Poteau
vous voulussent empescher de vous assembler aux Estas, pour vous oster l’occasion d’entendre le juste désir et affection que Sa Majesté a de conserver et garder sous sa protection les terres et seigneuries souveraines du pats de Béarn, et vous oster les moyens de pouvoir entendre ce que Sa Majesté escrit en général à tous les Estas dudit pats. J’ay bien voulu, à toutes aventures, vous escrire la présente pour vous faire entendre le contenu en ladite lettre générale, afin que, nonobstant leur mauvaise volonté, vous puissiez connoistre ce qu’elle contient, qui est qu’en l’absence de la Roine et du prince de Navarre, voz souverains, il se veut monstrer conservateur et protecteur de leurs terres et seigneuries de Béarn, et empescher par tous moyens qu’elles ne soient surprises, usurpées ni possédées par force, violence ou autrement par aucun Prince ou autre estranger quelquonque, ne voz fors, loixet costumes violées et enfraintes; lesquelles pour le désir et affection que Sa Majesté porte au prince de Navarre, vostre souverain seigneur, et pour l’espérance qu’elle a de se servir quelque jour de lui ès grandes affaires de ce Royaume, il veut estre gardées et conservées, sans qu’il y soit fait aucune violence ; ne désirant rien tant en ce monde que le voir hors des mains de ceux qui le possèdent et le détiennent, forcent sou bon naturel et la générosité de son cœur, afin qu’il le puisse retirer près de lui et lui faire tout le bon traittement qu’il est convenable à un tel parent qu’il luy est. Escrit au camp de Segousne, le 20 de mars 1569. Henry. Plus bas : Fizes 1 . »
t. Simon Fizes, baron do Sauves, mort en 1579. C’était le mari de la favorite de Catherine de Médicis.
HISTOIRE DE BÉARÏt
Tarride leur envoya aussi Fauroux \ guidon de sa compagnie, pour leur présenter sa commission et les sommer de remettre en la protection du roy de France le pais avec leurs personnes et biens. J’ay ajousté ici la sommation au long :
* Antoine de Lomaigne , seigneur et baron de Tarride, visconte de Gimois, chevalier de l’Ordre du Roy, capitaine de cinquante hommes d’armes de ses ordonnances, lieutenant général, chef et conducteur de l’armée par Sa Majesté ordonnée pour la protection et sauvegarde du pais de Béarn, au premier, second et tiers Estât et sindic de Béarn, salut. Comme s’estans les rebelles et ennemis du Roy saisiz et emparez par leurs ruses et astuces des personnes des royne de Navarre et prince de Navarre, son fils, qu’ils détiennent encores par force pour, de leur nom et autorité, bailler prétexte à leurs damnées entreprises et machinations, et se prévaloir et aider des biens et facultez desditz Royne et prince de Navarre, le pais et souveraineté de Béarn, causant mesmement leur longue absence, soit en danger d’estre exposé en proye, chose qui desplairoit grandement au Roy; lequel pour empescher l’interdit et commis dudit pais au premier conquérant proposé au concile dernier, l’auroit advoué estre sous sa protection, tant pour la conservation de l’estât et biens desdits Royne et Prince, espérant par tous offices de bénigne Roy et bon parent les retirer et réduire du pouvoir desditz rebelles, qu’aussi pour la manutention des sujetz dudit pais de Béarn en leurs fors, privilèges et coustumes, restablissant et mettant
t. Peut-être le seigneur Je Fauroux, canton do I3ourg-de-Visa, arrondissement do Moissac (Tarn-et-Uaronne).
en Leur vigueur, si aucuns auroyent estes rompus ou enfraintz par ie passé. A cette cause, nous de son exprès commandement vous sommons de sousmettre voz personnes et biens à la protection de Sa Majesté pour estre traittez, maintenuz et defïenduz suivant vos fors, privilèges et costumes. Autrement en vostrc refus ou mespris, délibérons d’employer les forces et main armée que Sadite Majesté nous a ordonnées pour cest effect, pour vous y contraindre et réduire en son obéissance. Et d'autant que nous sommes asseurez du bon vouloir et ferme intention que Sadite Majesté et Monsieur son frère ont de vous vouloir traitter doucement et humainement, nous vous exhortons d’accepter ladite protection, qui vous est présentée pour vostre grande utilité et repos, et nous faire prompte responce, afin qu’autrement ne soyons contrains, au très grand regret de Sadite Majesté et nostre, user de la rigueur des armes en vostre endroit. Signé : Terride. Plus bas : CniROUSE. »
Les Estas firent autant l’estonné d’entendre ceste sommation, comme s’ils n’eussent jamais ouy parler de ce fait et demandèrent dilay pour avertir la Royne de cette sommation, ce qui leur fut refusé. Parquoy députèrent de chascun Estât 1 avec le sindic Luger pour aller remonstrer à Terride, qui estoit lors logé au village d’Espoiey * en Béarn, que les Estas ne pouvoieut recevoir cette protection. ■
1. La première rédaction de Bordenave portait : députèrent pour le premier Estât l'abbé de La Reule , poMr le second Gerderest, Audaux, Sainte-Colome et Bonasse, et pour le tiers les jurats de Morlas, Nay et valée d’Osau. L’auteur a fait cette correction do sa main.