‹ Histoire de Béarn et NavarreChapitre 146 sur 160 · Arnaud de Navailles, seigneur de Pérulh · texte numérisé non relu

Arnaud de Navailles, seigneur de Pérulh

3. Il faut lire Pinsun; cette famille était de Maslacq, canton de Lagor, arrondissement d’Orthez "Basses-Pyrénées).

jamais entré. Combien que le capitaine Ladou, plus soigneux de son profit que de la place, ne l’avoit accoustrée comme il devoit et en avoit eu le pouvoir et le loisir, et n’avoit fait munition de poudres, plomb, hôtes, pelles, besches et autres choses nécessaires pour se défendre et remparer. Durant le siège les troupes béarnoises estoient à Nay et ès environs, qui ne favorirent jamais d’une seule alarme les [povres] assiégez, j’asoit que le pays leur fut fort favorable et propre pour se retirer, voire devant une beaucoup plus grosse armée que celle de Monluc, et qu’ils eussent le chasteau de Montané, à deux lieues dudit Rabastens, à leur commandement.

Après la prise de Rabastens, Monluc contraint de se retirer, laissa le commandement de l’armée à Montespan et Saint-Thorens* qui allèrent sommer le chasteau de Montané en Béarn, s’asseurans que l’exécution de Rabastens, qui ne devoit rien de forteresse audit Montané, leur auroit mis tel espouventement au cœur que, craignans une pareille issue, ceux de dedans seroient aises de recevoir une honneste composition. Mais le capitaine La Borde, qui commandoit dedans, encore que tous ses soldats, son lieutenant et quinze autres exceptez, l’eussent quitté, s’estans desrobez par dessus la muraille, leur respondit par harquebusades. Et l’endemain, ayant receu la nuict quelques hommes conduits par le jeune capitaine Lurbe', enseigne de la colonelle, sortit sur quelques troupes qui s’estoient

t. François do Cassagnet de Tilladet, seigneur de Saint-Orens et de La Roque, sénéchal du Bazadais; frère de Tilladet, tué en

ï. Simon de Lurbe.

logées dedans le village, qui en furent chassées avec perte de quelques hommes, chevaux et armes et le drapeau des harquebusiers à cheval du capitaine Cantet. Delà le dernier de juillet Saint-Torens et Montespan, avectoute la cavalerie et harquebusiers à cheval, vinrent jusque devant Nay en pareille ordonnance que s’ils eussent voulu donner une bataille. Arros et Montamat, ne voulans hazarder l’estât de Béarn, qui estoit lors entier à l’issue d’une bataille dangereuse et incertaine, ayant fait passer toute leur cavalerie delà la rivière et mis quelques harquebusiers aux guez, leur firent parade de la ville et d’un bon nombre d’harquebusiers au fauxbourg. Ainsi après une petite escarmouche, ces deux chef se retirèrent le mesme chemin qu’ils estoient venus, mais quelques Béarnois, qui estoient en leurs troupes, massacrèrent quelques paisans et en menèrent tout le bestail qu’ils peurent rassembler. Le sieur de Mieussens 1 estoit dedans la ville et sortit avec quelques chevaux.

La troisiesme paix fut cependant publiée en France l’unsiesme d’aoust, qui mit fin aux guerres et troubles de Béarn, où les garnisons et les compagnies béarnoises furent cassées et les estrangères licentiées, qui se retirèrent et à Saint-Sevé en Gascongne où elles furent délivrées par Montamat au sieur de Lau * pour les conduire jusques à leur retraite. Et fut derechef publiée en Béarn une abolition générale avec l’enterre-

1. Henri d’Albret, baron de Miossens et Goarraze, fils de Jean d’Albret et de Suzanne de Bourbon, gouvernante de Henri IV enfant.

2. Gabriel de Mauben, seigneur du Laur (Arch. des Basses- Pyrénées, E. 1783, P 158).

ment de toutes choses passées sous le tombeau d’oubliance. Cela fut un grand bien au pais, qui en peu d’années se remit des pertes et despenses passées.

J’ay escrit ces troubles et guerres de Béarn un peu au long, d’autant que tous ceux qui ont escrit l’histoire de ce tems en ont fait mention, mais fort briefvement et quasi tout au rebours de la vérité ; les uns par malice, les autres pour n’avoir eu des instructions suffisentes et bien certaines ; mais j’ay esté présent à tout et employé aux affaires et négociations plus importantes, et fus fait prisonnier par ceux de la protection.

La Navarre demeuroit encor en quelque trouble et l’effroy du peuple y estoil fort grand, qui craignoit d’estre recerché et puni par la justice, quand la Roine manda à Arros d’y aller tenir les Estas et y faire publier pareille rémission que celle de Béarn, et y restablir la justice au mesmcs estât qu’elle estoit auparavant des guerres, et de mettre la religion [romaine 1 ] dehors et y restablir la * réformée. Le peuple receut volontiers et avec grandes louanges et remerciemens les deux premiers , mais l’abolition de la religion romaine lui fut fort griefve ; néantmoins la crainte de revenir aux misères passées leur imposa tellement silence qu’ils ne firent nulle résistence. Cinq ministres y furent envoyez pour y prescher en langage du pais, et le Nouveau Testament fut imprimé en la mesme langue . 3

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