‹ Histoire de Béarn et NavarreChapitre 136 sur 160 · Auch (Gers · texte numérisé non relu

Auch (Gers

5. Chef-lieu de canton de l'arrondissement d’Agen (Lot-et-Garonne;.

d’Armaignac 1 pour recuillir plusieurs troupes du comte qui, s’amusans trop longuement à piquorer, esloienl demeurées deçà l’eau et commençoient d’estre courues par les ennemis, qui s’estoient jà fortifiez et rendus maistres de la campagne ; ce qui donna occasion à Montamat de changer de logis et s’approcher de sa rettraite de Béarn. Arrivé à Grenade sur l’Adou, à quatre lieues de Béarn et deux de Saint-Sevé, Bory et Guyol avec leurs compagnies, 'Balis, cornete du capitaine Yolel, le vinrent trouver, qui s’amusans trop à Nérac furent surpris par l’ennemi et Yolet fait prisonnier. Arblade , gouverneur d’Euse , y arriva aussi , ayant quitté la ville sans rien dire et avec telle haste qu’il n’eust loisir de la desmanteler, comme Montamat luv avoit. expressément mandé. De Grenade il alla à Saint-Sevé, où, pour ce que le capitaine Estopignan*, qui en estoit gouverneur, estoit demouré de là la Garonne, il mit le capitaine Artigues 3 et fit fort bien remparer et aviluailier la ville; et en la place du capitaine Casallis', qui estoit aussi demeuré avec les Princes, mit Faget à

t . Canton de Roquefort, arrondissement de Mont-de-Marsan (Landes).

2. En 1515 Barthélemy d'Estoupignan, bourgeois de Saint- Sever, et en 1532 Pierre d’Estoupignan, étaient médecins du roi de Navarre (Archives des Basses-Pyrénées, E. 1 982, 1983 et 1986).

3. Le capitaine Artigues. de Lembeye, en 1569 (Arch. des Basses-Pyréoées, B. 2153, f° 23). Il y avait un fief de ce nom dans la commune de CastiUon, près Lembeye.

4. Le capitaine Pierre Barre, dit de Condom, reçut du roi et de la reine de Navarre, en 1560, à titre viager, la seigneurie de Casalis, canton de Qagctmau, arrondissement de Saint-Sever (Landes); le 1 er juillet 1563 elle lui fut vendue (Reg. de la Chambre des Comptes, arch. de M. le baron de Laussut).

Tartas 1 . Delà il alla à Tarbe où les Bigordans commençoient de se fortifier et la print par sape et escalade. Le capitaine Horgues, qui avoit esté pris à Orthez, y fut repris. La tuerie n’y fut pas fort grande, pour ce qu’il y avoit peu de soldats, et les habitans furent espargnez.

Le bruit du deslogement de Mongomeri et de ses troupes hauça tellement le courage aux Béarnois de la protection qui estoient en Aspe, la Basse-Navarre et Soûle, qu’ils prinrent espérance de pouvoir recouvrer le pais, si le roy de France vouloit joindre quelques forces à celles qu’ils espéroient faire, tant des Béarnois fugilif que des Basques, desquels ils s’asseuroient faire vingt-deux compagnies. Par ainsi envoyèrent Armendaris devers ledit Boy pour luy déclarer leur intention et leurs moyens, et le supplier de leur envoyer quelques cornctes de cavalerie et permettre que les quatre mille Espagnols que le roy Philipe devoit faire passer en France, en faveur des catholiques, les assistassent pour quelque peu de tems. Et afin que ceux d’Àspe ne se laissassent cependant disunir d’eux, ils les firent obliger par sindicat de persister jusques à la mort en l’obéissance de la Roine, sous la protection du roy de France, et d’obéir à tout ce que pour cest effect leur seroit commandé par Luxe, Damasan et Bonasse. Ces gens retournoient tousjours au mesmes erreur et vouloient oster le pais à celle qui le possédoit, pour lui garder après qu’elle l’auroit perdu. Voilà comme la passion offusque les yeux de la raison, car pensans

t. Chef-lieu de canton de l’arrondissement de Saint-Sever (Landes).

mieux tromper le simple peuple, ils remirent en avant la prison de la Roi ne et de ses en fans et la protection du roy de France ; mais ils continuoient tousjours en leur premier dessein d’approprier la souveraineté de Béarn au François et à eux le domaine, ainsi qu’il appert manifestement par les deux lettres suivantes, escrites du camp devant Sainl-Jean-d’Angeli, le 18 de décembre 1569, et responsivcs à celles que Bonasse a voit écrites au Roy et à Monsieur son frère.

