LES SOURCES DE L'HISTOIRE DE BEADYAIS
L'étude que je présente a pour but de représenter les institutions municipales de la ville de Beauvais et de raconter les événements qui les ont établies et modifiées.
Assurément 9 la commune qui s'établit à Beauvais n eut pas tous les privilèges politiques et judiciaires quon trouve dans un certain nombre de localités plus favorisées : l'évèque y était trop puissant pour laisser s'élever en liberté une juridiction croissant au détriment de la sienne* Mais cette commune eut l'avantage de résister à toutes les causes ordinaires de ruine t ce ne furent ni les querelles et divisions intestines, ni les rivalités avec les juridictions voisines, ni le mauvais état des finances qui causèrent sa perte. Ses privilèges administratifs et politiques furent seulement diminués et non anéantis par la guerre de Cent ans«
C'est pour cela que j'ai embrassé l'histoire de fieattvais jusqu'au commencement du xv^ siècle, époque à laquelle les agents royaux prirent pied dans la ville, pour y représenter le pouvoir central et y faire prédominer l'influence du roi.
Un tel sujet demandait assez de recherches. Au premier abord, il semblait difficile à traiter. C'est qu'en effet, les documents conservés dans les dépôts publics sont absolument insuQisanls : ils ne représentent qu'une partie, la moitié environ, de ce que les archives de la commune, de l'évêché et du chapitre pouvaient posséder au xviii*^ siècle. Le chapitre en particulier vendit toute sa
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bibliothèque au siècle dernier, et, pendant la Révolution, les plus beaux parchemins servirent à faire des gargousses d'artillerie.
Jamais je n'aurais donc recueilli les matériaux que je puis présenter aujourd'hui, si trois personnes de grande valeur n'avaient, il y a i5o ans, entrepris Y Histoire du Beauvaisis et exécuté un grand nombre de copies sur les pièces originales ou sur les cartulaires.
MM. Danse, Borel et Bucquet n'ont pu achever leur tâche; ils ont cependant rédigé et mis au net avec un grand soin , et avec un luxe d'érudition assez rare à l'époque oi\ ils vivaient, l'histoire du Beauvaisis et des évèques de Beauvais jusque vers lOâB, ou plutôt jusqu'à la mort de l'évèque Roger, dit de Champagne. Leur rédaction définitive, conservée dans la bibliothèque de M. le comte de Troussures, forme un très gros volume in-folio de 4o2 pages de texte et ccxxxu pages de notes et appendices.
M. Gabriel-Claude Danse, issu d'une famille dont plusieurs membres avaient déjà siégé avec honneur au sein du chapitre de la cathédrale de Beauvais, fut, lui aussi, chanoine de la même église. Né le 3 2 août 1 726 et fils de Claude Danse, écuyer, seigneur de Boulaines et conseiller à la Cour des monnaies de Paris, il s'associa aux travaux qui, depuis bientôt un siècle, se faisaient dans les archives du chapitre de Beauvais. Au xvn® siècle, le chanoine Godefroy Hermant, né le 6 février 1 6 1 7 et mort le 1 1 juillet 1690, avait largement puisé dans ces archives pour composer son Histoire ecclésiastique et civile de la ville et diocèse de Beauvais, avec les titres et pièces justificatives ^^K Après lui, M. Louis Borel, chanoine depuis le 18 septembre 1686 et archidiacre dès le 12 février 169/i, fit un nombre assez considérable d'extraits des cartulaires et des obituaires de la cathédrale. M. Danse n'eut donc qu'à suivre l'exemple donné par MM. Hermant et Borel; son travail consista en d autres copies d'obituaires et de cartulaires, pendant que, de son côté, la famille
^'^ Cf. Vie de G. lïermant, par Adrien Baillet. AiustPixlam, 1717, in-ia.
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des Le Mareschal faisait son œuvre aux archives de la ville, avec MM. Tiersonnier et BoreL
Ce dernier, Eustache-Louis Borel , président au bailliage et siège présididde Beau vais, puis (en 17/18) lieutenant général au même bailliage et siège présidial, s'occupa surtout de compulser les archives de l'évêché et des abbayes du diocèse. Il recueillit en outre les notes prises par son parent, le chanoine Louis Borel, et par M. Tiersonnier, maire de Beau vais, un des auteurs de Y Inventaire des archives de la ville de Beauvais^ composé de 1739 à t'jliù^^K
La famille des Le Mareschal, déjà nommée, était celle qui, au commencement du siècle dernier, s'occupait le plus activement des recherches et études sur le Beauvaisis. Il y avait alors M. Claude Le Mareschal, né le 10 février 1667, conseiller du roi, élu en l'élection de Beauvaid, maire de cette ville en 171 /i et mort le 9 juin 1738; M. Claude Le Mareschal, avocat du roi au bailliage et siège présidial , collaborateur avec MM. Tiersonnier et de Malinguehen à ¥ Inventaire des archives de Beauvais; M. le Mareschal de la Motte, M. Le Mareschal de Fricourt, etc. M. Louis-Jean-Baptiste Bucquet, né le 10 mars 1731 et procureur du roi au bailliage et siège présidial de Beauvais, entra dans cette savante famille par son mariage avec Jeanne-Françoise Le Mareschal (26 avril 1766) et recueillit par héritage les notes et les copies de son )3eau-père et de ses oncles.
