez que ceux de Guise, leurs capitals ennemis, avoient rempli les oreilles du Roy de plusieurs choses sinistres et pleines de calomnies pour l’irriter contre eux. Sur quoy ledit roy Antoine, en très grande colère, dit plusieurs choses accompagnées de menaces contre le gouvernement des Guises, et le prince de Condé fit de grands reproches au mareschal de ce que, pour plaire ausGuises, il avoit entrepris de le suivre pour l’arrester. C’est une grande indiscrétion de menacer celuy qu’on ne peut abattre ne luy apporter aucun dommage important, car cela luy sert d’avertissement pour se tenir en garde et le provoque pour le tenir en garde et le provoque pour son propre salut de prévenir le menaçant et luy faire le premier cela de quoy il l’aura menacé. Aussi les menaces de ces deux Princes ne servirent que d’accroistre la deffiance et l’inimitié des Guises , qui pour attraper les Bourbons, sans courir aucun danger de leur costé, importunoient tous les jours le Roy de leur commander de venir en cour et se trouver aux Estas, qui avoient esté remués de Meaux à Orléans. Mais la pluralité de tant de commandemens et promesses du Roy augmentoit plus qu’elle ne diminuoit la défiance et reculoit plus qu’avancer le voyages du roy de Navarre ; et les Guises se servoient finement de ces délais pour rendre plus suspects et plus odieux les deux frères au Roy, qui conseillé d’envoyer vers eux en Gascogne quelques personnages qui, sans leur estre suspects, leur fussent agréables pour essayer de gaigner sur eux par paroles ce qu’il n’ avoit peu obtenir par lettre, y envoya les

cardinals de Bourbon et d’Armaignac, et le prince de La Roche-sur-Yon et le sieur de Grussol l .

Le cardinal d’Armaignac, avoué parent de la maison de Navarre, et par la faveur d’icelle parvenu à tant de bénéfices et dignitez ecclésiastiques, arriva le premier à Nérac en qualité de légat en Navarre et Béarn. Il représenta au roy Antoine avec beaucoup de paroles et gestes, pleins d’affection en apparence, l’indignation du roy François contre luy, qu’il tenoit pour chef de tous ceux qui en France fesans profession de la religion nouvelle, avoient remué les armes et donné commencement aux troubles qui estoient par tout le Royaume. Car le dit seigneur Roy s’asseuroit que telles gens n’auroient jamais eu l’audace de se monstrer en public ny d’abattre les images, ruiner les autels et saisir les églises, si quelques uns des plus grands du Royaume ne leur eusent levé le menton ; que la profession publique que le prince de Condé fesoit de cette religion et la demeure et prédications en sa cour et en sa présence de Boynormand, David 2 et Henry 3 , ministres de cette secte, estoient tesmoignages certains que Sa Majesté et le Prince, son frère, favorisoient les déportemens de ces hérétiques séditieux et très pernitieux à l’Estat. Mais que le Roy s’estoit délibéré de mettre tellement la* main sur eux, qu’il ne la lèveroit avant les avoir tous exterminez et son intention estoit de commencer l’exécution par les plus grands et par

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