« Monsieur de Bonasse, je vous feray particulièrement ce mot pour vous dire que j’ay plus d’envie de vous gratifier que ne m’en sauriez requérir, et encores que les affaires de Béarn ne soient pas de sorte que je puisse aisément disposer de ce qui y est, néantmoins je trouve bon, attendant que vous puissiez estre mieux pourveu et avec plus de seurté de la seigneurie de Nay, que vous en jouissiez et mettiez en possession, attendant qu’avec les moyens que Dieu m’a donnez, je vous puisse rendre plus certain et paisible sieur dudit lieu, comme aussi je feray à l’endroit de tous les autres gentilshommes qui m’ont requis de leur faire du bien et les gratifier, y estant la volonté telle qu’il ne reste que de bien exécuter. Et remettant le tout sur le sieur d’Armendaris, asseurez-vous qu’en tout ce qui se présentera pour vostre bien et avancement, je y tiendray tousjours la main de bien fort bonne volonté pour vous en faire avoir le fruict que vous en pourriez attendre. Et en cest endroit je prieray Dieu, etc. »

Monsieur, frère du Roy, luy escrivit le mesmes en ces termes :

« Monsieur de Bonasse, leRoy, mon seigneur etfrère, vous fait particulièrement entendre par la lettre qu’il

vous escrit la bonne volonté qu’il a en vostre endroit, et comme il est marry que les affaires de Béarn ne soient mieux disposez pour le vous faire connoistre davantage. Toutesfois, en attendant qu’il y ait donné l’ordre qu’il y a à donner, vous regarderez à vous mettre en possession de Nay. Vous entendrez aussi par le sieur d’Armendaris tout ce que vous avez à faire pour le service du Roy, mon seigneur, par delà. Je ne vousdiray donc pour le présent autre chose, sinon que je vous prie croire qu’en tout ce qui se présentera pour vostre bien et avancement, je y tiendray tousjours la main pour vous en faire avoir le fruict que vous en pourriez attendre »

Par ces deux lettres apert que les compagnons de Bonasse avoient fait pareilles demandes au Roy, et que, pensans tenir le pais de Béarn comme en leurs mains, ils l’avoient partagé entre eux.

Amendants apporta aussi commission à Luxe de faire levée de vingt-deux compagnies de fanterie, desquels Bonasse fut ordonné maistre-de-camp , et de commencer la guerre contre Béarn en attendant l’arrivée de Losses, auquel fut baillé le commandement général de toute cette guerre en la place de Tarride. Et d'autant que Losses, à qui ceste charge n’estoit pas beaucoup agréable, tardoit trop, Lansac escrivit de Bordeaux à Luxe, son gendre, qu’il solicitoit tousjours Losses qui se préparoit, toutesfois puisque les troupes de Mongomeri avoient passé vers les Princes et le jadis amiral (tels sont les mots de sa lettre), il le prioit cependant d’employer le bon moyen qu’il avoit pour entreprendre quelque chose sur Béarn pour le service du Roy. Sur cette commission et lettre, Luxe

mit sus toutes les forces qu’il peut , mais non pas telles qu’il avoit promis ; et ayant entendu par quelque faux bruit que Montamat avoit esté défiait en Bigorre par Monluc, print asseurance de pouvoir faire quelque heureux exploit sur Béarn, qu’il pensoit effrayé et aflfoibly par cette deffaite qu’il tenoit asseurée. Il fit son assemblée à Barcus en Soûle 1 , liçu assés prochain d’Oloron, qu’il pensoit attraper le premier et l’emporter par escalade, et escrivit secrètement aux jurats de la valée de Barétous et à ceux de Sainte-Marie lez Oloron et autres de ce quartier de se tenir prests et faire, le plus secrètement qu’ils pourroient, provision de vivres ; les asseurant que dedans peu de jours, il visiteroit de si près les ennemis, qu’ils seroient bien mauvais s’ils ne IuLfesoient large. Et pour asseurer son premier logis, qu’il prétendoit faire à Sainte Marie, envoya quelques harquebusiers prendre la tour de Momor* appartenante à l’évesque d’Oloron. Mais Loubié, gouverneur d’Oloron, y envoia si promptement quelque troupe, que les preneurs, aussi mal asseurez que proveus de ce qu’il leur'falloit, furent renvoyez d’où ils estoient vcnuz, et fut la tour quasi aussi tost reprise que prise. Cela troubla l’entreprise de Luxe, plus tost que rompre, car deux jours après, espérant recevoir incontinent les Aspées 3 et cinq cens bandoliers 4 que le merin 5 de Jaque 8 luy avoit promis à la

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