‹ Histoire de Béarn et NavarreChapitre 14 sur 160 · Jean d'Albret, roi de Navarre, mort en · texte numérisé non relu

Jean d'Albret, roi de Navarre, mort en

Empereur des Romains à Francfort le 28 de juin 1 519, au très grand regret du François, qui avoit beaucoup despendu pour l’estre. Et ceste élection avoit tellement accreu leur maltalent qu’encores qu’ils retinssent leur inimitié cachée, néantmoins tous deux espioient la commodité de quelque spétieux prétexte pour entrer en jeu l’un contre l’autre, et faire ouverture de guerre. Le François demandoit l’accomplissement du trailté de Noyon à l’Espagnol qui n’avoit volonté de restituer le royaume de Navarre à Henry *, héritier d’iceluy, ni de rendre la moitié de celuy de Naples au roy de France, ne luy payer les cent mille escus qu’il lui devoit annuellement jusques à la consumation du mariage dudit Charles avec la fille de France (comme tout cela estoit porté par ledit traitté), usoit de tous les artifices, longueurs et tergiversations desquelles les Princes ont accoustumé d’user, lorsqu’ils délibèrent de faire tout le contraire de ce qu’ils auront promis et juré. L’an donc 1521 s’offrit au roy de France quelque apparente commodité pour ouvrir la guerre à l’Empereur avec quelque avantage, qui le plus souvent est le principal droit qui jette les Princes à la guerre. L’alliance qu’il fit avec le pape Léon X lui facilita les moyens de la commencer en Italie, pour le recouvrement du royaume de Naples, et le souslèvement des peuples de Castille pour la jetter en Espagne pour le recouvrement du royaume de Navarre. Car il estoit lors survenu un grand tumulte entre les

I. Lo royaume de Navarre avait été en grande partie enlevé à Catherine et Jean, reine et roi de Navarre, en 1512, par Ferdinand le Catholique.

Castillans et les gouverneurs, conseillers et officiers du Roy, qui pour leur insasiable avarice, plustot que par nécessité que le Prince eut, avoient surchargé le peuple d’imposts insuportables et rendus vénaux tous les offices, privilèges, grâces et expéditions ; ce qui avoit mis le peuple en telle fureur [et désespoir] que ne pouvans plus endurer l’inhumanité de ses sangsues estrangères (car ceux qui manioient les affaires et approchoient plus près du Roy estoient Flamans ou Borguignons) , ils commencèrent premièrement de lumultucr à Valedolit 1 2 , et puis par tous les autres lieux, et ne voulans plus obéir aux officiers du Roy, mirent sus une forme de gouvernement qu’ils nommèrent la Santa Gonta*, c’est-à-dire Sainte Ligue. Pareils accidens aviennent ordinairement quant les Princes préfèrent aux honneurs , dignitez et maniement des affaires les estrangers aux naturels sujets, car les grands, ne pouvans souffrir qu’un cstranger les précède en leur propre terre, et les petis, marris de les voir enrichir de leur povreté et emporter en leur pais le profit de leurs sueurs et travaux , entrent par désespoir en haine contre leur Prince, et, s’incitans les uns les autres, se jettent en manifeste sédition. (Pour telles choses , plusieurs monarchies ont receu de grands changemens et plusieurs seigneurs perdu leurs seigneuries.) Cette esmotion donc donna telle espérance au roy de France de pouvoir facilement recouvrer le royaume de Navarre en faveur dudit Henri, qui, estant à sa suite, l’en

1 . Valladolid, capitale de la province de ce nom, dans la Vieille- Castille.

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