‹ Histoire de Béarn et NavarreChapitre 112 sur 160 · Village aujourd’hui réuni à la ville de Navarrenx · texte numérisé non relu

Village aujourd’hui réuni à la ville de Navarrenx

Le 24 ceux de Montbalon saluèrent la ville avec douze volées de quatre grosses pièces. Beaucoup, non accoustumez d’ouyr ces tonnantes chansons, s’estonnèrent du commencement, mais ils s’y apprivoisèrent si bien, qu’en peu de jours elles leur servoient de leur accroistre plus que d’oster le courage et de les resjouir en travaillant, en quoy ils firent une telle diligence que Navarrenx estoit plus fort à la fin du siège qu’au commencement.

Le 27 à la faveur de la nuict, voulant les assaillans oster la commodité du pont à ceux de dedans, essayèrent de le brusler avec force poix, soufre et poudre à canon ; mais ils furent si bien saluez par ceux de la ville qu’ils s’en retournèrent sans rien faire, avec telle haste et vitesse qu’ils oublièrent deux sacs de poix. Et le soir après, cuidans mieux faire, y retournèrent et l’avoient une fois si bien enflambé qu’il s’en alloit bruslé , sans la prompte et grande diligence des assiégés qui dès lors y mirent garde ordinaire jour et nuict. Depuis non seulement ceux de dedans demeurèrent maistres dudit pont, mais aussi de la rivière où ils alloient pescher, laver les lexives et abreuver les chevaux. Et les gojats durant tout le siège sortoient ordinairement couper le fourrage pour les chevaux.

Ce mesme jour Bertrand Ponteto et Antoine Buisson 1 ,

1. Antoine Buisson était ministre de l’église Saint-Pierre d’Oloron qui avait en même temps comme curé catholique Guilhem de Cami (Chronique d'Oloron par M. l’abbé Menjoulet, in-8*, Oloron, 1864-18G9; II, p. 89). — On verra ci-dessous la mort de la femme de Buisson. Ils laissèrent deux orphelins qui, en 1577, recevaient encore une pension do 25 écus 16 sols 8 deniers (Arch. des Basses-Pyrénées, B. 2368, f> 307).

HISTOIRE DE BÉARÎÎ

ministres d’OIoron, qui peu avisez s’estoient laissez attraper dedans la ville, sous l’asseurance que Esgarrebaque leur avoit donné de ne recevoir la protection, ne donner jamais entrée aux ennemis; par commandement de l’abbé de Saubelade, fils dudit Esgarrebaque, furent [massacrez ‘] au bois de Laurence * par Jean d’Esporin 3 , d’OIoron, et environ douze autres, et puis jetiez dedans un ruisseau, [estant le père Esgarrebaque party le matin d’OIoron expressément pour donner loisir au fils de faire faire cette exécution.] Leurs livres furent bruslés [et leurs maisons pillées] et leurs femmes jettécs dehors la ville avec leurs enfans, sans qu’il leur fut permis d’emporter autre chose qu’un pain pour chacune. Et pour ce que ceux du village de Luc avoient enterré ces deux cors, Saubalade les fit désensevelir et conduire tous nuds au camp, où après avoir esté visitez et mauditz par les plus grands, furent jettez dedans le Gave. La femme de Buisson, qui estoit demoiselle de la maison de Bonas 4 en Pardiac, fut [deshonnorée et] conduite au camp où elle fut retenue devant tout le monde en opprobre et ignominie jusques à la venue du comte Mongomeri qu’elle fut tuée à Orthez par ceux qui la retenoient , [afin qu’elle ne se peut plaindre de l’injure qui lui avoit esté faite et nommer ceux qui l’avoient honnie.]

Page 1