Polygraphe catholique, mort en
2. Commune du canton de Nay-Est, arrondissement de Pau (Basses-Pyrénées) .
près, que s’il n’eust eu la retraite si prochaine, il y estoit demeuré; s’en retournant ils bruslèrent une sienne maison qu’ils trouvèrent sur le chemin. Sur cest avertissement Tarride fit conduire en diligence, mais avec confusion, son artillerie à Orthez, à Oloron et à Mauléon de Soûle , deux pièces demeurèrent engravées, et envoya quelques compagnies à Oloron, Pau et Lesca. Les Basques se retirèrent en leur pais et lui avec le demeurant de l’armée à Orthez, où il arriva le huictiesme d’aoust. Ils estoient tous en tel efîroy qu’ils ne pouvoient prendre aucune résolution de ce qu’ils dévoient faire pour prouvoir aux affaires qui se présentoient, et leur semblant que toutes choses leur manquassent, couroicnt çà et là, pensans trouver ce de quoy ils estimoient avoir faute. Combien que s’ils eussent sceu prendre leur avantage, ils avoient assez de force pour se défendre en ce lieu , en attendant leur secours qui estoit prochain. Mais cela arrive ordinairement à ceux qui attendent de se résoudre jusques au plus fort des affaires. Or, devant que Tarride descampast, ceux de dedans, connoissans à la contenance des ennemis qu’ils avoient volonté de desloger, sortirent sur les Basques qu’ils firent un peu partir plus tôt qu’ils ne pensoient. les chargeans si brusquement que ceux qui avoient les chevaux bridez n’eurent loisir de monter dessus, ny ceux qui avoient la viande sur la table de la manger. Ils prjiirent ce qu’ils voulurent et s’en retournèrent chargez de vivres, armes et bagage avec huict chevaux et quatre pipes de vin. Ce mesme jour, passantauprès de Sainte-Colome 1 , Mongo-
1. Sainte-Colomme, canton d’Arudy, arrondissement d'Oloron (Basses-Pyrénées).
meri envoya sommer quelques-uns qui s’estoyent mis dedans le chasteau avec le capitaine Faron qui leur respondit par harquebusades ; un soldat y fut tué. Pour la vengeance duquel quatre enseignes y furent envoyées, qui ayans mis le feu à la porte, tout le chasteau s’embrasa tellement que tout ce qui estoit dedans se brusla, exceptée une fille qui fut descendue par une fenestre. Une autre maison de plaisance dudit Sainte-Colome fut aussi pillée et bruslée. Ce mesme jour Bonasse envoya trente harquebusiers à la maison du sieur d’Abère d’Asson 1 [gentilhomme fort affectionné à la religion romaine et au service de son Prince et aagé de près de nonante ans,] qui n’avoit bougé de sa maison de toutes ces guerres ; lequel en haine de ce que Mongomery avoit esté en passant prendre le vin chez luy, après avoir saccagé sa maison, bruslé sa borde et violé une sienne fille bastarde, ils le massacrèrent vilainement avec sadile fille et puis les jettèrent tous deux dedans la rivière.
[Le neufviesme bon matin tous les soldats et habitans de Navarrens se trouvèrent à la prédication où furent rendues grâces solennelles à Dieu de la délivrance qu’il luy avoit pieu leur faire.] Durant ce siège furent tirez 1777 coups de canon, non pas en batterie, mais à coup perdu contre les maisons, qui ne firent pas autant de dommage que les munitions, qui y a voient esté employées, valoient. Dedans la ville moururent
t. Pascal, seigneur d’Abère d'Asson, écuyer panetier de Jeanne d’Albret, porté au compte du trésorier de la reine de Navarre de 1561 pour 100 livres de pension, avec la mention • ne bougeant de sa maison » (Arch. des Basses-Pyrénées, B. 9). — Le château d’Abère existe encore à Asson.
HISTOIRE DE BÉARX
de coups trente-quatre hommes et six de maladie, et dehors, si le dénombrement de ceux qui y estoient est véritable, plus de mille. Ceux de Navarrens n’avoient encores nouvelles que leur secours fut si près ; mais ayans envie de s’aller pourmener un peu plus loin de leur tanière que de coustume, Arros sortit avec quelques chevaux et harquebusiers, tant pour entendre quelle route l’ennemi avoit prise, que pour visiter l’assiete de leur camp; lequel ayant trouvé vuide, il donna jusques à Audaux qui fut pillé et bruslé par les soldats, et comme il retournoit, trouva que le secours arrivoit à Navarrenx où le comte logea cette nuict avec quelques-uns et le reste aux villages des environs. Et Tarride [et ceux qui avec lui s’estoient retirez à Orthez, ayant ouy l’exploit d’ Audaux , fit jelter dedans la rivière un homme, nommé Arolis 1 , aagé de plus de quatre-vingts ans, pour ce qu’il estoit de la religion réformée et avoit un fils dedans Navarrens; et d’autant qu’il s’efîorçoit d’en sortir, le firent tuer par harquebusades.]
Ce mesme jour Peyre, gouverneur de Pau, qui dès le sixiesme avoit fait serrer en prison tous les hommes qui avoient fait profession de la religion 1 réformée, [fussent-ils retournez à la messe ou non,] et mis les familles des ministres dehors la ville, commença après souper d’exécuter l’arrest de faire mourir tous ceux qui estoient demeurez [constans en la religion 3 ], et,
1. En 1538. il y avait à Orthez Jean, Auger et Bernard d’Arrot, tous petits propriétaires (Arch.des Basses-Pyrénées, B. 712, f 94 7, 8 et 17).