M. Bucquet, dont j'ai été plus à même d'étudier le caractère, puisque j'ai eu plus de loisir pour feuilleter ses notes, ses mémoires et ses lettres, était bien le type du magistrat intègre de la seconde moitié du xvm* siècle. Les devoirs de sa charge le mettaient en rapports continuels avec le pouvoir central; aussi M. Aux Cousteaux possédait>-il un dossier volumineux de lettres à lui envoyées par les différents intendants, qui ont eu Beauvais sous leur administration. Toutes ces lettres montrent avec quelle confiance on pouvait se
^*) Archives communales de Beaavais, JJ 61.
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reposer sur M. Bucquet pour les affaires même les plus délicates. Sous le chancelier Maupeou, il se démit de ses fonctions et se consacra tout entier à Tétude.
Ses travaux sur les classiques grecs et latins, sur l'histoire natureUe, sur le droit et sur l'histoire furent considérables. Malheureusement, il ne publia que très peu de chose. On possède seulement de lui un mémoire couronné en 1783 par l'Académie de Ghâlons, qui avait mis au concours la question de savoir : Quek seraient les moyens de rendre la justice en France avec le plus de célérité et le moins de frais possibles ?^^K Un autre mémoire fut couronné à Amiens en 1787. Sa collaboration fut très active à Thistoire de Beauvais et du Beauvaisis, et les cartons de M. Aux Gousteaux sont remplis de ses innombrables notes.
Sa riche bibliothèque fut malheureusement dispersée après sa mort, qui arriva le i3 avril 1801. Sa vie, si bien remplie, avait encore été abrégée par la prison et les mauvais traitements qu il avait dû subir pendant la Révolution, lorsqu'il était enfermé à Chantilly, avec sa 611e Félicité.
Ces trois auteurs, Danse, Borel et Bucquet, s'étaient donc unis pour lem's études communes. Ils s'étaient à peu près partagé la besogne des dépouillements et des recherches, et ils ont amplement consulté les, archives de la ville, celles de l'évèché, celles du chapitre et celles de tous les établissements religieux de la région. Mais leur plan était trop vaste, le temps leur a manqué pour mener à terme leur grande œuvre : leur rédaction s'est arrêtée, je l'ai déjà dit, vers 102 5.
Ce sont leurs matériaux qui, aujourd'hui, peuvent servir à rer constituer une grande partie des documents perdus. Tous ne sont pas des copies intégrées des pièces, mais tous en donnent au moins une analyse très suffisante avec la mention du folio, quand l'acte se trouvait dans un cartulaire ou un registre quelconque, de la
^^' Publie à Beauvais, chez la veuve Deqardins, 1789-1799, in-A^
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cote, quand le document était une pièce détachée; quand les renseignements étaient pris dans les comptes municipaux , l'indication en était toujours soigneusement faite. C'est ce qui permet aujourd'hui de constater l'exactitude de ces copies , analyses ou mentions. Autant que je l'ai pu, j'ai fait le contrôle de cette exactitude, et j'ai été très heureux de remarquer le soin avec lequel le travail des trois collaborateurs avait été exécuté.
J'ajouterai encore que beaucoup de pièces originales se trouvent mêlées aux copies, particulièrement des comptes de la commune : la richesse et l'importance de ces matériaux est donc de premier ordre. Sans eux, il serait impossible de faire un travail complet sur Beauvais et le Beauvaisis. Leurs possesseurs actuels l'ont bien compris; aussi, avec une bonne grâce parfaite que je suis heureux de reconnaître, ils mettent leurs richesses à la disposition des chercheurs et des travailleurs.
Les notes de M. Danse sont aujourd'hui chez M. le comte Le Garon de Troussures, à Troussures même; tous les volumes et cahiers reliés ont été rangés dans sa belle bibliothèque, et toutes les pièces détachées ont été réunies sous la dénomination d'Archives particulières au Beauvaisis. Ces archives et cette bibliothèque ont été classées, inventoriées et cataloguées par M. de Boncourt. Les notes et copies de M. Borel appartiennent à M. le baron Borel de Brétizel, au château du Vieux-Rouen (Seine-Inférieure), et celles de M. Bucquet ont passé par héritage à M. Charles Aux Cousteaux'^). Ces deux dernières collections sont rangées dans des cartons et ne soat pas encore inventoriées ^^\
Grâce à ces matériaux, on peut ainsi dresser le tableau des sources de l'histoire de Beauvais.
(*) M. Charleg AnxGoiuteauxeBtdéetfdë le n* 78 de ravenne de ViUien, k Paris,
dans les premiers mois de Tannée 1 890 ; on appelle qoeiqaefois sa eoUeetion la CM-
les cartons qui renferment sa collection ont leeiion de Pavêtnte de YUUen,
été déposés an grand séminaire de Beau- <*^ Voici, grAce h. l'obligeance de M. le
vais. Comme M. Aox Gonsteaax balntait comte de Troussures, le tableau indicatif
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